Grâce à l'association d'images satellites et de l'intelligence artificielle, une étude met en évidence la vulnérabilité de plus de la moitié des grandes barrières de glace soutenant les glaciers de l'Antarctique. Le réchauffement atmosphérique menacerait d'effondrement ces plateformes de glace qui sont le prolongement en mer d'un glacier terrestre.

 

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S'appuyant sur des systèmes d'intelligence artificielleintelligence artificielle pour analyser des relevés satellitaires, les chercheurs ont élaboré une cartographie des crevasses fissurant ces barrières de glacebarrières de glace. Ces dernières agissent comme des piliers ou arc-boutants contribuant à la stabilité de la calotte glaciairecalotte glaciaire qui repose sur la terreterre, explique leur étude publiée jeudi dans la revue Nature.

Ils ont calculé la fragilité de ces crevasses à leur remplissage par l'eau provenant de la fontefonte des glaces en amont ; ils concluent qu'entre 50 et 70 % d'entre elles pourraient dans un tel cas se fracturer. L'eau est en effet à volumevolume égal plus dense et donc lourde que la glace et exerce sur elle diverses pressionspressions.

Or, si une barrière de glace s'effondre, les glaciers qu'elle contribue à retenir peuvent à leur tour se déverser vers l'océan, causant une montée dangereuse du niveau de la mer. La plupart des barrières sont actuellement stables et gelées toute l'année, mais des phénomènes de ce genre ont déjà été observés. Des parties de la barrière de Larsen, à la pointe de la péninsule antarctiqueantarctique, se sont ainsi désintégrées en quelques semaines en 1995 et 2002.

L'eau de fonte des glaciers et l'eau de l'océan s'infiltrent par les crevasses et menacent de fracturer la calotte galciaire. © Mathilde Bellenger, AFP, Archives
L'eau de fonte des glaciers et l'eau de l'océan s'infiltrent par les crevasses et menacent de fracturer la calotte galciaire. © Mathilde Bellenger, AFP, Archives

Les plateformes de soutien menacées par le réchauffement climatique

Or, relèvent les auteurs, les prédictions sur la fonte des glaces en Antarctique suggèrent que l'accumulation d'eaux provenant de ce phénomène « pourrait s'étendre à beaucoup des zones vulnérables dans des scénarios de réchauffement [climatique] futur ». Ils pointent notamment les glaciers de l'île du Pin et de Thwaites, dans l'ouest de l'Antarctique, d'une superficie combinée plus grande que celle de l'Allemagne.

Le réchauffement de la température océanique contribue également à fragiliser par en dessous les grandes barrières de glace.

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« Les barrières sont le point faible, où interagissent l'atmosphèreatmosphère, la glace et l'océan. Si elles se remplissent d'eau de fonte, les choses peuvent aller très vite et il pourrait y avoir des conséquences majeures pour le niveau de la mer »,  souligne dans un communiqué un des coauteurs, Jonathan Kingslake, glaciologue à l'université de ColumbiaColumbia (États-Unis).

Une équipe de chercheurs britanniques a, par ailleurs, estimé dans une étude actuellement en pré-publication -- donc pas encore revue et approuvée par d'autres spécialistes -- que la Terre a perdu 28.000 milliards de tonnes (gigatonnes) de glace entre 1994 et 2017, soit moins de 0,1 % du total des glaces, mais suffisamment pour élever le niveau des mers de 35 mm.

Selon les experts climatclimat de l'ONU (GiecGiec), le niveau des mers a déjà augmenté de 15 cm au XXe siècle. Conséquence : d'ici 2050, plus d'un milliard de personnes vivront dans des zones côtières particulièrement vulnérables aux inondationsinondations ou événements météométéo extrêmes.

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