Les chenilles processionnaires du pin sont connues pour leurs poils urticants et sont reconnaissables leur façon de se déplacer à la queue leu leu. © Lamiot, Wikimedia Commons

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Moustiques, chenilles processionnaires, charançons rouges : comment lutte-t-on contre ces insectes ?

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Ces insectes nuisibles perturbent notre tranquillité, font peser sur nous la menace d'une crise sanitaire (incarnée notamment par le moustique tigre) mais aussi d'un anéantissement des palmiers méditerranéens - le charançon rouge se reconnaîtra dans cette description. Pour comprendre les rouages de la lutte engagée contre eux, Futura a interrogé Fabien Walicki, responsable du service de Lutte Contre les Nuisibles (LCN) pour la Communauté d'agglomération Var-Esterel-Méditerranée (Cavem).

Les beaux jours reviennent. Beaucoup attendent avec impatience les vacances pour descendre dans le Sud, profiter des plages et de la vue des palmiers, en admettant que ceux-ci aient toujours fière allure malgré l'invasion de charançons ravageurs. Certains d'entre nous tremblent déjà à l'idée de se faire dévorer par les moustiques cet été. D'autres, en ce début de printemps, sont surtout préoccupés par d'inquiétants défilés de chenilles processionnaires pour lesquelles l'heure est venue de descendre des arbres et de s'enfouir dans le sol. Le rapport entre tout cela ? Les nuisibles.

Qu'ils menacent la santé publique, impactent l'économie et le tourisme, détruisent un patrimoine culturel ou qu'ils soient sources d'inconfort dans la vie de tous les jours, les moustiques, les chenilles processionnaires et les charançons ont tous une raison d'être craints ou détestés. Pour mesurer l'ampleur des nuisances occasionnées et les actions de lutte qu'elles imposent, Futura a rencontré Fabien Walicki, responsable du service de Lutte Contre les Nuisibles (LCN) au Pôle Environnement Développement Durable et Désinsectisation (E3D) de la Communauté d'Agglomération Var-Esterel-Méditerranée (Cavem). Prévenir le déclenchement d'épidémies ou empêcher une hécatombe de palmiers font partie des enjeux qui motivent cette lutte, sur ce territoire du littoral méditerranéen concerné par les trois fléaux cités précédemment.

Le moustique tigre (Aedes albopictus) est un insecte nuisible car il est source d'inconfort et vecteur potentiel de maladies épidémiques. © James Gathany, Centers for Disease Control and Prevention, DP

Le moustique tigre, un risque de crise sanitaire

Problème récurrent tous les étés, les moustiques, qui se plaisent dans les zones marécageuses, les fossés, ou encore dans les piscines laissées à l'abandon, gênent les particuliers dans les campings, les jardins ou les terrasses. En raison des nuisances et des risques sanitaires qu'il représente en tant que vecteur de maladies épidémiques, telles que le chikungunya ou Zika, l'arrivée du moustique tigre (Aedes albopictus) en particulier a été l'élément déclencheur de la création en 2011 du Service Intercommunal de Démoustication (SID), devenu depuis LCN. Cette espèce invasive originaire d'Asie du Sud-Est est entrée en France en 2004, puis sur le territoire de la Cavem vers 2007-2008.

« Ces dernières années, neuf fois sur dix, lorsque les particuliers se plaignent de nuisances dues aux moustiques, le tigre est impliqué » nous informe Fabien Walicki. Dans 70 % des cas, ils viennent des jardins. » Par négligence ou manque de volonté, trop de gens oublient encore d'entretenir ou de se débarrasser des équipements et des récipients où l'eau peut stagner, y compris des nids à moustiques aussi évidents que les soucoupes de pots de fleurs. Le service LCN consacre donc une bonne partie de son temps à la sensibilisation et à la pédagogie. Depuis 2011, 22.000 villas ont été visitées dans ce but sur le périmètre de 350 km2 couvert par la Cavem. Des gestes simples permettent d'éviter les traitements par insecticide, quand bien même celui-ci est biologique.

