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Le massif du Mont-Blanc

Dossier - Minéralogie des Alpes françaises - Mythe et fascination
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Depuis des temps immémoriaux, les « cristaux » ont été recherchés dans les Alpes, nous vous proposons une promenade à travers les principaux sites, en s'attardant tout particulièrement sur les sites sources de spécimens parmi les meilleurs au monde.

  
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Le quartz est recherché depuis des siècles dans le massif du Mont-Blanc, des documents l'attestent dès le dix-septième siècle. A cette époque les cristaux sont recherchés par les cristalliers pour être vendus aux tailleries, notamment de Paris, Genève et Milan. On nomme « Cristallier » en France, « Strahler » en Suisse, les personnes qui recherchent des « cristaux » dans les Alpes pour en faire le commerce. L'intérêt pour les spécimens de collection n'apparaîtra qu'à la fin du dix-huitième siècle.

Fluorite et quartz - Pointe Kurz, Bassin d'Argentière, massif du Mont-Blanc Chamonix, Haute-Savoie - Collection Eric Asselborn - Reproduction et utilisation interdites © Photo : Jeffrey Scovil

En 1834, Horace-Bénédict de Saussure nous détaille l'activité des cristalliers de la fin XVIIIème / début XIXème siècle dans le massif du Mont-Blanc : «La recherche du cristal et la chasse sont les seuls travaux qui soient demeurés le partage exclusif des hommes. Heureusement on s'occupe beaucoup moins qu'autrefois du premier de ces travaux ; je dis heureusement, parce qu'il y périssait beaucoup de monde. L'espérance de s'enrichir tout d'un coup, en trouvant une caverne remplie de beaux cristaux, était d'un attrait si puissant, qu'ils s'exposaient dans cette recherche aux dangers les plus affreux, et qu'il ne se passait pas d'année où il ne pérît des hommes dans les glaces ou dans les précipices. Le principal indice qui dirige dans la recherche des grottes ou des fours à cristaux, comme ils les appellent, ce sont les veines de quartz, que l'on voit en dehors des rochers de granit ou de roche feuilletée. Ces veines blanches se distinguent de loin et souvent à de grandes hauteurs sur des murs verticaux et inaccessibles. Ils cherchent alors ou à se frayer un chemin direct au travers des rochers, ou à y parvenir de plus haut en se faisant suspendre par des cordes. Arrivés là, ils frappent doucement le rocher, et lorsque la pierre rend un son creux, ils tâchent de l'ouvrir à coups de marteaux, ou en la minant avec la poudre. C'est là la grande manière ; mais souvent aussi des jeunes gens, des enfants même vont en chercher sur les glaciers dans les endroits où les rochers se sont nouvellement éboulés. Mais soit que l'on regarde ces montagnes comme à peu près épuisées, soit que la quantité de cristal que l'on a trouvée à Madagascar ait trop rabaissé le prix de cette pierre, il y a très peu de gens pour ne pas dire personne à chamouni, qui en fasse son unique occupation. Ils y vont de temps en temps comme à une partie de plaisir».

De ce texte, retenons que les cristaux ne sont plus recherchés pour les tailleries au XIXème siècle, car la concurrence de la production de pays étrangers est trop vive, mais que le marché des spécimens de collection est des plus actif. Le recours à l'explosif est des plus banal pour ouvrir les "fours" à cristaux.

De nos jours encore, d'intrépides cristalliers parcourent le massif du Mont-Blanc à la recherche de spécimens. La pratique de l'Alpinisme est de rigueur. Cette collecte permet de sauver de très nombreux spécimens, qui sinon seraient immanquablement détruits par l'érosion, notamment le gel et les éboulements.

Le massif produit de fantastiques cristaux de quartz morion, fumé et incolore, parfois avec en une cristallisation particulière appelée "peigne" en France (les meilleurs au monde avec ceux des massifs centraux suisses où ce type de cristallisation est appelé "gwindel"), et d'inouïs cristaux de fluorite rose voire rouge, les meilleurs connus pour l'espèce. De très nombreuses autres espèces ont été découvertes, tel l'épidote, l'améthyste, en cristaux sceptres présentant un capuchon violet sur un prisme fumé, la titanite, la millarite, la scheelite, etc. Nous ne pouvons omettre de signaler en débordant les frontières le gisement d'axinite du Catogne, au nord du massif, en Suisse, qui a fourni des spécimens d'axinite de fortes tailles (un cristal de 17 cm !), très foncé. Un spécimen fantastique de ce gisement, extrêmement esthétique, est peut être le meilleur des Alpes (monde ?). Non loin, le gisement de brookite de Salvan, Les Marécottes, a produit d'excellents spécimens de fins cristaux, parfois de plusieurs centimètres, sur quartz blanc et incolore.
Diverses publications traitent de la minéralogie du massif du Mont-Blanc, dont un remarquable hors série de la revue "Le Règne Minéral".

Ferro-axinite - La Balme d'Auris, Auris en Oisans, Isère - Collection D.Boël - Reproduction et utilisation interdites © Photo : Louis-Dominique Bayle - Revue Règne Minéral

Notons que de nombreux musées en France ont eu une politique d'acquisition ambitieuse en matière de minéralogie alpine. Signalons le musée d'Histoire Naturelle de Grenoble, qui acheta à un cristallier une très importante collection de minéraux alpins au début des années 1990. Le musée de Bourg d'Oisans, avec le soutien des collectivités territoriales, a vers la même époque acheté une magnifique collection de minéraux d'Oisans et des mines de La Mure, constituant l'ossature du musée des minéraux de Bourg d'Oisans.

La minéralogie alpines représente un thème classique de la collection minéralogique, très présent tant en France, qu'en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie, et incontournable dans tout musée de minéralogie. Il reste dans nos Alpes d'innombrables gisements à découvrir ou à redécouvrir, à explorer, et d'autres à exploiter.

Puisse la collecte de spécimens dans les Alpes se perpétuer et par la même accroître le patrimoine que nous laisserons aux générations futures.