Les niveaux de gaz à effet de serre dans notre atmosphère ont encore atteint un record en 2020. © Nasa, GSFC, Scientific Visualization Studio
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Les émissions de gaz à effet de serre battent encore des records en 2020 !

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[EN VIDÉO] Gaz à effet de serre : un nouveau record en 2020 et après ?  Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), en 2020, les niveaux de gaz à effet de serre dans notre atmosphère ont atteint un nouveau record. Le taux d’augmentation annuel a été supérieur à la moyenne de la période 2011-2020. Et la tendance semble vouloir se poursuivre en 2021. Continuant ainsi d’alimenter un réchauffement climatique à l’origine de plus en plus d’événements météorologiques extrêmes et d’autres graves conséquences pour la vie sur notre Terre. Pour éviter le pire, il faut dès maintenant se fixer des objectifs de neutralité carbone. Et les tenir ! © OMM 

La COP26 s'ouvrira dans quelques jours. Nos dirigeants s'engageront-ils enfin sur la voie que leur montrent les chercheurs depuis plusieurs années (et même décennies) ? Celle qui permettrait de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des normales préindustrielles. En attendant, et malgré un ralentissement de nos émissions dues à la crise du Covid-19, les niveaux de gaz à effet de serre dans l'atmosphère ont atteint un nouveau record en 2020.

Dans quelques jours, la 26e Conférence des Parties signataires de la convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques -- celle que les initiés appellent la COP26 -- réunira à Glasgow (Royaume-Uni) les dirigeants du monde entier. Ils auront alors un objectif commun, celui déjà fixé par l'Accord de Paris en 2015 : prendre les engagements nécessaires à limiter le réchauffement climatique anthropique à un maximum de 2 °C au-dessus des normales de l’ère préindustrielle.

Pour y arriver, il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'il faudra revoir les ambitions de chacun en matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES). D'autant que, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) vient tout juste de l'annoncer, les concentrations en GES dans notre atmosphère ont atteint un nouveau record en 2020. Augmentant même d'un taux supérieur à la moyenne de la période 2011-2020. La crise du Covid-19 n'aura donc pas eu de réel effet ralentisseur.

Le niveau de dioxyde de carbone (CO2) -- le plus important gaz à effet de serre, responsable à lui seul de quelque 66 % du réchauffement et que nous connaissons malheureusement tous maintenant -- a ainsi atteint les 413,2 parties par million (ppm). C'est 149 % de son niveau préindustriel. « La dernière fois que la Terre a connu une concentration comparable de CO2, c'était il y a 3 à 5 millions d'années. La température était alors de 2 à 3 °C plus élevée et le niveau de la mer était de 10 à 20 mètres plus haut qu'aujourd'hui. Mais il n'y avait pas 7,8 milliards de personnes sur notre Planète, à l'époque », remarque Petteri Taalas, secrétaire général de l'OMM, dans un communiqué. Le niveau de méthane, quant à lui, dépasse les 260 % de son niveau d'avant 1750 et celui du protoxyde d'azote (N2O), les 120 %.

Déjà des mesures faites en juillet 2021 montrent que la tendance se poursuit. Les observatoires du Mauna Loa (Hawaï, États-Unis) et de Cape Grim (Australie) ont enregistré des taux de CO2 respectivement de 416,96 parties par million (ppm) et 412,1 ppm. En juillet 2020, les niveaux maximums s’étaient fixés à 414,6 ppm et à 410,3 ppm. Ici, les projections du service national britannique de météorologie. © MET Office

Parmi les gaz à effet de serre, il n’y a pas que le CO2

Rappelons que le méthane (CH4) est ce que les chercheurs qualifient de gaz à effet de serre à courte durée de vie. Il demeure en effet dans l'atmosphère pendant environ une décennie seulement. Il est toutefois responsable d'environ 15 % du réchauffement. Mais d'où vient-il ? De sources naturelles, déjà. Comme les zones humides. Et de sources anthropiques aussi. Des élevages de ruminants, de la riziculture intensive, de l'exploitation des combustibles fossiles, des décharges ou encore de la combustion de la biomasse.