Les piscines hors service et les récipients (pots, pneus, etc.) stockés dans les jardins sont des exemples de gîtes larvaires aisément identifiables. © Cavem

En parallèle, le service LCN contrôle chaque année 2.050 gîtes larvaires susceptibles d'accueillir des moustiques, identifiés à travers le territoire, qui comprennent les zones marécageuses, les avaloirs d'eau de pluie, les chambres de télécommunication, les pompes de refoulement, ou encore les bassins de rétention. La grande majorité des traitements utilise un insecticide BT, basé sur le très réputé bacille de Thuringe (Bacillus thuringiensis), et se fait, si nécessaire, de manière préventive.

Le moustique tigre est sain en France

« Sur notre territoire, le moustique tigre est sain », insiste Fabien Walicki. Le risque d'épidémie provient de ce qu'une personne malade puisse se faire piquer, contaminant les moustiques, qui à leur tour transmettent la maladie à l'Homme. Pour réduire les chances que cela ne se produise, « nous intervenons pour diminuer autant que possible les densités de moustiques. »

Des agents du service de Lutte Contre les Nuisibles (LCN) de la Cavem interviennent sur une flaque d'eau de pluie bord de mer et en zone marécageuse pour démoustiquer. © Cavem

La chenille processionnaire, une menace pour nos enfants et nos animaux

Reconnaissables aux nids qu'elles tissent dans les arbres et à leur façon de marcher en file indienne, les chenilles processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa) représentent également un risque sanitaire, mais plus localisé que les moustiques. Elles peuvent projeter leurs poils urticants dans les airs et provoquer des démangeaisons, des œdèmes et des lésions oculaires chez les enfants imprudents, et une nécrose de la langue chez les chiens trop curieux.

Les aiguilles de pin sont la nourriture de prédilection des chenilles processionnaires, qui peuvent dénuder complètement les arbres infestés puisqu'elles ont tendance à y rester d'années en années si elles ne sont pas délogées. © Cavem

La lutte contre ces nuisibles s'échelonne sur toute l'année, en commençant par un traitement préventif des pins en automne au moyen d'un insecticide biologique BT. Le service LCN pulvérisait auparavant le produit par hélicoptère, ce qui avait l'avantage de couvrir de grandes surfaces, mais ne peut plus se faire en zone urbaine depuis 2013. Les agents interviennent donc, aujourd'hui, depuis le sol en se servant de canons pour asperger les arbres, afin de pouvoir cibler environ 160 sites sensibles que sont les écoles, les crèches, les parcs et autres espaces publics, recensés par le LCN. Ces traitements préventifs font qu'on ne dénombre que « 30 à 50 signalements de nids chaque année », nous révèle Fabien Walicki.

En hiver, les chenilles s'abritent dans des nids au sommet des pins et n'en sortent la nuit que pour dévorer les aiguilles. Deux approches sont possibles lorsqu'on en repère. La première, l'échenillage, consiste à couper les nids à l'aide d'un échenilloir (sécateur monté sur une perche), s'ils sont à portée. Dans le cas contraire, on installe des écopièges (poches remplies de terre) sur le tronc des arbres, pour capturer les chenilles lorsqu'elles en descendent au printemps pour aller s'enfouir dans le sol et se transformer en chrysalide.

À gauche, un agent coupe des nids de chenilles processionnaires à l'aide d'un échenilloir sur un pin infesté. À droite, un écopiège accroché au tronc d'un arbre situé dans une zone de loisir sensible, où la probabilité de contacts avec l'Homme, notamment les enfants, et les animaux est élevée. © Cavem

Les chenilles referont surface sous forme de papillons en été pour se reproduire. Pendant cette saison, la lutte se fait en diffusant des phéromones, qui perturbent les papillons et les empêchent de s'accoupler. Le service LCN utilise pour cela des « phéroball », phéromones encapsulées dans une bille biodégradable tirée sur les arbres avec un fusil, comme au paintball. « Avec cette technique, il faut deux ou trois ans pour éliminer complètement [les chenilles] », explique Fabien Walicki, qui précise qu'elles ont tout de même leur rôle dans l'écosystème, par exemple comme nourriture pour les mésanges, insensibles aux poils urticants. L'installation de nichoirs à mésanges est un moyen de lutte naturel « qu'on aimerait essayer de développer » sur le territoire de la Cavem, indique-t-il.

