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Hebdo - Nasa, son nouveau programme de retour sur la Lune - Première analyse

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Il y a deux Amériques. Celle qui, il n'y a pas si longtemps, stigmatisait les Russes bien décidés à poursuivre l'exploitation d'une station Mir âgée d'une douzaine d'années, et l'autre, dont le seul moyen de transport humain dans l'espace est basé sur des navettes dont la plus jeune accuse ses 21 ans d'existence.

Le nouveau véhicule d'exploration lunaire promu par la Nasa pour 2018.

Est-ce pour contrer cette impression de délabrement qui s'impose à l'esprit lorsqu'on évoque l'état de l'astronautique habitée du pays le plus puissant du monde, dont les missions se suivent et se ressemblent (dans leurs incidents et accidents) que l'administrateur de la Nasa, Michael Griffin, vient de présenter son nouveau programme, non plus de conquête, mais bien de colonisation lunaire ? Il y a certainement de cela, mais pas seulement.

De plus en plus ternie par le bourbier irakien, assombrie par l'incapacité de réagir face à une catastrophe naturelle, l'image des Etats-Unis a besoin d'un lifting. Nation-phare il y a peu, la crédibilité du pays vacille au bord d'une dette publique apocalyptique. Et quoi de mieux pour rétablir la confiance qu'un grand projet fédérateur ? Chacun garde à l'esprit les journées euphoriques du programme Apollo, alors que la Lune paraissait américaine. L'Histoire, complice, n'a jamais cessé de se répéter. Pourquoi pas encore cette fois ?

Lancement d'un CEV Crédits : Nasa

Force est de constater que les Américains ont accordé la priorité absolue à la sécurité. Un échec lors d'une première mission provoquerait un séisme politique. Les deux nouveaux lanceurs qui seront construits à la fin de cette décennie, l'un servant à satelliser le véhicule lunaire, l'autre l'équipage, sont entièrement basés sur du matériel existant et éprouvé. L'aventure des Saturne V lunaire et de la navette spatiale, toutes deux entièrement composées d'éléments novateurs, ne sera pas répétée. Il n'y a désormais plus de place pour le risque.

Le premier lanceur héritera de la technologie et du matériel éprouvés pour les navettes actuelles. Soit cinq moteurs à hydrogène et oxygène liquides (contre trois pour la navette) à la base d'un premier étage flanqué de deux accélérateurs à poudre dont le nombre de segments a été porté de trois à cinq. Le tout permettant la satellisation de 106 tonnes en orbite basse, 125 tonnes avec un moteur d'apogée supplémentaire.

La fusée destinée à l'équipage, plus modeste, assurera la mise en orbite des 21 tonnes d'un vaisseau du type Apollo agrandi. Il sera composé d'un corps central formé d'un accélérateur à poudre à quatre segments, surmonté d'un étage cryogénique équipé d'un seul moteur de type navette. Il s'agit donc d'une configuration "en ligne", jugée plus fiable.

Le premier vol vers la Lune est annoncé pour 2018, et il y a fort à parier que la Nasa n'épargnera pas ses efforts pour tenir cette échéance, par n'importe quel moyen. Et déjà, on remarque que l'annonce de ce jour cite désormais l'année 2010 pour la mise à la retraite définitive des navettes, contre 2012 il y a encore quelques jours. Il est probable que d'autres programmes seront ainsi réévalués ou revus à la baisse, non seulement en raison de leur coût, mais de la disponibilité des centres de recherche et du personnel qualifié nécessaires à la mise au point et à la réalisation du nouveau programme.

Et le coût, justement ? La dépense a été estimée à 104 milliards de dollars étalée sur 13 ans, somme équivalente à deux années d'occupation irakienne, ou encore à la moitié des dommages provoqués par l'ouragan Katrina.

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