La problématique du protoxyde d'azote (N2O) est double. C'est à la fois un puissant GES et une destruction de la couche d’ozone. Parmi les activités humaines à l'origine des émissions : la combustion de la biomasse, l'utilisation d'engrais et divers procédés industriels. Et les émissions ont augmenté de pas moins de 30 % au cours des 40 dernières années.

Limiter nos émissions de CH4 et de N2O pourrait nous aider à atteindre rapidement l'objectif fixé par l'Accord de Paris sur le climat. Sans pour autant, malheureusement, que cela affecte vraiment le besoin de réductions fortes, rapides et soutenues de nos émissions de CO2 sur le long terme.

Ici, les niveaux de trois gaz à effet de serre dans notre atmosphère en 2020 ainsi que les tendances de leur évolution. © OMM

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre de toute urgence

C'est justement la problématique qu'abordent celles que les spécialistes appellent les contributions déterminées au niveau national (CDN). À quelques jours de l'ouverture de la COP26, ces dernières sont considérées comme « un engagement clair à agir contre le réchauffement climatique ». Pourtant, le dernier Emissions Gap Report - comprenez, le rapport qui fait le point entre les besoins et les engagements en matière de réduction des émissions de GES - publié par Programme des Nations unies pour l'environnement le précise, si les nouveaux CDN - arrêtés au 30 septembre 2021 - « réduisent les projections d'émissions pour 2030 de 7,5 %, une baisse de 30 % serait nécessaire pour atteindre l'objectif de +2 °C et même de 55 % pour atteindre celui de +1,5 °C ». Les CDN des parties signataires de l'Accord de Paris sont donc « très loin de là où la science dit qu'elles devraient être », regrette Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, dans un communiqué« Nous sommes complètement en dehors des clous », confirme Petteri Taalas. Car lorsque toutes les contributions déterminées au niveau national sont prises en compte, y compris celles qui n'ont pas encore été mises à jour, notre monde se dirige plutôt vers une augmentation de ses émissions de gaz à effet de serre de 16 % d'ici 2030. Nous emportant vers un réchauffement qui pourrait frôler... les 3 °C !

« Pour avoir une chance de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, nous avons huit ans pour réduire de près de moitié les émissions de gaz à effet de serre -- qui devrait être de 33 gigatonnes d'équivalent CO2 en 2021 -- : huit ans pour élaborer les plans, mettre en place les politiques, les appliquer et enfin, réaliser les réductions -- alors que les dernières CDN prévoient une réduction d'environ 4 gigatonnes seulement. L'horloge tourne à plein régime », souligne quant à elle Inger Anresen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), dans un communiqué.

Rappelons que le Giec, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, estime que pour limiter la température à 2 °C au-dessus des normales préindustrielles, il faudrait réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 25 % d'ici 2030. Et même de 45 % si nous voulons rester sous la barre des 1,5 °C.

Mais rien n'est encore perdu. Les parties, en effet, restent bien sûr autorisées à réviser leurs CDN. Le président de la COP26, Alok Sharma, encourage les pays du G20 à le faire sans attendre. Il les encourage aussi à confirmer leur soutien aux actions des pays en développement. Car ces derniers auront besoin de ressources financières et de soutiens plus techniques pour tenir leurs propres engagements. Si ces deux conditions sont réunies, nos émissions de gaz à effet de serre pourraient culminer avant 2030. « Nous devons absolument transformer tous ces engagements en actions. Revoir nos systèmes industriels, énergétiques et de transport. Tout notre mode de vie. Les changements nécessaires sont économiquement abordables et techniquement possibles. Mais il n'y a plus de temps à perdre », conclut Petteri Taalas.

Pour en savoir plus

Gaz à effet de serre : des records de concentration battus en 2012

Les concentrations de gaz à effet de serre continuent d'augmenter dans l'atmosphère. Sans grande surprise, 2012 a donc été une nouvelle année record, si l'on en croit le bulletin annuel de l'Organisation météorologique mondiale. Les trois acteurs principaux de cette problématique restent inchangés : CO2, CH4 et N2O. Passons les chiffres en revue.

