Aliments ultra-transformés : trois nouvelles études les associent à des effets néfastes. © Daisy Daisy, Adobe Stock
Santé

Les aliments ultra-transformés feraient-ils vieillir plus vite ?

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Obésité, vieillissement et athérosclérose, décidément les aliments ultra-transformés n'ont pas bonne presse. Trois récentes études d'observation trouvent des corrélations entre leur consommation et des problèmes de santé. 

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Ce n'est pas une nouveauté. Cela fait quelques années désormais, grâce à la théorie de la classification Nova, que des études se multiplient concernant l'impact de la consommation d'aliments ultra-transformés (AUT) sur notre santé. Les résultats d'études d'observation sont nombreux, et même s'ils comportent des biais, ils vont, depuis le départ, tous dans le même sens. Les essais d'intervention sont malheureusement très rares sur le sujet.

Aliments ultra-transformés et...

Trois nouvelles études d'observation publiées récemment suggèrent encore le potentiel néfaste d'une consommation trop élevée et trop fréquente d'aliments ultra-transformés. 

...accélération du vieillissement ?

C'est une étude espagnole publiée en avril 2020 dans l'American Journal of Nutrition, reprise hier et aujourd'hui par quelques médias, qui suggère un lien entre la consommation d'aliments ultra-transformés et le vieillissement. 

L'étude part de connaissances acquises dans le domaine de la biologie sur les télomères (les petits bouts d'ADN à l'extrémité de nos chromosomes), marqueurs phares de l'âge biologique (en opposition à l'âge social), et du fait que leur longueur (plus c'est long, plus on est jeune, c'est l'idée), puisse être impactée par des facteurs alimentaires. Les chercheurs constatent aussi que la consommation d'AUT a explosé ces dernières années dans le monde et, comme nous le disions, a été associée à des conséquences néfastes pour la santé. 

Des télomères plus courts chez les gros consommateurs d'AUT. © Thomas Leuthard, Flickr, CC by 2.0

Les investigateurs ont donc souhaité évaluer l'association entre la consommation d'AUT et le risque de raccourcissement des télomères courts chez 886 personnes âgées (qui avaient entre 57 et 91 ans et dont la majorité était des hommes) vivant en Espagne, issues de la cohorte SUN. La taille des télomères a été mesurée par prélèvement salivaire puis par test PCR (ces tests que tout le monde connaît désormais en raison de la pandémie de Covid-19) et la consommation d'AUT a été évaluée via des questionnaires alimentaires (qui sont généralement peu exempts de biais étant donné qu'il existe un différentiel entre ce que l'on mange vraiment, ce que l'on perçoit manger et ce que l'on déclare manger... mais pour l'instant, c'est le meilleur outil dont on dispose). Le facteur de confusion énergétique, c'est-à-dire, le nombre de calories consommées, a été pris en compte dans l'analyse statistique. 

Ce qu'il ressort de cette étude, c'est qu'entre les plus petits consommateurs d'AUT (moins de deux portions par jour) et les plus gros consommateurs (plus de trois portions par jour), les plus gros ont en moyenne 82 % (intervalle de confiance compris entre 5 et 222 %, une sacrée marge d'erreur) de risque en plus d'avoir des télomères courts. Toujours le même problème avec des données d'observation : est-ce une cause ? Une conséquence ? Les deux ? Étant donné le faible nombre de facteurs de confusion pris en compte, peut-on accorder un crédit suffisant à ces résultats ? 

...augmentation du risque subclinique d'athérosclérose ?

Même constat de départ dans cette étude prospective publiée en août 2020 dans BMC Medicine sur l'augmentation de la consommation des AUT et le risque cardiovasculaire associé. Pour aller plus loin, cette équipe espagnole, américaine et suédoise a voulu étudier, uniquement chez 1.876 hommes d'âge moyen (entre 40 et 60 ans) le risque subclinique (c'est-à-dire, les marqueurs biologiques qui peuvent prédire plus ou moins bien une pathologie future sans que les symptômes soient présents) d'athérosclérose

