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L’Amérique en orbite

Dossier - Nasa : 50 ans de conquête spatiale
DossierClassé sous :Astronautique , Nasa , cinquantième anniversaire de la Nasa

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La Nasa, née le 29 juillet 1958, fête ses cinquante années d’existence. Après avoir retracé sa genèse depuis les pères fondateurs de l’Astronautique, nous nous attarderons sur quelques-unes des missions les plus marquantes de ses débuts, jusqu’au premier débarquement sur la Lune qui marqua à la fois la fin d’une grande aventure humaine et le commencement d’une autre, encore plus ambitieuse.

  
DossiersNasa : 50 ans de conquête spatiale
 

Restait le plus important à accomplir : placer un Américain en orbite. La Redstone étant insuffisante pour cette mission, il fallait recourir à l'Atlas, seule fusée capable de satelliser Mercury. Or, le premier essai de ce lanceur testé avec une cabine Mercury à vide, le 29 juillet 1960, s'était conclu avec l'explosion de la fusée en plein vol. Cela, par une nouvelle ironie de l'Histoire, le jour même où la Nasa annonçait le programme Apollo d'envoi d'un homme sur la Lune...

La cabine Mercury. Crédit Nasa

John Glenn fut sélectionné pour le premier vol orbital humain. Depuis le début du programme, il était le favori de la presse, et aussi du public. Ses capacités et sa compétence avaient été révélées à l'envi, et l'Amérique ne comprenait pas pourquoi cet homme exceptionnel n'avait pas été choisi pour devenir le premier Américain dans l'espace. En réalité, ce sont justement ces qualités qui l'avaient écarté de cet honneur. John Glenn était considéré par l'Armée comme le meilleur pilote américain de tous les temps. Il avait abattu trois Migs soviétiques au cours de la guerre de Corée, et à plusieurs reprises, avait ramené au sol un appareil tellement endommagé qu'il n'avait même pas été considéré comme réparable et directement jeté à la ferraille. D'autres pilotes, à sa place, se seraient éjectés sans le moindre remords alors que Glenn, perfectionniste jusqu'au bout des ongles, n'avait à cœur que de terminer sa mission en beauté quoi qu'il en coûte.

Aussi, les dirigeants de la Nasa avaient-ils décidé que la personnalité et les qualités de Glenn conviendraient bien mieux au premier véritable vol piloté qu'aux premiers sauts de puce sans mise en orbite, qui ne requéraient aucune réelle qualité de pilotage. C'est pourquoi Bob Gilruth, responsable des vols habités, décida que tous les astronautes - sauf Glenn - auraient la priorité sur les vols balistiques afin d'accumuler de l'expérience dans ce genre de mission. Mais la donne allait à nouveau changer dans ce qui était devenu une compétition le 6 août 1961 lorsque sans avertissement, les Soviétiques envoyèrent Vostok 2 en orbite.

L'intermède Titov
Le vaisseau de 4.730 kg était habité par Guerman Titov, la doublure de Gagarine, et resta une journée entière en orbite. Les Américains, qui reprenaient à peine pied dans la course à l'espace, étaient à nouveau pris au dépourvu par ce succès soviétique. Mieux, la durée du vol dépassait de loin tout ce qui était prévu dans un programme Mercury qui n'avait même pas encore réussi à placer un homme en orbite. Il fallait réagir, et vite !

D'emblée, les vols suborbitaux furent abandonnés. On en resterait à deux. Mais la dernière tentative de lancement d'une cabine Mercury au moyen d'une Atlas en avril 1961 avait à nouveau échoué, et on était passé très près de l'explosion du lanceur... Deux essais supplémentaires furent programmés. Un exemplaire du vaisseau se plaça correctement en orbite le 13 septembre. Puis le 29 novembre, le chimpanzé Enos accomplit deux orbites à bord de Mercury-Atlas 5. Ce vol fut très contesté. Par les astronautes d'abord, qui estimèrent que le premier Américain en orbite ne devait pas être un singe. Le public américain fut déçu, et le reste du monde ne se priva pas de rire... Techniquement cependant, ce vol fut un succès, même si un mauvais fonctionnement des appareils destinés à tester les réflexes de l'animal en apesanteur (il recevait une décharge électrique au lieu d'une récompense en cas de bonne réponse...) déclencha chez lui une véritable crise de rage durant laquelle il entreprit de démolir systématiquement tout ce qui l'entourait, forçant les techniciens à écourter l'expérience prévue à l'origine pour trois révolutions.