Les concepteurs du tourisme spatial refusent de se contenter de petits bonds dans l'espace, des excursions à prix d'or vers la station spatiale internationale ISS, voire des éventuels voyages en avion spatial privé en orbite autour de la Terre, inscrits au programme à court ou moyen terme.

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    Des plans concrets existent déjà pour expédier des touristes bien plus loin dans l'espace en s'appuyant sur les technologies spatiales russes. L'entreprise américaine Constellation Services International (CSI) voudrait proposer un circuit autour de la Lune à bord d'une capsule russe SoyouzSoyouz partant de la station spatialestation spatiale. Le voyage débuterait par un séjour d'une semaine à bord de l'ISSISS. Les voyageurs embarqueraient ensuite à bord de Soyouz auquel serait arrimé un module de propulsion spécial, incluant moteur et carburant. Ils effectueraient un circuit d'environ une semaine autour de la Lune. Au retour, ils atterriraient directement sur Terre. Ce projet exploite le fait que lors de sa mise au point (dans les années soixante), la capsule Soyouz avait été conçue en envisageant la possibilité de servir pour des missions lunaires habitées.

    Vaisseau Soyouz dans sa version lunaire. Crédit RKK-Energuia.

    Vaisseau Soyouz dans sa version lunaire. Crédit RKK-Energuia.

    Selon CSI, le premier voyage lunaire commercial pourrait devenir réalité dès 2008. La réussite dépendra largement de la coopération de l'agence spatiale russe. Space Adventures, l'entreprise qui se charge déjà actuellement d'organiser les voyages payants à destination de l'ISS espère également pouvoir proposer bientôt des voyages autour de la Lune à bord de Soyouz. Space Adventures évoque son Deep Space Expéditions Alpha, et estime le prix du voyage lunaire à cent millions de dollars.

    Trajectoire du Soyouz lunaire. Crédit RKK-Energuia.

    Trajectoire du Soyouz lunaire. Crédit RKK-Energuia.

    Les voyages lunaires d'une durée de cinq jours et demi pourraient, s'il faut en croire l'entreprise, démarrer dès 2008 ou 2009. Soyouz serait pilotée par un cosmonaute professionnel et deux passagers payants l'accompagneraient.

    Hôtels de l'espace

    A plus long terme évidemment, il existe les inévitables projets de véritables hôtels de l'espace. L'entreprise de constructionconstruction japonaise Shimizu a récemment présenté les plans d'un palace installé en orbite autour de la Terre. Il disposerait de 64 chambres, équipées de grandes fenêtresfenêtres, sans oublier salles de sport pour sport 'zéro g' ou sport en apesanteurapesanteur et naturellement le barbar karaoké. La réalisation de ces plans est loin d'être assurée, de même que celle d'autres projets pour la construction d'un Hilton sur la Lune, projets conçus plutôt comme des coups publicitaires.

    Bigelow AerospaceBigelow Aerospace est une autre entreprise qui pose plus concrètement les premiers jalons d'un hôtel de l'espace. L'entreprise a été créée par l'entrepreneur hôtelier Robert Bigelow qui a fait fortune grâce à la chaîne hôtelière Budget Suites of America. Bigelow Aerospace travaille sur des modules gonflables pouvant être utilisés pour la construction de stations spatiales. Ils appliquent des technologies mises au point dans les années nonante par la NASANASA dans le programme Transhab. Le but de Transhab consistait à remplacer l'un des modules métalliques prévu pour l'ISS par un module avec une paroi flexible gonflée dans l'espace. Pour un poids inférieur, un module de ce type offrirait un volumevolume utile supérieur à celui d'un module métallique classique. Les astronautesastronautes vivraient et travailleraient dans une espèceespèce de ballonballon gonflé résistant. Pour résister aux impacts de micrométéorites et de petits débris de l'espace, la paroi du 'ballon' serait fabriquée dans des matériaux flexibles mais ultra solidessolides, comparables au kevlarkevlar (un matériaumatériau servant notamment à la fabrication de gilets pare-balles). La NASA a mis fin au programme Transhab pour des raisons budgétaires, mais l'idée est à présent reprise et développée par Bigelow Aerospace.

    Le premier prototype d'un module Bigelow, le Genesis-1, maquette de quatre mètres d'un futur module commercial, a été lancé le 12 juillet 2006. Il embarquait des cafards et des larveslarves de mites. Genesis-1 a été parfaitement lancé par une fuséefusée russe DneprDnepr depuis la base de Dombarovski en Sibérie. Après le lancement, en orbite à 550 kilomètres d'altitude, le module a été gonflé à l'airair comprimé. Un mois après le lancement, Bigelow Aerospace a indiqué que le module était encore en parfait état. Les insectesinsectes étaient toujours vivants et aucune fuite d'air n'avait été détectée dans la capsule.

    Ce boîtier contient (en haut) des haricots sauteurs mexicains et (en bas) une expérience magnétique. Cette petite expérience se compose de deux électro-aimants entourant de petits objets en métal de tailles et couleurs variables. Chaque fois que les électro-aimants sont alternativement activés et mis hors tension, le métal forme entre eux une nouvelle "sculpture". Crédit Bigelow Aerospace.

    Ce boîtier contient (en haut) des haricots sauteurs mexicains et (en bas) une expérience magnétique. Cette petite expérience se compose de deux électro-aimants entourant de petits objets en métal de tailles et couleurs variables. Chaque fois que les électro-aimants sont alternativement activés et mis hors tension, le métal forme entre eux une nouvelle "sculpture". Crédit Bigelow Aerospace.

    Fin 2007, Bigelow Aerospace voudrait lancer un prototype plus grand dans l'espace, peut-être suivi dès 2008 par un grand module, le BA330, qui serait ensuite proposé au prix de cent millions de dollars. Bigelow espère vendre ses modules à des agences spatiales et à des entreprises auxquelles ils offrent une parfaite alternative aux modules classiques des stations spatiales. Une entreprise qui voudrait par exemple effectuer des recherches sur de nouveaux matériaux en apesanteur pourrait acheter un module Bigelow et l'arrimer à l'ISS. Selon Bigelow, les modules conviendraient aussi parfaitement pour assembler à prix raisonnable un hôtel spatial éventuellement attaché à une station spatiale de plus grande dimension. Bigelow envisage de construire elle-même un hôtel digne de ce nom à l'aide de ses modules, dès le début de la prochaine décennie. Il serait baptisé CSSCSS Skywalker (Commercial Space Center Skywalker) du nom de Luke Skywalker, personnage de la Guerre des Etoiles.

    Le problème est qu'il n'existe pas encore de moyen de transport abordable pour rejoindre l'orbite terrestre. Les lancements réalisés par Soyouz demeurent extrêmement coûteux et les entreprises de tourisme spatialtourisme spatial comme Virgin GalacticVirgin Galactic ne proposent pour l'instant que des lancements suborbitaux. Pour encourager le développement d'engins spatiaux touristiques orbitaux, Bigelow a créé l'America's Space Prize qui promet cinquante millions de dollars pour un vaisseau spatial privé orbital mis au point avant 2010.