Sciences

Les prémices de la Nasa

Dossier - Nasa : 50 ans de conquête spatiale
DossierClassé sous :Astronautique , Nasa , cinquantième anniversaire de la Nasa

-

La Nasa, née le 29 juillet 1958, fête ses cinquante années d’existence. Après avoir retracé sa genèse depuis les pères fondateurs de l’Astronautique, nous nous attarderons sur quelques-unes des missions les plus marquantes de ses débuts, jusqu’au premier débarquement sur la Lune qui marqua à la fois la fin d’une grande aventure humaine et le commencement d’une autre, encore plus ambitieuse.

  
DossiersNasa : 50 ans de conquête spatiale
 

Ancêtres de tous les lanceurs modernes, les premières fusées à propergols liquides (oxygène et alcool) crevèrent les nuages le 17 août 1933. Mises au point par les Russes Youri Kondratiouk et Friedrich Zander, elles s'inspiraient directement des travaux réalisés à partir de 1903 par celui qui est encore considéré, aujourd'hui, comme le père de l'astronautique : le Russe Konstantin Tsiolkovski.

Konstantin Tsiolkovski. Archives Nasa

Véritable visionnaire, instituteur de son état, celui-ci conçut les premiers projets scientifiquement plausibles d'exploration de l'espace interplanétaire au moyen de vaisseaux animés par moteurs-fusées, ou plus exactement par ce qu'il appelait les trains cosmiques, qui ne sont autres que les fusées à étages superposés dont l'usage allait se généraliser quelques décennies plus tard.

Kondratiouk (1897 - 1942) et Zander (1887 - 1933) n'ont vraisemblablement jamais eu de contact direct avec leur précurseur. Ils ne pouvaient cependant pas ignorer celui-ci, fort de 675 publications et ouvrages techniques (quelquefois teintés d'idéologie), et ils s'attachèrent surtout à en appliquer les principes décrits.

Kondratiouk étudia tout particulièrement les problèmes liés à la dynamique et la construction des fusées, établit les équations fondamentales du calcul des trajectoires et les adapta à l'usage d'étages multiples et est le premier à émettre l'hypothèse du freinage d'un vaisseau par les hautes couches de l'atmosphère d'une planète. En 1929, il publiera l'ouvrage La conquête des espaces interplanétaires où il prédit que dans 40 ans, un module contenant des passagers se détachera d'un satellite en orbite autour de la Lune et s'y posera. En 1969, Apollo 11 se posait sur notre satellite...

Kondratiouk. Illustration d'époque.

Zander exerça essentiellement un rôle de technicien. Spécialiste des turboréacteurs dès 1908, il s'orienta à partir de 1917 vers les fusées spatiales et les immenses possibilités qu'il entrevoyait. Il construisit entre 1929 et 1933 son premier moteur fusée à propergols liquides, le GIRD-10, pour le compte du GIRD (Gruppa Isutcheniya Reaktivnovo Dvisheniya, ou groupe d'expérimentation  pour le vol à réaction), organisme qu'il avait fondé en collaboration avec un certain Sergei Korolev, autre pointure de l'astronautique soviétique ! C'est ce même moteur qui arrachera du sol, le 17 août 1933, la première fusée à propergols liquides.

Friedrich Zander, sur un timbre soviétique.

L'engin était très comparable à la future V2 allemande. Même structure, pratiquement les mêmes propergols et, surtout, le même objectif : explorer l'espace. Car si le rêve avoué de Von Braun fut d'envoyer un homme sur la Lune avant de voir son projet détourné vers l'utilisation militaire que l'on connaît, celui du GIRD de Korolev était lui aussi résolument pacifique. Il subira d'ailleurs un sort identique : comprenant l'intérêt des fusées, les militaires mettront fin à l'organisation et la recréeront sous l'appellation RNII (Institut de Recherche Scientifique sur la Propulsion à Réaction), dont la fonction essentielle, pour ne pas dire unique, sera la mise au point de moteurs-fusées à usage militaire.