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Le réchauffement climatique augmente les inégalités

ActualitéClassé sous :changement climatique , COP26 , gaz à effet de serre

[EN VIDÉO] Interview avec Jean Jouzel : Quelles seront les répercussions du réchauffement climatique sur notre société ?  Dans une interview, Jean Jouzel, célèbre paléoclimatologue, nous énonce les répercussions du réchauffement climatique sur nos modes de vie. 

Pour les 20 ans de Futura, plusieurs des personnalités qui nous soutiennent proposent un éditorial, en l'occurrence plusieurs articles sur des thèmes précis. Cette semaine, nous avons l'honneur de recevoir Jean Jouzel, qui est paléoclimatologue. Durant une journée thématique, nous vous proposons des sujets exclusifs choisis par cet expert du climat engagé dans la compréhension et la lutte contre le réchauffement climatique.

En collaboration avec

Climatologue - Vice-président du GIEC

Découvrez sur notre page anniversaire tout le programme, nos invités, des contenus originaux...

Le climat de la Terre connaît des bouleversements rapides depuis que l'Homme a commencé à émettre des gaz à effet de serre via les rejets industriels et la consommation des énergies fossiles. Ce changement climatique est en grande partie caractérisé par un accroissement global des températures à la surface du globe. Dans certains esprits, ce réchauffement climatique est synonyme d'hivers moins rudes ; pour d'autres, il signifie le déménagement à court terme sous des latitudes plus importantes. Il faut néanmoins clarifier certaines idées reçues à ce sujet.

Le réchauffement climatique est tout d'abord difficilement perceptible d'une année sur l'autre en raison notamment des variations de température naturelles et interannuelles. En France métropolitaine, les températures moyennes annuelles ont par exemple augmenté de 1,2 °C depuis les années 1960. Ce réchauffement n'est pas uniforme sur terre (les températures fluctuent d'ailleurs moins vite en mer que sur terre) et les anomalies de température (par rapport à la période 1951-1980) aux pôles enregistrées en 2019 ont parfois excédé 5 °C.

Les anomalies de température aux pôles en 2019 ont parfois dépassé les 5 °C par rapport aux moyennes enregistrées pendant la période 1951-1980. © BerkeleyEarth.org

Les indicateurs de ce réchauffement, outre la température, sont des données objectives comme la durée des canicules et des enneigements, le nombre d'épisodes de gel ou encore la variation de taille des glaciers au cours des années. Certains indicateurs peuvent être plus subjectifs et perçus par chacun. Il sera par exemple possible d'observer des départs de migration de plus en plus tardifs des oiseaux avant la saison dite froide ou des floraisons de plus en plus précoces des arbres dans les vergers au printemps.

Le creusement des inégalités

Toutes les populations ne sont pas à égalité face au réchauffement climatique. Dans les économies les plus pauvres, la majorité des revenus de la population repose sur le secteur primaire, soit celui de l'agriculture, de la sylviculture (exploitation raisonnée des forêts) et de la pêche. Ces derniers secteurs sont bien évidemment fortement dépendants du climat et la mise en place de moyens permettant de soutenir un rendement suffisant au maintien de l'économie est d'autant plus difficile que les populations sont pauvres. De plus, les personnes aux revenus les plus modestes sont précisément celles qui dépendent le plus des ressources naturelles brutes.

L'accès à l'eau potable constitue par ailleurs une source d'accroissement des inégalités majeure dans le contexte du réchauffement climatique. Outre le fait que les réserves souterraines, qui sont les moins contaminées, s'amenuisent, l'augmentation de la température moyenne des eaux de surface et souterraines favorise le développement d'organismes pathogènes pour l'Homme.

L'augmentation de la température moyenne des eaux de surface et souterraines favorise le développement d'organismes pathogènes

Les populations ayant ainsi accès aux moyens les plus rudimentaires d'assainissement de l'eau se trouvent donc face à des systèmes inadaptés face au développement de nouveaux organismes pathogènes. La proportion des populations sub-sahariennes qui dépend de l'agriculture pluviale est par ailleurs de 96 %. Or, une légère modification du régime des pluies lors de sécheresses plus longues pourrait mener à une diminution considérable des volumes d'eau drainés par les rivières et donc mettre en péril la production et l'accès aux produits agricoles.

Cette situation est bien loin de celle vécue aux Émirats arabes unis qui, afin de lutter contre la chaleur écrasante (51 °C en juillet dernier), ont financé des drones à faisceaux laser qui permettent de générer de la pluie artificielle. Plus généralement, une étude estime que, si 9 % de la population mondiale était confrontée à un stress hydrique en 2008, ce pourcentage passerait à 38 % en 2025 en raison de l'augmentation des températures globales.

Les politiques et accords internationaux mis en place afin de lutter contre le réchauffement climatique sont principalement portés par les pays qui sont les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre. En 2020, une étude rapportait que 40 % des émissions du dioxyde de carbone (CO2) mondial émis par les activités anthropiques provenait des pays les plus riches au monde, dont la population ne représente que 16 % de la population mondiale. Les pays africains dans leur ensemble sont par ailleurs responsables de 3,7 % des émissions globales de gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d'azote et gaz fluorés).

Évolution des émissions annuelles de CO2 dans différentes parties du monde selon le Global Carbon Project. © Global Carbon Project, Our World in Data, CC BY

Des modèles estiment qu'une augmentation de 2,5 °C d'ici 2030 engendrerait une perte de 23 milliards de dollars de revenus nets provenant de l'agriculture en Afrique. Cette perte engendrerait un accroissement de 10 à 60% de prix des produits de première nécessité et causerait une augmentation des taux de pauvreté de 20 à 50 % dans les foyers africains non agricoles.

Les objectifs internationaux fixés afin de lutter contre le réchauffement climatique ne sont enfin pas nécessairement adaptés aux populations pour lesquelles l'urgence est d'avoir accès à l'eau potable, à une source régulière de nourriture et à l'électricité. La COP26 a pour objectif de permettre aux dirigeants mondiaux de s'engager pour lutter contre le changement climatique. Dans ce contexte, pourtant, les pays les plus défavorisés ne seront pas ou peu représentés en raison de l'accès inégal à la vaccination et du coût de la quarantaine afin d'assister à ce sommet, à Glasgow, en Écosse.


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