Le mont Sharp, dont l’origine est inconnue, est l’objet d’étude privilégié de Curiosity. On sait seulement que les paysages environnants de cette montagne ont été façonnés quand la Planète rouge était beaucoup plus chaude et humide qu'aujourd'hui. © Nasa, JPL

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Curiosity : le mont Sharp dans le viseur

ActualitéClassé sous :Astronautique , Curiosity , Nasa

Changement de braquet pour Curiosity et nouvel objectif. Après avoir parcouru deux kilomètres, distance franchie le 20 août (sol 369) à proximité de son site d'atterrissage (Bradbury Landing), le rover fait route vers le mont Sharp. Histoire géologique de la montagne, habitabilité de la planète et molécules organiques sont autant de questions qui attendent le rover.

Plus d'un an après son arrivée sur la Planète rouge, le rover Curiosity de la Nasa fait désormais route vers son objectif principal, le mont Sharp. Cette mystérieuse montagne qui trône au centre du cratère Gale étonne les planétologues et les spécialistes de Mars. Elle ne ressemble que de loin au pic central classiquement observé dans ces dépressions creusées par la collision d'un corps massif. Elle est en effet bien trop haute, atteignant une altitude plus élevée que la plaine où se situe le cratère et, de plus, sa nature est très différente de tout ce qui l'entoure.

Autoportrait de Curiosity avec le mont Sharp en arrière-plan. À la date à laquelle a été prise cette photo, la montagne se situait à quelque cinq kilomètres du rover (octobre 2012). © Nasa, JPL

Lorsqu'en juillet 2011 la Nasa sélectionne le site d’atterrissage de Curiosity, elle ne s'attend pas à ce que le mont Sharp plonge autant les scientifiques dans l'expectative. Dès l'arrivée du rover, les premières images montrent une montagne qui ne ressemble en rien aux paysages environnants. Cette particularité renforce l'intérêt de son étude. Les scientifiques semblent convaincus qu'elle peut fournir des indices sur l'histoire de l'habitabilité de la planète. Depuis le ciel martien, les orbiteurs de la Nasa ont vu des couches sédimentaires, impossibles à dater avec certitude. Elles seraient vieilles de plusieurs millions d'années, voire milliards d'années.

Grâce à Curiosity, les scientifiques ont appris beaucoup de choses sur le site. On sait que le rover s'est posé dans un ancien lit de rivière ou sur le plancher d'un lac, et l'étude des roches John Klein et Cumberland a révélé que la région de Yellowknife Bay possédait les ingrédients minéraux essentiels prouvant que la Planète rouge était habitable par le passé, et aurait subi des formes de vie microbienne simples. Toutefois, ces deux conditions préalables à la vie ne signifient pas qu'elle a pu émerger sur Mars. Pour s'en assurer, il reste à découvrir des molécules organiques attestant d'une vie passée. Les couches stratifiées du mont Sharp où des argiles ont été détectées pourraient donc apporter des réponses significatives à ces questions. Elles sont dans le viseur du rover, mais avant de parvenir à ces sédiments, le rover doit rejoindre la montagne.

Mystérieuses dunes sombres sur la route de Curiosity, qui se dirige vers le pied du mont Sharp. © Nasa, JPL

Le vent a-t-il sculpté le mont Sharp ?

À vol d'oiseau, le pied de la montagne se situe à quelque 8,5 km de Curiosity, mais le rover mettra plusieurs mois à le rejoindre. En cause, une vitesse de déplacement de sénateur, au mieux quelques dizaines de mètres par jour, mais surtout des dunes sombres qui se dressent entre lui et le mont Sharp. La Nasa sait peu de choses sur la composition et la densité de ces dunes, et craint un risque d'enlisement. Le rover devra les contourner, ou même les traverser s'il trouve des gués sans danger.

L'autre intérêt du mont Sharp, c'est son origine. Une des hypothèses les plus surprenantes pour expliquer sa formation vient de chercheurs espagnols qui soutiennent que cette montagne a été formée (sculptée) par des vents ascendants. Pour parvenir à ce résultat, ils ont notamment utilisé les données de la station météo Rems (Rover Environmental Monitoring Station) porté par Curiosity. Cet instrument, fourni par l'Espagne, mesure la pression, la température, les vents, et les niveaux de radiations UV.

Il y a bien longtemps, des dépôts de matières de plusieurs kilomètres de haut se seraient accumulés dans cette région, et tout aurait disparu pour ne laisser que cette montagne. Surprenant  ? Pas si sûr. Formée il y a plus de quatre milliards d'années, Mars est aujourd'hui un désert glacé parcouru par des vents depuis 3,5 milliards d'années. Le vent et la durée sont peut-être les paramètres clés pour comprendre l'histoire géologique de cette montagne. Si l'on tient compte d'un taux d'érosion de seulement un micron par an, au bout d'un milliard d'années, c'est un kilomètre de matière qui a été érodé. L'hypothèse est donc très crédible...

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