Le désert de Californie s'étend de plus en plus et devient plus aride encore. © jplenio, pixabay
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Sécheresse ou aridification en Californie ?

La méga-sécheresse se poursuit en Californie et le désert s'étend de plus en plus sur tout l'ouest américain. En plus des incendies, la situation mène à des conséquences moins connues.

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[EN VIDÉO] Sauver la Californie de la sécheresse grâce à l'énergie solaire  Tous les ans durant l’été, la Californie est en proie à la sécheresse. Ces pénuries d’eau handicapent les cultures mais font naître des projets innovants comme WaterFX, destiné à pomper le précieux liquide dans les profondeurs grâce à l’énergie solaire. National Geographic Channel nous en dit plus sur cette entreprise dans un extrait de la série Inventer le futur. Le prochain épisode sera diffusé ce soir, vendredi 26 février 2016, à 21 h 30. 

Les 50,5 °C ont été atteints le 11 juin dernier dans la Vallée de la Mort en Californie, un seuil qui n'avait jamais été atteint de manière aussi précoce depuis le début des relevés il y a 100 ans. Les premiers mois de l'année - janvier, février et mars - ont été les plus secs enregistrés depuis le début des mesures. Seulement 152 mm de précipitations sont tombés sur les mois les plus humides de l'année sur la Sierra Nevada. Début juin, le niveau d'humidité extrêmement bas des sols avait déjà quatre mois d'avance, il correspondait à celui que l'été devrait avoir à la fin de l'été, début de l'automne. Dans certains coins de la Californie, les sols sont 40 % plus secs qu'à la même période en 2016, marquée par une sécheresse historique. Le problème, c'est qu'au moment où les précipitations sont les plus rares, la demande en eau pour l'agriculture (notamment la production d'amande) et pour les habitants augmente. Les quatre années les plus sèches sont celles consécutives de 2012 à 2015, suivies de 2021.

Le désert de Californie subit un processus d'aridification extrême et rapide, lié au changement climatique et aggravé par le phénomène La Niña qui persiste depuis deux ans. La tendance est plus marquée sur le sud-ouest (Californie, Arizona, Nevada, Utah), mais est présente sur tout l'ouest du pays, jusque vers les montagnes rocheuses. Plus encore, des signes similaires commencent également à apparaître vers l'est, avec davantage de vagues de chaleur, de périodes de sécheresse et des phénomènes météo plus extrêmes (inondations éclair et tempêtes de sable).

Jusqu'à 6 °C de plus en Californie d'ici 40 ans

Une étude de LAO prévoit une hausse globale des températures d'environ 4 à 6 °C en Californie entre 2035 et 2064, comparativement à la moyenne de référence : la partie désertique de l'État sera bien plus impactée que la partie côtière. Rappelons que l'été 2021 a déjà été le plus chaud jamais enregistré en Californie, battant le record de 2017.  

Évolution des températures prévues (en Fahrenheit) d'ici la fin du siècle en Californie. © LAO

Entre 1961 et 1990, la zone de Los Angeles et Sacramento a subi une moyenne de quatre jours de chaleur extrême par an. D'ici 2050, les modèles de prévision envisagent pour Los Angeles une moyenne de 9 jours de chaleur extrême par an, et jusqu'à 12 jours par an d'ici la fin du siècle. Pour Sacramento, l'étude prévoit 20 jours de chaleur extrême par an d'ici 2050 et 28 jours par an d'ici 2100 ! Pour Fresno, les projections montent carrément à 29 jours par an d'ici 2050 (contre 5 actuellement), à 43 jours d'ici 2100, ou avant.

Rationnements en eau, incendies, et conséquences sur l'énergie

Les 58 comtés de Californie sont en état de crise. Les sécheresses se matérialisent par un déclin de l'enneigement  sur l'ouest américain l'hiver, une fonte plus rapide du manteau neigeux avec la hausse des températures, et une plus grande évaporation de l'humidité dans les sols. La fonte de la neige, accélérée par la hausse des températures, multiplie également le risque d'inondations, d'autant plus sur des sols secs et imperméables, ou bétonnés. On estime que 1,5 million d'habitations californiennes seront concernées par un risque élevé d'inondations d'ici 2050. La végétation de Californie est également en train de se transformer, alors que les plantes basses, au niveau du sol, périssent en grand nombre, les arbres sont également affaiblis et plus sujets aux maladies.

Sur le front des incendies, début juin, déjà 2.000 feux ont été dénombrés en Californie depuis le début de l'année. La sécheresse et la chaleur extrême ont tout simplement brûlé la végétation, facilitant les départs d'incendies et leur propagation rapide. L'année 2018 a enregistré les feux les plus destructeurs de l'Histoire de l'État, et l'année 2020 regroupe à elle seule cinq des vingt plus grands feux jamais observés en Californie. En raison du niveau de sécheresse des sols et de la végétation, les autorités californiennes s'attendant à nouveau à une saison des incendies records en 2022.

Évolution des incendies en Californie : en bleu clair les plus destructeurs, en bleu foncé les plus grands. © LAO

La méga-sécheresse de l'ouest américain a fortement impacté le niveau des deux plus grands réservoirs d'eau, Lac Mead et Lac Powell : face au manque d'eau qui s'annonce, l'organisme Southern Nevada Water Authority, qui gère l'approvisionnement en eau de Las Vegas, a déclaré : « nous sommes à 45 mètres près de priver 25 millions d'Américains de l'eau issue de la rivière Colorado ». L'eau de la rivière Colorado est utilisée à 80 % pour l'agriculture et les États mettent en œuvre un plan de transformation des exploitations agricoles pour les inciter à produire des cultures moins gourmandes en eau.

L'eau du lac Powell est à un niveau historiquement bas. © ArtTower, Pixabay

Actuellement, ce sont 6 millions de Californiens qui sont confrontés à des restrictions d'eau, avec pour certaines localités, des rationnements. Le gouverneur américain a demandé aux Californiens de réduire leur consommation d'eau de 15 % par rapport à 2020, afin de tenter de maintenir des niveaux suffisants dans les réservoirs pour permettre à la vie sauvage (les poissons essentiellement) de survivre. Le but est loin d'être atteint : la réduction atteint simplement les 3,7 % à l'heure actuelle. Ce climat de plus en plus aride a également des conséquences sur l'énergie : si la sécheresse persiste au même niveau cet été - ce qui est envisagé -, le réseau hydroélectrique ne fonctionnera qu'à 48 % de sa capacité, selon l'Administration américaine de l'information sur l'énergie.

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