Le coronavirus est-il doté d'une intelligence qui le rend diabolique ? © Takamaru, Adobe Stock
Santé

Le SARS-CoV-2 est-il intelligent et diabolique ?

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[EN VIDÉO] 5 questions sur la nouvelle variante du coronavirus  Une nouvelle variante du coronavirus Sars-Cov-2 est à l’origine d’une nouvelle vague épidémique en Angleterre. D'où vient-elle ? Est-elle plus virulente, ou plus contagieuse ? Faut-il s'inquiéter ? 

Dans son intervention sur BFM TV hier soir, le président du Conseil scientifique qualifiait le virus d'intelligent et de diabolique. Que signifie véritablement cette formulation ? Pourquoi constitue-t-elle un abus de langage qui plus est malencontreux ?

« Un virus diabolique et plus intelligent qu'on ne le pense ». Ces mots, ce sont ceux du président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, invité de l'émission BFMTVSD hier soir. Il tempère cette phrase d'un « entre-guillemets » juste après l'avoir prononcée, certainement pour évoquer le fait qu'on ne doit pas la prendre au pied de la lettre. Mais alors, qu'entendait-il réellement par cette formule ? 

Un virus intelligent et diabolique ?

Au-delà de la personnification inadéquate pour se référer à un micro-organisme, faire appel à la notion d'intelligence, sous-entend une intentionnalité du SARS-CoV-2. Comme si, grâce à son intelligence supérieure aux autres virus, il avait la capacité de comprendre les actions que nous menons pour éviter sa propagation et agir en conséquence. De là, découle assez intuitivement le fait qu'il serait diabolique, étant donné que sa volonté de se répandre va engendrer une proportion non négligeable de séjours en réanimation ou de morts dans les populations touchées

En réalité, cette sémantique semble clairement inappropriée pour retranscrire la capacité du virus à muter. Nous sommes clairement face à un abus de langage. Tous les virus mutent plus ou moins rapidement et de façon plus ou moins similaire. Il est normal qu'un virus mute au fur et à mesure qu'il se réplique. Et se faisant, il accumule des mutations et celles qui lui confèrent un avantage pour survivre au sein d'un hôte persiste généralement. Un virus n'est, en réalité, qu'un amas de protéines et d'acides nucléiques. Il est erroné de lui attribuer une quelconque capacité à développer une stratégie consciente.

Le SARS-CoV-2 n'est pas un virus intelligent et diabolique. C'est un virus, comme un autre, ou presque. © Niaid, RML, Wikimedia Commons, Flickr, CC by-sa 2.0

Les mutations sont la norme

De plus, les données concernant ces variants sont encore très préliminaires et issues de clusters spécifiques. Il est encore tôt pour affirmer de façon péremptoire qu'ils sont beaucoup plus contagieux et surtout pour donner une quantification exacte de leur supériorité en matière de transmission. Il faut également se rappeler que ce n'est pas la première fois qu'une mutation persiste. La souche qui a émergé à Wuhan l'année dernière est différente de celle qui s'est répandue en Europe.

Pour ce qui est de la mortalité qu'engendrent les variants, il faut aussi rester prudent car les données sont encore plus préliminaires que pour la contagiosité. Aussi, si on se réfère à la cohérence avec la notion d'adaptation, ce n'est pas dans l'intérêt (ceci est un abus de langage) du virus que de devenir plus mortel pour son hôte. Cela dit, la situation est nouvelle. Ce pathogène circule sur toute la Planète depuis une année et nous sommes les spectateurs de son évolution et de son adaptation en temps réel grâce aux outils de séquencage modernes. C'est totalement inédit. 

Ce qu'il faut aussi rappeler, c'est le fait que les mutations sont la norme et non l'anomalie. Plus le virus va se répliquer, plus il a de chances d'accumuler des mutations car la polymérase, des enzymes en charge de fabriquer des copies de son génome lors de ce phénomène, commet régulièrement des erreurs même si, pour les coronavirus, c'est un peu différent étant donné qu'il possède aussi une exonucléase (une enzyme qui vient couper les acides nucléiques aux extrémités) qui permet de corriger certaines de ces erreurs.

Vous l'aurez donc compris, le SARS-CoV-2 n'est pas un virus intelligent et diabolique. C'est un virus, comme un autre, ou presque.

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