Les applications alimentaires se développent et de plus en plus de personnes les utilisent. Mais au fait, que valent-elles vraiment ? Les informations qu'elles transmettent aux consommateurs sont-elles fiables ? Et ces derniers deviennent-ils plus responsables ou, au contraire, sont-ils asservis par ces technologies ?

Il semble que le comportement consistant à scannerscanner les aliments au supermarché soit rentré dans les mœurs communes. Lorsqu'on fait ses courses, il n'est pas rare de voir des personnes scanner des aliments. Même à la maison, autour d'un bon repas, certains sont de vrais Lucky Luke du « scannage ». Intuitivement, ces initiatives paraissent louables et utiles. En effet, ces applicationsapplications informent le consommateur et font office de GPSGPS dans les méandres des grandes surfaces. Néanmoins, avant de faire leurs éloges, il faut poser deux questions essentielles. L'information transmise est-elle fiable ? Le consommateur devient-il responsable ou dépendant ?

Comme avec l'utilisation du GPS, le consommateur s'émancipe tout en se rendant dépendant de ces applications. © Yuri Bizgaimer, Adobe Stock
Comme avec l'utilisation du GPS, le consommateur s'émancipe tout en se rendant dépendant de ces applications. © Yuri Bizgaimer, Adobe Stock

L'information transmise est-elle fiable ? 

L'information la plus fiable possible serait un accord parfait entre la note délivrée par les applications et ce que la méthode scientifique a réussi à mettre en évidence grâce aux données disponibles jusqu'à présent. Sachant cela, on peut se poser quelques questions légitimes quant à la totale fiabilité de ces applications. 

En effet, la majorité d'entre elles, dont la célèbre Yuka, se basent sur un outil mis au point par des chercheurs en nutrition : le nutri-score. Étant donné qu'il émane d'équipes de scientifiques, on pourrait penser que c'est un outil qui transmet une information fiable telle que nous l'avons décrite. Ce n'est pas totalement le cas. Ce score donne une note couplée d'un code couleurcouleur comprise entre A (vert) et E (rouge) pour juger de la qualité d'un aliment. Si ce code est sans doute utile pour lutter contre la surconsommation de caloriescalories, de graisses et de sucressucres dont est victime notre société moderne, sa capacité à lutter contre la malbouffemalbouffe en général est, quant à elle, limitée.

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En effet, ces 3 indicateurs sont importants mais trop peu exhaustifs pour espérer rendre compte du réel potentiel santé d'un produit. À titre d'exemple, il n'évalue pas le degré de transformation et la qualité des nutrimentsnutriments (lipideslipides, glucidesglucides, protéinesprotéines) contenus dans les produits alimentaires. Scan'up, quant à elle, a intégré la transformation dans ses critères grâce à la notation mise au point par l'entreprise Siga. Ensuite, on assiste parfois à une prise en compte de données plus ou moins pertinentes de la part des deux leaders (Yuka et Scan'Up) telles que le caractère bio d'un produit. La présence d'additifs controversés est un autre paramètre délicat à considérer, qui surfe entre marketing de la peur et réel questionnement à l'égard de certaines substances. Sachant tout cela, le consommateur se retrouve t-il émancipé ou asservi ? 

Un consommateur émancipé ou asservi ?

Il n'y a aucun doute sur le fait que le consommateur s'émancipe considérablement de sa condition de non-sachant grâce à ces applications. Cela est vrai si l'application transmet l'information la plus fiable, à l'instar d'un GPS, par exemple. Ce dernier est très utile pour les personnes ne sachant pas lire une carte, de même que l'application alimentaire est utile pour une personne ne sachant pas lire une étiquette alimentaire (si on occulte le problème de la dépendance au réseau). 

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Mais nous l'avons vu, ce n'est pas totalement le cas. Ces applications ne transmettent pas l'information la plus fiable. Dès lors, elles induisent, plus ou moins, le consommateur en erreur. Elles le déresponsabilisent du choix éclairé qu'il pourrait faire en se basant sur l'ensemble des données scientifiques (même s'il n'a pas forcément les compétences pour le faire, évidemment). En ce sens, elles l'asservissent plus ou moins, surtout s'il ne fait pas l'effort de comprendre comment elles fonctionnent et de constater leurs limites. Aussi, même s'il existe des grandes lignes pour savoir comment manger, à l'instar du concept de médecine personnalisée, celui de nutrition individualisée grandit.

À l'inverse, ces applications sont globalisantes et généralistes, ce qui est formidable pour la santé publique (si elles transmettent l'information la plus fiable) mais un peu moins pour l'individu. En réalité, il semble qu'aucune note ni aucun code couleur ne valent une connaissance aguerrie de ce qu'est une alimentation équilibrée couplée d'une capacité à l'adapter à sa propre vie. Cela devrait s'apprendre, à l'école, par exemple, si l'on considère que c'est le rôle de l'État que d'apprendre à ses concitoyens à prendre soin de leur santé.