La cohorte étudiéeThe Aragon worker' health study, est une population d'hommes espagnols ayant une prévalence assez élevée de facteurs de risques cardiovasculaires. C'est donc un sous-type de population particulier même si les participants de l'étude en question étaient exempts de maladie cardiovasculaire. Chez cette cohorte donc, même méthode pour évaluer la consommation d'AUT, même facteur de confusion énergétique pris en compte (et des facteurs de risques cardiovasculaires spécifiques comme l'indice de masse corporelle) et comparaison avec des données issues d'un examen médical visant à mesurer le taux de calcium dans les artères : une tomodensitométrie

Des dépôts calciques plus fréquents chez les gros consommateurs d'AUT. © jijomathai, Fotolia

Côté résultats, 60 % de la cohorte n'avait pas de calcium détectable dans les artères. Cependant, entre les plus petits consommateurs (100 grammes par jour) et les plus gros consommateurs (500 grammes par jour) le risque de dépôt calcique dans les artères était, en moyenne, augmenté de 100 % (intervalle de confiance compris entre 26 et 216 %). Même réserve pour cette étude que pour la précédente, avec un léger avantage car elle trouve une dose réponse (c'est-à-dire que l'augmentation de calcium détectable augmente parallèlement à la consommation d'AUT) et que beaucoup plus de facteurs de confusion sont pris en compte (statut tabagique, âge, maladies, niveau socio-économique, etc.).

...accroissement de l'obésité ? 

Le 27 août dernier, c'est une étude prospective française utilisant les données de la cohorte NutriNet-Santé parue dans PLOS Medicine qui suggère une association entre consommation d'AUT et modification de l'indice de masse corporelle et augmentation du risque de surpoids et d'obésité

Le constat concernant l'augmentation de consommation des AUT est le même et, cette fois-ci, va de pair avec le constat de l'augmentation toujours plus croissante de l'obésité. L'objectif de l'étude est donc d'évaluer l'association entre consommation d'AUT et survenue de l'obésité. Les données de plus de 100.000 participants (43 ans en moyenne et 78 % sont des femmes) ont été intégrées à l'étude. Ici, le questionnaire de recueillement est différent des deux études précédentes, puisqu'il s'agit d'un rappel des 24 heures répétées (qui comporte aussi son lot de biais...). Les facteurs de confusion pris en compte sont nombreux (dont la quantité et la qualité nutritionnelle générale).

Le risque de surpoids et d'obésité est légèrement augmenté par la consommation d'AUT. © Africa Studios, Adobe Stock

L'étude trouve alors une association entre la consommation d'AUT et le risque de surpoids ou d'obésité. Chaque augmentation de 10 % d'AUT dans la ration alimentaire accroît le risque de surpoids de 11 % (intervalle de confiance compris entre 8 et 14 %) et d'obésité de 9 % (intervalle de confiance compris entre 5 et 13 %). Les auteurs sont optimistes, car les autorités de santé publique de plusieurs pays, dont la France, ont récemment commencé à recommander de privilégier les aliments peu et non transformés et de limiter la consommation d'AUT. 

Et moi, comment dois-je manger ? 

Nous l'avions abordé dans un précédent article. Savoir comment manger n'est pas toujours une affaire facile. On ne mange pas toujours pour sa santé. On mange aussi pour son plaisir, en fonction de sa culture, de son éducation alimentaire, de son éthique, de ses émotions, de ses habitudes, de son environnement, de ses moyens, etc. 

Pour vous aider à mieux manger selon le contexte, sans être trop rigide mais tout en prenant soin de votre santé, un corps de métier existe : les diététiciens-nutritionnistes. Ils ont les compétences pour vous aider à allier santé, plaisir, éthique, émotions, culture, habitudes, environnement, moyens financiers et tous les autres facteurs résiduels qui font de la prise alimentaire quelque chose de si complexe à appréhender. Ils ne régleront pas tous les problèmes car les maladies étudiées ci-dessus sont complexes et généralement systémiques, mais l'alimentation fait partie intégrante de la prévention et de la guérison de ces pathologies. Ils devraient être mis en première ligne dans la lutte de santé publique contre l'obésité, par exemple. Un seul problème persiste : les consultations chez un diététicien-nutritionniste ne sont toujours pas prises en charge par la Sécurité sociale. Qu'attend-on ?

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