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Les Iles Crozet

Dossier - La Science en marche: Terre Adélie & Iles Crozet
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La Science en direct de Terre Adélie et des Iles Crozet : étude comportemental des manchots, historique des expéditions polaires, étude des grands albatros et des manchots royaux.

  
DossiersLa Science en marche: Terre Adélie & Iles Crozet
 

Avec Delphine Picamelot pour "Satellites, balises et petits chercheurs", Charles-André Bost et Henri Weimerskirch pour le CNRS.

Survoler l'océan des jours entiers, plonger à grande profondeur, ou faire face aux iceberg des 40èmes rugissants, ce sont des rêves que les oiseaux des Terres Australes et Antarctiques Françaises vivent au quotidien.

Soutenus par l'IPEV( Institut Polaire Français), des chercheurs du CNRS (CEPE à Strasbourg et CEBC à Chizé, soucieux de percer les secrets de leurs adaptations exceptionnelles à ce milieu extrême, suivent les déplacements océaniques des manchots royaux et des grands albatros au départ de l'archipel de Crozet grâce à des balises Argos permettant une localisation précise via satellite.


1°) L'archipel Crozet

L'archipel Crozet, dans le sud de l'océan Indien, regroupe 5 îles sub-antarctiques françaises, dont la principale, l'île de la Possession, accueille la base scientifique française "Alfred Faure".

Le climat sur l'archipel de Crozet est de type océanique froid, avec des températures basses (en moyenne 5°C), des pluies abondantes, des vents quasi permanents et des tempêtes fréquentes. Les différences entre les saisons ne sont pas très marquées.


carte IPEV

L'origine volcanique du sol a influencé la topographie actuelle, faite de plages, de vallées, de falaises et de plateaux. La végétation se limite à des mousses, des lichens, des graminées et quelques autres espèces endémiques. Elle forme par endroits des tapis herbeux verdoyants.

Par opposition à la flore, la faune est plus riche et abrite de nombreuses espèces d'invertébrés adaptés aux rudes contrées sub-antarctiques, de mammifères exclusivement marins (otaries à fourrure, éléphants de mer) qui viennent se reproduire à terre, et de 36 espèces d'oiseaux. Avec ces 36 espèces d'oiseaux dont l'effectif total a été estimé à plus de 25 millions de couples, Crozet abrite une communauté d'oiseaux marins exceptionnelle.

La plupart de ces oiseaux sont d'extraordinaires voiliers (pétrels, albatros, skuas, sternes, etc...), mais d'autres sont des nageurs hors pairs parfaitement adaptés à la plongée (les manchots). Les populations d'oiseaux regroupent des millions d'individus, qui trouvent là une terre propre à la reproduction, perdue dans des immensités océaniques. Les îles sub-antarctiques sont ainsi extrêmement productives du point de vue de la biomasse présente, et représentent des sanctuaires où les oiseaux peuvent espérer se reproduire en paix.


Crique de Noël à Crozet. Photo JP Robin.

2°) Les grands albatros

- L'Albatros est un oiseau qui évoque à lui seul les immensités maritimes et la liberté d'y voler sans contrainte. Ses immenses ailes (atteignant plus de 3,20 m d'envergure), gages de ses incroyables capacités de vol plané, sont reconnaissables au premier coup d'oeil. Pourtant, à terre, c'est un gros oiseau qui peut peser 6 à 12 kg et atteindre 1,20 m de haut. C'est un des plus grands voiliers actuels, mais sans vent il est cloué au sol.
En effet, pour voler au dessus des océans, l'albatros a développé une stratégie de vol plané extrêmement efficace, dit vol plané dynamique : il exploite au mieux les courants d'air et les vents, prenant de l'altitude ou descendant brutalement vers la surface des mers en fonction de leur orientation. Poussés par ces vents, les albatros accomplissent de grandes migrations, dans le sens ouest-est (et non nord-sud comme la plupart des oiseaux), ainsi que de nombreux trajets alimentaires plus courts, mais atteignant tout de même parfois plusieurs milliers de kilomètres.

- Le Grand Albatros Diomedea exulans, également appelé Albatros hurleur, est le plus grand représentant de la Famille des Diomedeidae. Il vient se reproduire à terre, en colonies dispersées sur les îles antarctiques et sub-antarctiques, dont l'archipel de Crozet.

Il se nourrit exclusivement en mer et pendant la journée, en pêchant en surface des mollusques (calmars), des poissons, des crustacés, ou des cadavres flottants. Il cherche également les déchets rejetés par les bateaux de pêche, ce qui lui pose de sérieux problèmes avec les lignes de pêche (palangres) qui lui sont parfois fatales.


Grand albatros en vol. Photo H Weimerskirch

La reproduction des grands albatros

Le cycle reproducteur du grand albatros est lié à sa longue durée de vie (60 ans maximum), puisqu'il lui faut plus d'un an pour mener à bien l'incubation de l'oeuf et l'élevage d'un seul poussin.