Les pulvérisations préventives d'insecticide biologique sur les pins, foyers très appréciés des colonies de chenilles processionnaires, se font de nuit afin de ne pas déranger les riverains. © Cavem

Le charançon rouge ravageur des palmiers

Pas de crise sanitaire en vue avec ce troisième nuisible. Il a pourtant aussi la puissance d'une épidémie, certes pas pour l'Homme, mais pour les palmiers. Originaire d'Asie du Sud-Est, où il décime les cocotiers, le charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) a été introduit dans le bassin méditerranéen dès les années 1980. Profitant du commerce des palmiers par bateau, il a peu à peu envahi toute la région, y compris le sud de la France. La Région Sud (ex-Paca) est infestée depuis 2006. Ses larves détruisent les palmiers de l'intérieur en creusant des galeries et en entraînant leur pourrissement par les bactéries et les champignons qu'elles véhiculent.

Un coléoptère invasif

La lutte contre cette espèce de coléoptère exotique et invasive est obligatoire en France depuis 2010, dans un objectif d'éradication, qui seule pourra sauver les palmiers de Méditerranée, un « patrimoine végétal très important, même s'ils ont été importés », affirme Fabien Walicki. Il s'attaque principalement à deux espèces de palmiers du genre Phoenix : le dattier (Phoenix dactylifera) et le palmier des Canaries (Phoenix canariensis), ce dernier étant le plus vulnérable. Notons que paradoxalement, les charançons sont en pratique les pollinisateurs des palmiers, cependant, chaque espèce est spécifique à une espèce de palmier. Le charançon rouge n'étant pas ici dans son milieu naturel et n'ayant pas sa place au sein des palmiers Phoenix, il est devenu dangereux pour eux.

Le charançon rouge (Rhynchophorus ferrugineus) est surnommé le « tueur de palmiers ». Implanté dans tout le bassin méditerranéen, ce coléoptère très invasif menace d'y faire disparaître tous les palmiers. © Philippe Teuwen, Flickr, CC by-sa 2.0

« Le problème principal est que les charançons peuvent se diffuser sur sept à dix kilomètres à partir d'un palmier infesté », explique Fabien Walicki. Par comparaison, « le moustique tigre a un rayon d'action de seulement cent mètres autour de son nid ». Seules les Îles Canaries ont réussi à se débarrasser des charançons, car l'archipel est suffisamment éloigné des côtes pour ne pas être contaminé par les airs. La menace subsiste toutefois car elle vient également de l'importation de palmiers potentiellement infestés.

En France, le territoire de la Cavem a été le premier à lancer, en 2016, un plan d'action d'urgence contre l'invasion des charançons rouges, nommé Arecap, pour Action en Réseau pour l'Éradication du Charançon Rouge et l'Assainissement des Palmiers. « On s'est positionné comme un territoire de démonstration scientifique », précise Fabien Walicki. Le principe est de prouver qu'un traitement rapide et en masse des palmiers situés sur le domaine public et chez les particuliers, avec un objectif de 75 % de palmiers traités d'ici 2021, peut conduire à l'éradication des charançons, comme le démontre une étude de Michel Ferry, expert de la FAO et directeur de la station d'expérimentation de la palmeraie d'Elche en Espagne. D'autres territoires pourraient suivre le même modèle, si cette stratégie tient ses promesses.

Exemples de palmiers infectés par des charançons. Celui de gauche a été assaini en coupant ses palmes et en retirant les parties pourries, exposant son cœur. Celui de gauche présente un signe d'infestation qui se manifeste par une asymétrie des palmes. © Cavem

La lutte se fait de façon préventive en injectant une fois par an, idéalement au printemps, 50 ml d'insecticide chimique, le benzoate d'émamectine, dans les troncs des palmiers. Des études ont démontré que « le produit reste confiné au palmier, ne part pas dans l'air ni dans les racines et ne présente aucun risque pour les abeilles », qui ne sont pas les pollinisateurs des palmiers Phoenix. Le traitement, très coûteux, est proposé à un tarif incitatif par le plan Arecap pour qu'un maximum de propriétaires de palmiers s'engage dans la lutte. Les palmiers déjà contaminés, repérables à des découpes dans les feuilles ou encore à des chutes inexpliquées de palmes vertes, et traités à temps peuvent être assainis. Dans le pire des cas, ils sont abattus.

