Les cristaux autour du Mont-Blanc ont cet aspect fumé caractéristique à cause de la radioactivité du granit environnant. © Thierry Berguerand
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Jean-Franck Charlet : « On retrouve de plus en plus de cristaux en haute montagne »

ActualitéClassé sous :Les Alpes , Géologie , cristallisation

Formés à des kilomètres de profondeur 15 millions d'années auparavant, de magnifiques cristaux se cachent dans les fissures granitiques du massif du Mont-Blanc. Quartz divers et variés, Jean-Franck Charlet les déniche partout dans le monde depuis son plus jeune âge.

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Guide de montagne et cristallier

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[EN VIDÉO] Formation d'un cristal à l'échelle atomique  Un cristal de sel est filmé durant sa formation à une résolution encore jamais atteinte : atomique ! © 2021 American Chemical Society 

Initié à la chasse aux cristaux dès son adolescence, Jean-Franck Charlet est guide de haute montagne, mais aussi cristallier. Ce terme désigne non pas un métier, mais une passion : celle d'aller cueillir les cristaux exposés sur les flancs de montagnes. « Ils se trouvent dans ce qu'on appelle des « fours », des fissures ouvertes dans la roche et tapissées de cristaux, qui se sont libérées par l'érosion des montagnes », explique J.-F. Charlet.

Ces cristaux sont le résultat de 15 millions d’années

Comme le détaille Jean-Franck Charlet, « ces cristaux ont été formés à environ 10 kilomètres de profondeur, il y a 15 millions d'années, lors de la collision entre la plaque africaine et la plaque européenne. La collision a fait remonter du granit du magma terrestre. Durant la collision, tout a été comprimé si fortement que des fissures se sont créées dans la roche. De l'eau s'est ensuite accumulée dans ces fissures, ou plutôt une solution aqueuse contenant de l'eau, mais aussi divers minéraux qui y sont dissous. »

La chaîne des Alpes a été créée suite à la collision entre la plaque africaine et la plaque européenne. © Sanderstock, Adobe Stock

Tous ces processus se déroulent à très forte pression (400 fois la pression atmosphérique) et haute température, environ 500 degrés Celsius. Les éléments contenus dans l'eau y sont dispersés et dissous atome par atome jusqu'à ce que la solution devienne saturée : « petit à petit, la roche remonte, d'environ un millimètre par an, donc ce qui était 10 km sous terre il y a 15 millions d'années est aujourd'hui au sommet du mont Blanc : c'est le processus naturel de formation des montagnes. La température et la pression diminuent, puis l'eau devient sursaturée en éléments et ils se mettent alors à précipiter. Additionnée aux diverses compressions et décompressions que subit la roche durant sa remontée, la solution aqueuse se change en cristaux qui tapissent alors les flancs de la cavité ». Bien sûr, ce mécanisme de formation des cristaux est à la base de la formation de tous les minéraux, et ceux-ci dépendent de la composition de la roche-mère dans laquelle ils se sont formés.  

On dénombre plus de 3.000 minéraux différents selon la molécule de base

Ce sont ensuite les conditions qui accompagnent la remontée du cristal qui vont le rendre tel qu'il est retrouvé aujourd'hui dans la montagne. « On distingue deux états possibles pour les solides : l'état cristallisé, où les atomes forment un réseau régulier, et l'état amorphe où tout est déstructuré. Dans l'état cristallisé les cristaux sont transparents. Ensuite, le type de cristal est défini par la molécule de base, c'est elle qui va imposer la structure du réseau atomique : on dénombre ainsi plus de 3.000 minéraux différents ! Ainsi pour le quartz qui est un oxyde de silicium, la molécule de base est un tétraèdre, et à partir d'elle se forme un cristal hexagonal à six faces », poursuit Jean-Franck Charlet.