En décembre, le nid est construit à partir de terre et de végétaux entremêlés, et forme un cône surmonté d'une cuvette qui accueille l'unique oeuf blanc pondu fin décembre-début janvier. Pesant environ 450 g, l'oeuf est incubé durant 80 jours, mâle et femelle alternant au nid toutes les 1 à 3 semaines. C'est le mâle qui débute l'incubation, la femelle pouvant ainsi aller reconstituer des réserves en mer après la ponte. Le jeune poussin porte un duvet gris clair. Il est couvé sans interruption les premières semaines, jusqu'à son émancipation vers 30-45 jours. Par la suite, les deux parents visitent alternativement le nid pour nourrir leur petit par régurgitation directe dans le bec. Les jeunes peuvent s'envoler à l'âge de 9 mois (décembre). Ils entament alors une longue errance océanique, qui va durer plusieurs années, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la maturité sexuelle leur permettant de venir se reproduire à leur tour à terre (6-10 ans).


Albatros sur son nid. Photo CA Bost

Les déplacements en mer des grands albatros

Les trajets en mer des albatros sont particulièrement mystérieux : immatures que l'on perd de vue pendant presque 10 ans, "année sabbatique" des adultes après la reproduction, ou simples trajets alimentaires... seule la localisation par balises Argos a permis au CEBC-CNRS de Chizé d'en découvrir certains secrets.

Pour l'instant, on sait qu'ils peuvent effectuer des trajets de plusieurs milliers de kilomètres, pour pêcher quelques dizaines de kilos de calmars. Plus les trajets sont éloignés, plus les proies sont abondantes, mais plus le trajet "coûte" cher du point de vue énergétique... alors ils utilisent des vents 3/4 arrière ou de côté pour planer en économisant au maximum leur énergie, et se posent le moins possible. En conséquence, les zones fréquentées par ces oiseaux dépendent du sens du vent, et sont surtout très étendues. Détail supplémentaire : les mâles et les femelles ne pêchent pas au même endroit, ce qui permet d'éviter une trop grande compétition sur les zones d'alimentation.

3°) Les manchots royaux

- A ne pas confondre avec les pingouins (qui vivent dans l'hémisphère nord et volent pour atteindre leurs zones de pêche en mer), les manchots sont des oiseaux qui nagent au lieu de voler ! Ils sont présents uniquement dans l'hémisphère sud, et certaines espèces s'accommodent des grands froids antarctiques. Des ailerons natatoires ont remplacé leurs ailes, des plumes serrées et épaisses forment une combinaison de plongée isolante, une forme hydrodynamique permet une parfaite pénétration dans l'eau, et des pattes palmées assurent une propulsion efficace. Sans compter les multiples adaptations physiologiques à la plongée profonde et à la vie au froid ...

- Le Manchot royal Aptenodytes patagonica appartient à la Famille des Sphénicidés, terme signifiant "en forme de coin" et faisant allusion à la forme pointue de ses ailerons. Le Manchot royal vit dans toute la zone sub-antarctique, dont l'archipel de Crozet, et se nourrit exclusivement en mer. Il pêche principalement des "poissons lanternes" et des calmars au cours de longs trajets alimentaires dépassant fréquemment une semaine. Comme il ne peut pas se nourrir à terre, il est soumis à un jeûne durant les périodes de reproduction et de mue, obligatoirement passées à terre. Sa vie est donc rythmée par la succession de voyages alimentaires en mer et de jeûnes à terre pour subvenir aux besoins de la reproduction (couvaison de l'œuf ou du poussin) et de la mue.


Manchot royal en plongée. Photo CA Bost

La reproduction des manchots royaux

Le cycle de reproduction des manchots royaux est très particulier. Tout d'abord, sa durée est très longue, puisqu'il faut 12 à 14 mois pour élever un poussin. De plus, tout le temps passé à terre implique un jeûne, qui peut durer plusieurs semaines de suite selon la période du cycle.

Après avoir accumulé des réserves de graisse en s'alimentant intensivement en mer, les manchots reviennent dans la colonie pour trouver un partenaire. Parades et accouplements se succèdent durant 2 à 3 semaines. Les deux parents participent à l'incubation et à l'élevage. Quelques heures après la ponte, la femelle transmet l'oeuf au mâle, puis les partenaires se relaient pour l'incubation toutes les 2 à 3 semaines, permettant à chacun alternativement d'aller se nourrir en mer. A chaque retour à la colonie, ils se reconnaissent individuellement par leur chant, qui constitue leur "carte d'identité". Le Manchot royal ne fait pas de nid. L'oeuf unique (environ 300 g) est posé sur les pattes de l'adulte, protégé par un repli de peau nue de l'abdomen (la plaque incubatrice) qui maintient une température optimale pour l'incubation.


Couple de manchots royaux echangeant leur œuf. Photo CA Bost.