Sur les quelque 15.000 palmiers présents sur le territoire, 5.300 (dont 3.500 sont des palmiers des Canaries) sont pris en charge dans le cadre du plan Arecap, ce qui correspond à environ 2.700 propriétaires. « On essaye actuellement d'établir un suivi des palmiers traités hors Arecap par des entreprises privées, déclare Fabien Walicki, mais on s'approche de l'objectif de traitement massif fixé. » La Cavem estime ainsi que 65 % des palmiers sont traités par ou hors Arecap.

En complément des injections d'insecticide au cœur des palmiers, le service LCN a aussi déployé 550 pièges à charançons, qui attirent ces insectes en diffusant une phéromone d'agrégation. Ils sont effectifs entre mars et fin novembre, car ces coléoptères ne volent pas en hiver et plus généralement lorsque les températures sont inférieures à 18 °C. En 2018, ce sont 26.000 charançons qui ont été capturés en l'espace de cinq mois par cette méthode.

Pour traiter les palmiers préventivement contre une infestation par les charançons rouges, des injections d'insecticide chimique sont pratiquées dans le tronc. En complément, des pièges peuvent être installés pour contrôler l'évolution de la population de charançons et éviter qu'ils s'installent dans les palmiers. © Cavem

Une fois que la lutte massive aura réduit drastiquement la population de charançons rouges sur le territoire, le service LCN compte ensuite passer à un traitement biologique ciblé sur des palmiers susceptibles d'abriter des charançons. L'utilisation de produits chimiques nocifs, même si des études certifient qu'ils ne polluent ni le sol ni l'air et que les palmiers s'en remettent, reste critiquée. La ville de Nice, par exemple, a choisi d'emblée des produits biologiques et essaye également de remplacer les palmiers des Canaries par des espèces moins vulnérables.

Une lutte collective

Pour tous ces nuisibles, et peut-être plus encore pour les charançons tueurs de palmiers, « la clé du succès, c'est la participation de tous », conclut Fabien Walicki, avant de rappeler qu'ils ont tous un impact de près ou de loin sur la population. Les moustiques engendrent des nuisances au quotidien et sont le spectre d'une crise sanitaire. Les chenilles processionnaires donnent des sueurs froides aux parents et aux propriétaires d'animaux. Les palmiers ont une importance esthétique, touristique et financière, puisqu'ils peuvent valoir plusieurs milliers d'euros et décorent de vieilles villas classées.

L'Homme à l’origine du problème

Or, « si on ne fait rien, il n'y [en] aura plus dans quelques années, prévient-il. Dans tous les cas, l'Homme est à l'origine directe du problème », sauf pour les chenilles processionnaires, originaires du bassin méditerranéen. Les moustiques tigres comme les charançons rouges sont arrivés d'Asie suite à des échanges commerciaux. Pour lutter contre eux, « c'est la combinaison des méthodes [traitement, piégeage, sensibilisation des citoyens, etc.] qui permet d'obtenir les meilleurs résultats. »

  • Les moustiques occasionnent des nuisances au quotidien. Le moustique tigre, en particulier, fait planer le risque d'une crise sanitaire, bien qu'il soit sain sur notre territoire, car c'est un vecteur potentiel de maladies.
  • Les chenilles processionnaires du pin fragilisent ces arbres et le contact avec leurs poils urticants est dangereux pour l'Homme et les animaux.
  • Les charançons rouges infestent les palmiers du bassin méditerranéen et menacent de décimer cet important patrimoine végétal et touristique.
  • Le territoire de la Communauté d'agglomération Var-Esterel-Méditerranée (Cavem), concerné par ces trois nuisibles, a mis en place des plans de lutte, qui se veulent préventifs et respectueux de l'environnement.
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