Le quartz possède une structure cristalline hexagonale. Il constitue 12 % de la lithosphère, faisant de lui le minéral le plus commun. © Andel, Wikimedia commons

Jean-Franck Charlet chasse les cristaux partout dans le monde, mais avec une appétence particulière pour le massif du Mont-Blanc, dans les Alpes. Certains groupes de cristaux peuvent atteindre 50 kilogrammes pièce, qu'il faut alors descendre des hautes parois rocheuses à l'aide de cordes puis les porter dans son sac à dos à travers des glaciers puis des sentiers escarpés. « Seuls les cristaux trouvés dans les fissures ouvertes par l'érosion naturelle et continue des parois sont autorisés à la récolte », explique-t-il.

Ce quartz bipointe posé sur un énorme cristal de fluorine rose de 6 kg a été découvert par René Ghilini au Capucin du Requin. © Jean-Franck Charlet

Mais la plus recherchée dans la région reste la fluorine rose qui, comme l'évoque J.-F. Charlet, est parfois surnommée « l'or des cristalliers ». C'est un minéral très recherché par les collectionneurs et par les cristalliers, car il est très rare dans le monde et les plus beaux échantillons proviennent du massif du Mont-Blanc ou de Suisse centrale qui a la même géologie«  En minéralogie, on appelle ça la fièvre de l'or rose, à cause de la fluorine rose que l'on trouve dans le massif du Mont-blanc et en Suisse. C'est un minéral très recherché par les collectionneurs et par les cristalliers, comme ils sont bien plus esthétiques que les cristaux fumés et opaques caractéristiques de la région. »

Car les cristaux que l'on trouve majoritairement autour du mont Blanc ont un aspect un peu particulier : ils ont une couleur fumée, causée par la radioactivité du granite environnant. « La radioactivité interne du granite bombarde le cristal et déforme le réseau cristallin. Les rayons lumineux qui pouvaient passer à travers sont alors déviés, créant cet aspect fumé caractéristique du massif du Mont-Blanc. »

Des cristaux de quartz fumés morion de formes allongés mesurant 30 x 20 cm et découverts par Jean-Franck Charlet. © Jean-Franck Charlet

Le réchauffement climatique, particulièrement accentué en montagne, occasionne la fonte progressive des glaciers

Alors que l'atmosphère se réchauffe de plus en plus et de plus en plus vite, les glaciers fondent. Un processus qui s'aggrave lorsque l'on monte en altitude. « Vers 2.500 mètres, on perd presque 10 mètres d'épaisseur par an, explique J-F. Charlet. Pour les cristalliers, cela peut être une aubaine, car des hectares de rochers qui étaient jusque-là cachés sous la glace se découvrent, mettant potentiellement au jour de nouveaux fours de cristaux. »

« Il y a de plus en plus d'effondrements en montagne. Le changement climatique y est fortement accentué, la physionomie des glaciers change de partout », s'inquiète J.-F. Charlet. En particulier, dans la région de Chamonix où il est guide de haute montagne, « les roches formant les grandes parois sont maintenues par de la glace millénaire qui sert de ciment. Lorsque cette glace fond, des pans entiers de parois peuvent s'effondrer comme cela est arrivé récemment aux Drus, une des plus belles aiguilles rocheuses au-dessus de Chamonix. »

La fonte des glaces pourrait provoquer des avalanches désastreuses. © Camp to Camp, Christian

Des scénarios catastrophiques pourraient se produire dans les 20 ou 30 prochaines années, et atteindre même la vallée selon l'évolution des températures. « On surveille donc continuellement la montagne : certains glaciers dont la base collait jusque-là à la roche pourraient se mettre en mouvement dès lors que la glace en contact avec la roche se mettrait à fondre créant potentiellement de grandes avalanches. Ainsi les scientifiques mesurent la température sous certains glaciers, où l'on observe une augmentation continue des températures. On regarde aussi l'altitude à partir de laquelle les roches restent maintenues par la glace toute l'année : ce qu'on appelle le pergélisol - ou permafrost, en anglais. C'était 3.400 mètres il y a 30 ans, maintenant on est plutôt autour des 3.700, et ça ne fait qu'augmenter », alarme Jean-Franck Charlet.

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