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Vanguard enfonce le clou

Dossier - Nasa : 50 ans de conquête spatiale
DossierClassé sous :Astronautique , Nasa , cinquantième anniversaire de la Nasa

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La Nasa, née le 29 juillet 1958, fête ses cinquante années d’existence. Après avoir retracé sa genèse depuis les pères fondateurs de l’Astronautique, nous nous attarderons sur quelques-unes des missions les plus marquantes de ses débuts, jusqu’au premier débarquement sur la Lune qui marqua à la fois la fin d’une grande aventure humaine et le commencement d’une autre, encore plus ambitieuse.

  
DossiersNasa : 50 ans de conquête spatiale
 

Entre-temps, le projet Vanguard avait vu le jour. Ce lanceur exclusivement civil de 1,14 mètre de diamètre à la base et 23 mètres de hauteur comprenait trois étages à propergols liquides. Le premier (7.661 kg) brûlait un mélange de kérosène et d'oxygène, le deuxième (2.164 kg) fonctionnait à l'acide nitrique et UDMH et le troisième (210 kg), chargé de la mise à poste du satellite, utilisait un carburant solide.

Le nouveau lanceur avait été testé à deux reprises en vol suborbital, c'est-à-dire sans tentative de mise en orbite, les 1er mai et 23 octobre 1957, où il avait atteint respectivement l'altitude de 175 et 194 km. Le vol historique fut programmé pour le 6 décembre.

La mondovision n'existait pas encore mais des journalistes de la planète entière étaient venus assister à l'évènement, qui s'annonçait grandiose. Le monde libre allait démontrer qu'il valait aussi bien que le monde communiste, diabolisé à l'extrême en cette période de guerre froide.

Vanguard 1, petite sphère d'aluminium qui ressemblait à son confrère Spoutnik 1 mais avec seulement 15,2 cm de diamètre pour une masse de 1,36 kg, était juchée sur le troisième étage de son lanceur. Il comprenait deux émetteurs de 10 et 5 mW alimentés l'un par une pile au mercure, le second par six cellules solaires. Deux thermo-résistances devaient mesurer la température à bord de l'engin.

Le satellite Vanguard. Crédit Nasa

Lorsque le compte à rebours atteignit zéro, la fusée sembla s'élever lentement dans un panache de fumée, puis retomba en s'inclinant vers l'arrière, heurtant violemment la structure de lancement. Eventrés, les réservoirs libérèrent leurs propergols qui explosèrent immédiatement. Propulsé à quelques dizaines de mètres, le petit satellite continua aussi imperturbablement qu'inutilement d'émettre sa ritournelle à destination des scientifiques atterrés...

Explosion du lanceur Vanguard. Crédit Nasa

Christopher Colombus Kraft, authentique explorateur spatial au nom étonnamment prédestiné même s'il n'a jamais participé à aucun vol, qui a ouvert la voie à l'astronautique du futur en mettant au point, notamment, le rendez-vous en orbite, apprit l'échec en direct sur la radio d'un taxi à Washington. Il déclarera lors d'une conférence de presse : « Je crois que ce fut une  des journées les plus tragiques de l'épopée spatiale américaine. J'en fus réellement malade et je me mis à douter des possibilités des Etats-Unis. Et cela même avant que je ne participe au programme spatial ».

L'échec eut une répercussion énorme parmi les hautes sphères de Washington. Le Président donna l'ordre à l'Armée d'envoyer, dans le plus grand secret, par bateau, la fusée Jupiter-C de Von Braun à Cap Canaveral. Elle fut installée sur une rampe de lancement soigneusement entourée de palissades, afin d'éviter que les journalistes puissent l'apercevoir à la jumelle.