Article de Quentin Mauduit paru le 09/11/2013

La teneur atmosphérique des gaz à effet de serre est toujours en hausse, selon l'Organisation météorologique mondiale. Elle s'est même accélérée pour le CO2 entre 2011 et 2012 (+2,2 ppm), par rapport à la tendance annuelle observée depuis une décennie (+2,02 ppm). © CECAR, Flickr, cc by 2.0

Comme chaque année à la même époque, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié son bulletin sur les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Et comme chaque année, les conclusions sont les mêmes : de nouveaux records ont été battus ! Selon le communiqué de presse« le forçage radiatif total induit par l'ensemble des gaz à effet de serre persistants correspondait en 2012 à une concentration de 475,6 parties par million (ppm) en équivalent CO2, contre 473 ppm en 2011 ». Toujours selon le même document, ce forçage aurait augmenté de 32 % entre 1990 et 2012.

Rappelons-le, il s'agit bien dans ce contexte de concentrations et non d'émissions, c'est-à-dire de ce qui persiste dans l'atmosphère à la suite des interactions qui existent entre ce milieu, la biosphère et les océans. Concrètement, le gaz carbonique reste le principal responsable de cette hausse, puisqu'il l'explique à 80 %. Ses sources d'émission sont majoritairement d'origine anthropique, à savoir la combustion de carburants fossiles et la déforestation. À l'échelle globale, la concentration atmosphérique en CO2 a atteint 393,1 ppm en 2012 (soit 141 % de la valeur de 1750), à la suite d'une augmentation de 2,2 ppm par rapport à 2011. Fait notable : ce chiffre est supérieur à la moyenne annuelle calculée pour ces dix dernières années, soit 2,02 ppm.

Plus localement, des valeurs dépassant le seuil symbolique de 400 ppm ont été mesurées à plusieurs reprises en Arctique en 2012. Le 9 mai 2013, un même taux à cette fois été mesuré à Hawaï, à l'observatoire de Mauna Loa, qui n'est autre que le point de référence du réseau de veille de l'atmosphère auquel participent 50 pays. Toujours selon le communiqué, « si le rythme actuel se maintient, la teneur annuelle moyenne en CO2 à l'échelle du globe devrait dépasser le seuil de 400 ppm en 2015 ou 2016 ».

Forçage radiatif de l'atmosphère dû aux gaz à effet de serre persistants et valeur actualisée pour 2012 de l'indice annuel d'accumulation des gaz à effet de serre (AGGI, Annual Greenhouse Gaz Index) de la NOAA. Les détails sont disponibles dans l'article. © OMM, 2013

CH4 et N2O toujours sur le podium des gaz à effet de serre

Qu'en est-il des autres gaz à effet de serre, ceux qui expliquent 20 % de la hausse mesurée ? Les deux principaux polluants derrière le CO2 restent, dans l'ordre, le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O). « Le CH4 atmosphérique a atteint un nouveau pic en 2012 », précise le communiqué, soit une concentration de 1.819 parties par milliard (ppb), ce qui correspond à une progression d'environ 260 % par rapport à l'ère préindustrielle (avant 1750). L'accroissement des émissions anthropiques, soit 60 % des rejets de CH4, expliquerait cette hausse. À noter : aucune augmentation éventuellement liée à un dégel du pergélisol ou d'hydrates n'a été détectée en Arctique en 2012.

Les émissions de protoxyde d’azote sont à 60 % naturelles et à 40 % d'origine anthropique. En 2012, la concentration atmosphérique de ce gaz a atteint une valeur de 325,1 ppb, ce qui représente une augmentation de 0,9 ppb depuis 2011. L'année dernière, son niveau valait donc 120 % de celui qui régnait avant l'ère industrielle. Le communiqué a par ailleurs rappelé un fait au sujet de ce gaz qui laisse songeur : « à un horizon de 100 ans, l'impact du protoxyde d'azote sur le climat est 298 fois plus grand que celui du dioxyde de carbone, à émissions égales. Ce gaz joue aussi un rôle important dans la destruction de la couche d'ozone stratosphérique qui nous protège des rayons ultraviolets nocifs émis par le soleil. »

Selon le secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud, « les observations provenant du vaste réseau de la Veille de l'atmosphère globale de l'OMM montrent une fois encore que les gaz d’origine anthropique qui retiennent la chaleur ont perturbé l'équilibre naturel de l'atmosphère terrestre et contribuent largement au changement climatique ». Finalement, comme chaque année, les solutions suggérées pour lutter contre cette problématique ne changent pas : « il faut réduire de manière sensible et prolongée les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le changement climatique ».

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