De nouveaux travaux montrent que les Alpes suisses seraient toujours en train de s’élever. © Gorilla, Adobe Stock
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Surprise : les Alpes continuent de grimper !

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L'érosion et le soulèvement de la croûte terrestre font évoluer les montagnes. Dans les Alpes, les chercheurs pensaient que ces deux mécanismes avaient trouvé un équilibre. De nouveaux travaux montrent que ce n'est pas le cas sur l'ensemble du massif.

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À l'échelle humaine, les montagnes semblent immuables. Pourtant, elles continuent d'évoluer. Sous l'effet de l'érosion, d'une part. Sous l'effet du soulèvement de la croûte terrestre, d'autre part. Des chercheurs de l’université de Berne (Suisse) montrent aujourd'hui, à leur grand étonnement, que les Alpes suisses, en particulier, continuent de s'élever.

Ils ont mesuré la concentration en 10Be dans le sable de plus de 350 rivières réparties sur l'ensemble du massif. Parce que cet isotope ne se forme que dans les premiers mètres de la surface, par exposition aux rayons cosmiques, sa présence en quantité trahit une surface relativement ancienne. Une manière de quantifier le taux d’érosion moyen sur quelques milliers d'années.

C’est sous forme de sable que les rivières charrient les éléments arrachés à la montagne par l’érosion. Ainsi pour dresser un tableau de l’érosion dans les Alpes, des chercheurs de l’université de Berne (Suisse) ont analysé le sable de plus de 350 rivières de montagne. © by paul, Adobe Stock

Les Alpes ne s’élèvent pas de manière homogène

Leurs résultats montrent que les taux d'érosion, s'ils se situent en moyenne autour de 400 millimètres par millénaire, peuvent fortement varier d'une région à l'autre. De quelque 7.500 millimètres par millénaire dans le Valais à seulement 14 millimètres par millénaire du côté de la Suisse orientale. « C'est une grande surprise, car jusqu'à présent, nous avons supposé que le soulèvement et l'érosion étaient en équilibre sur l'ensemble du massif », explique Fritz Schlunegger, chercheur à l'Institut de géologie de l'université de Berne, dans un communiqué. Dans les Alpes centrales, la différence entre le soulèvement et l'érosion peut atteindre 800 mm en mille ans. « Cela signifie que les Alpes centrales continuent de croître et, étonnamment, de façon particulièrement rapide », souligne le chercheur.

Autre surprise révélée par les travaux des chercheurs suisses : dans le cas de paysages très escarpés, c'est la pente et le relief du terrain qui ont la plus grande influence sur l'érosion. Ainsi les grands glaciers du Quaternaire et les mécanismes associés à la collision des Alpes, tous deux à l'origine de la forme actuelle du massif, semblent jouer un rôle majeur sur les mécanismes de l'érosion jusqu'à l'heure actuelle.

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Alors que les glaciers perdent de leur volume à cause du réchauffement climatique, que les glaciologues s'attendaient à un constat similaire pour les montagnes enneigées, le Mont Blanc surprend tout le monde en grandissant !

Article de Jean Etienne paru le 17/10/2007

Vue depuis le sommet. Crédit : Free Software Foundation (FSF).

La miniaturisation des récepteurs GPS permet aujourd'hui de simplifier considérablement les relevés topographiques par rapport aux moyens indispensables d'il y a seulement une décennie. Aussi, depuis 2001, la Chambre Départementale des Géomètres Experts de la Haute-Savoie, avec l'appui de l'Ordre de la profession, propose-t-elle à certains de ses membres de réaliser l'ascension du célèbre sommet afin d'y réaliser une série de relevés permettant une modélisation en trois dimensions ainsi qu'une mesure précise de son point culminant.

Lors de la première expédition de septembre 2001, le sommet a été observé à 4810,40 mètres très précisément, puis deux années plus tard, le 6 septembre 2003, à 4808,45 mètres. Le 24 septembre 2005, celui-ci remontait à 4808,75 mètres (avec une précision de +/- 10 centimètres). Enfin de nouvelles mesures effectuées les 15 et 16 septembre 2007 situent le sommet à 4810,90 mètres.

Paradoxalement, la raison de cette augmentation de taille provient du réchauffement climatique. Alors que les températures plus élevées provoquent la fonte des glaciers jusqu'à en faire craindre la disparition à terme, un effet inverse se produit au niveau des montagnes recouvertes d'une calotte de glace. Celle-ci a en effet tendance à grandir, et le même phénomène se produit en ce qui concerne les glaciers d'altitude alors que la moyenne des précipitations n'a pas augmenté sur les Alpes.


Massif du Mont Blanc vu d'avion. Crédit : Free Software Foundation (FSF).

A Chamonix, le météorologue Yan Giezendanner annonce : "Nous assistons à un phénomène curieux avec le réchauffement climatique dans les Alpes, les glaciers d'altitude grossissent alors que ceux situés en moyenne altitude fondent, rétrécissent et sont menacés de disparition".

Et il précise : "Il n'y a globalement pas d'augmentation du volume des précipitations sur les Alpes mais le climat change, nous enregistrons une plus grande fréquence des vents d'ouest qui amènent de la pluie avec des températures plus élevées. Cela apporte en été de la neige collante au-dessus de 4.000 m d'altitude qui se fixe sur la montagne et augmente le volume et la hauteur du Mont Blanc".

Un sommet très fréquenté

Premier sommet d'Europe occidentale, le Mont Blanc est actuellement en projet de classement au patrimoine mondial de l'Unesco en tant que site exceptionnel unique au monde. Mais il s'agit aussi d'un des sites touristiques les plus visités de la planète, ce qui constitue une menace pour sa préservation.


Le Mont Blanc. Crédit : Free Software Foundation (FSF).

En août 2006, le Conseil national de la Montagne, qui s'est tenu à Sallanches (France), a estimé de 25.000 à 30.000 le nombre de personnes qui se sont lancées à l'assaut de son sommet, rien qu'en 2005. Des dizaines de tonnes de détritus divers sont ainsi abandonnés au refuge du Goûter, le plus proche du sommet, qui de montagne pure et préservée a tendance à se transformer en décharge sauvage.

Situé entre le département de la Haute-Savoie (France) et la vallée d'Aoste (Italie), l'altitude du sommet du Mont Blanc a varié de 4804 à 4810 mètres ou plus, non seulement en raison de l'accumulation des glaces mais aussi de l'imprécision des premières mesures. La propriété du sommet a souvent été discutée, et l'est encore.

Extrait de la planche d'un Atlas sarde de 1869 conservé à l'IGN.

Ainsi, si les cartes IGN (Institut géographique national français) reprennent un tracé frontalier issu des relevés militaires français de la fin du XIXème siècle et du XXème siècle, avec un sommet entièrement français, celles de l'Institut géographique militaire italien suivent la ligne de partage des eaux et le situent en Italie. Une nouvelle version publiée conjointement par les deux organismes, à l'échelle 1/25000ème, représente la frontière par quelques croix éparses qui disparaissent à proximité du sommet...

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