Quand le poussin a éclos, il faut le nourrir souvent par régurgitation. Les parents alternent donc encore les trajets en mer et les nourrissages à terre, jusqu'à ce que le petit soit suffisamment autonome pour pouvoir attendre seul que ses parents viennent le nourrir. Cette période va durer deux mois environ, jusqu'à ce que, cas unique chez les oiseaux, le poussin entame un long jeûne hivernal pouvant parfois dépasser 5 mois. Au printemps austral, les deux parents reprennent intensivement l'alimentation du poussin, qui reprend alors son développement jusqu'à la mue. Ce n'est qu'au départ en mer du jeune (à 11 mois environ) que l'adulte pourra reconstituer ses propres réserves pour muer à son tour.

Les déplacements en mer des manchots royaux

Les manchots royaux passent la majeure partie de leur temps en mer, sous forme de trajets ayant des caractéristiques différentes selon la période du cycle reproducteur. Ils durent de quelques jours à plusieurs mois. Jusqu'à l'utilisation des balises Argos, on ne savait pas quelles zones étaient régulièrement fréquentées.

Depuis les premières études réalisées par le CEPE-CNRS en 1994, les chercheurs ont obtenu de nombreuses réponses à leurs interrogations. Il se trouve ainsi que les manchots de Crozet ne se dirigent pas au hasard, mais préférentiellement vers le "front polaire", zone de forte concentration de plancton et de poissons due à l'affrontement des eaux antarctiques venant du sud et des eaux sub-antarctiques réchauffées.

En complément des données de suivi par satellite, d'autres capteurs posés sur d'autres oiseaux partant en mer permettent de mesurer simultanément la température de l'océan traversé, la profondeur et la durée des plongées. Chez certains individus, il est même possible d'évaluer la quantité de nourriture ingérée par la mesure en continu de la température corporelle. Toutes ces informations, couplées aux trajets obtenus par localisation par satellite, permettent de mieux comprendre le comportement en mer et la biologie de ces oiseaux face aux caractéristiques de l'environnement austral.


Grand albatros et son poussin. Photo C Thouzeau.


Manchot royal et son poussin. Photo JP Robin

4°) Bulletin de la mi-décembre

"19 décembre 2002 - Nouvelles de Crozet avec "Satellites, balises et petits chercheurs" et le CNRS.

Les poussins d'albatros équipés de balises Argos au début du mois de décembre survolent actuellement l'Océan indien. Les premières centaines de kilomètres de ce long voyage qui durera peut-être 6 à 10 ans sont déjà spectaculaires pour "Boule de Plumes", un poussin qui se trouve en ce moment au sud de l'Australie! Voir son trajet en cliquant ici

Quant aux manchots, les premières balises qui leur étaient destinées présentent quelques problèmes techniques. Aucune localisation n'est actuellement disponible, mais du matériel tout neuf sera utilisé à partir de début janvier. Nous vous en dirons plus à ce moment là !"


Photo : Henri Weimerskirch

5°) Bulletin de début Janvier

Boule de Plume, notre poussin vedette parti de Crozet fin novembre et équipé d'une balise Argos à pile solaire, vient de réaliser une jolie boucle au sud de l'Australie. Des vents favorables l'ont sans doute porté et aidé à réaliser un tel trajet. Il semble maintenant repartir vers l'Est... Mais où sera-t-il demain ?

Les 6 adultes en cours d'incubation, équipés de balises Argos en décembre, ont quant à eux entamés chacun de leur côté un trajet alimentaire au dessus de l'Océan indien. Les trajectoires sont très différentes d'un individu à l'autre, et l'un d'entre eux à même déjà terminé son premier aller-retour en 6 jours. Quand repartira-t-il ?

Les tracés et plus d'infos sur http://suivi-animal.u-strasbg.fr/albaround.htm

6°) Plus d'informations sur les sites

7°)Bulletin du 20 Janvier

Boule de Plumes, notre poussin Albatros champion, est depuis un mois dans une zone assez réduite au sud de l'Australie. Profitant de vents favorables et de proies abondantes, il doit passer ses journées à planer et plonger pour capturer de gros calmars... miam ! Ses copains Minette et Blounette ne sont pas encore allés aussi loin, mais ils passent tout de même tout leur temps en vol dans l'océan indien...

Les 6 autres albatros suivis en ce moment par satellite, des adultes en cours d'incubartion, effectuent de magnifiques boucles de plusieurs centaines de kilomètres en quelques jours, au large de l'archipel de Crozet. Leurs trajets sur http://suivi-animal.u-strasbg.fr/albaround.htm

Quant aux 4 manchots royaux également suivis, ils sont actuellement en route vers le sud. Les jours à venir nous indiqueront les zones les plus riches en proies grâce à leurs localisations... Leurs localisations depuis mi-janvier sur
http://suivi-animal.u-strasbg.fr/manaround.htm