Les essais nucléaires font-ils tomber la pluie ? © WikiImages, Pixabay License

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La guerre froide a-t-elle fait augmenter les précipitations ?

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Une nouvelle étude suggère que l'augmentation du niveau de radioactivité dans l'atmosphère en raison des essais nucléaires menés dans les années 1950 et 1960 aurait favorisé la formation de nuages et donc de pluie.

En 2019, des chercheurs avaient montré qu'une guerre nucléaire provoquerait une baisse des précipitations de 15 à 20 % en raison des suies dégagées par les explosions et les incendies (voir ci-dessous). Une nouvelle étude parue dans la revue Physical Review Letters suggère aujourd'hui que les essais nucléaires menés durant la guerre froide auraient à l'inverse entraîné une augmentation des pluies de 24 % ainsi qu'un épaississement des nuages au Royaume-Uni.

Des essais radioactifs aux retombées mondiales

Entre 1945 et 1980, plus de 500 essais nucléaires atmosphériques ont été menés dans le monde, relâchant une grande variété de radionucléides comme le Césium-137, le Strontium-90, le Zirconium-95 ou l'Iode-131, la plupart se dissipant en l'espace de quelques jours ou quelques dizaines de jours. Bien que ces essais aient été menés dans des endroits isolés (Nouvelle Zemble, îles Bikini, Mururoa...), la contamination s'est étendue et a concerné l'ensemble du globe en raison de la circulation atmosphérique.

Localisation des essais nucléaires atmosphériques entre 1945 et 1980. © IRSN

Des nuages plus épais et donnant 24 % de pluie en plus

Les chercheurs se sont appuyés sur les relevés du programme High Altitude Sampling (HASP) qui a procédé à des relevés de radioactivité atmosphérique (essentiellement le Strontium-90) entre les années 1958 et 1978. Ils ont également mesuré la quantité d'isotopes chargés à la surface terrestre ainsi que le courant électrique entre l'air et la surface au-dessus de Londres au cours de la même période. Ils ont ensuite comparé ces données avec le niveau de précipitations enregistrés à l'observatoire de Lerwick dans les Shetland, en Écosse, et au Royaume-Uni.

Ils ont alors constaté une forte corrélation entre le niveau d'ionisation de l'atmosphère et la quantité de pluie. « Durant les journées où l'atmosphère a été perturbée par les aérosols radioactifs, les propriétés des nuages ont changé de manière significative : ils sont devenus plus épais et les jours de pluie, les précipitations ont augmenté de 24 % par rapport à la normale », indique Giles Harrison, l'auteur principal de l'étude. Cette constatation est notamment flagrante pour les îles Shetland, par ailleurs peu frappées par d'autres formes de pollution qui auraient pu fausser les résultats.

Les chercheurs n'apportent pas d'explication formelle au mécanisme en jeu, mais suggèrent que l'ionisation de l'atmosphère affecte la façon dont les gouttelettes d'eau dans les nuages entrent en collision et fusionnent, ce qui aboutit à une augmentation de la taille de ces gouttelettes et donc influence les précipitations.

L’ionisation de l’atmosphère favoriserait la fusion de gouttelettes d’eau en suspension dans les nuages, ce qui engendre la pluie. © Motion Photography, Adobe Stock

Ensemencer les nuages avec des ions radioactifs : une nouvelle piste de géo-ingénierie ?

Cette étude a donné une nouvelle idée de géo-ingénierie aux chercheurs : pourquoi ne pas ioniser artificiellement les nuages pour faire pleuvoir ? L'idée est « d'augmenter artificiellement l'ionisation locale en utilisant l'émission d'ions corona [produits lorsqu'une décharge électrique se crée entre la surface terrestre et un conducteur]. Pour influer sur les nuages, les ions devraient être acheminés par avion, avec un volume suffisant pour au moins doubler la concentration en ions », détaille l'étude.

Et comme l'ionisation corona ne laisse aucun résidu et que ses effets sont de courte durée, « elle peut être prometteuse pour augmenter localement les précipitations ou modifier les propriétés des nuages », s'enthousiasment les auteurs. Une nouvelle guerre froide pour lutter contre la sécheresse ? Il fallait y penser !

Pour en savoir plus

Guerre nucléaire : quelles seraient les conséquences pour la planète ?

Article de AFP-Relaxnews publié le 03/10/2019

Cet été, les tensions entre l'Inde et le Pakistan sont reparties à la hausse. Et des chercheurs ont décidé de modéliser les conséquences d'une guerre nucléaire qui se déclarerait entre les deux pays. Des conséquences terribles à l'échelle de la planète entière.

Le scénario catastrophe commence par l'attaque en 2025 du parlement indien. La plupart des dirigeants sont tués. L'Inde réplique en envoyant ses chars dans la partie du Cachemire contrôlée par le Pakistan. Craignant une invasion totale, Islamabad attaque les forces indiennes avec de petites bombes nucléaires dites « tactiques ». L'escalade devient inévitable et mène à la guerre la plus terrible qu'ait connue l'humanité : une centaine de millions de morts immédiats et un refroidissement catastrophique du climat causé par l'éjection dans l'atmosphère de colonnes de fumées noires.

Ces évènements imaginaires sont modélisés, avec rigueur scientifique, par des chercheurs de l'université Rutgers (États-Unis). « C'est malheureusement d'actualité, car l’Inde et le Pakistan sont toujours en conflit à propos du Cachemire. Chaque mois, des gens meurent à la frontière », a déclaré à l'AFP Alan Robock, professeur de sciences environnementales.

Les chercheurs estiment que jusqu'à 125 millions de personnes pourraient être tuées - pour rappel, la Seconde Guerre mondiale a fait moins de 80 millions de morts - en cas d'utilisation de bombes de 100 kilotonnes soit six fois la puissance de celle larguée sur Hiroshima. Mais ce ne serait que le début.

Inde et Pakistan ont environ 150 têtes nucléaires chacun dans leur arsenal, et devraient en avoir plus de 200 d’ici 2025. © Boggy, Abode Stock

Quand deux pays menacent le monde entier

Entre 16 et 36 millions de tonnes de suies seraient rejetés dans l'atmosphère par les gigantesques explosions et incendies, estiment les auteurs. Ces suies absorberaient les rayons du Soleil, réchaufferaient l'air et feraient monter la fumée dans les couches supérieures de l'atmosphère, ce qui réduirait de 20 à 35 % la lumière atteignant la Terre.

La baisse de température à la surface serait de 2 à 5 °C et les précipitations diminueraient de 15 à 30 %. Les conséquences seraient des pénuries alimentaires, pendant des années et jusqu'à une décennie, pour l'ensemble de la planète.

Les armes nucléaires ne doivent vraiment jamais être utilisées

« J'espère que les gens retiendront de notre étude que les armes nucléaires ne doivent vraiment jamais être utilisées, ce sont des armes de génocide de masse, dit Alan Robock. Deux pays avec un relativement petit nombre d'armes nucléaires de l'autre côté de la planète menacent le monde entier, on ne peut pas les ignorer », conclut-il.

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[EN VIDÉO] Retour à Tchernobyl 30 ans après la catastrophe  En 1986, le réacteur de Tchernobyl, en Ukraine, alors en URSS, fut l'objet d’un accident sans précédent. Lors d’un exercice, la puissance du réacteur n° 4 a augmenté jusqu’à entraîner une explosion. La chaîne Discovery Science revient sur cette tragédie dans un documentaire diffusé ce mardi 26 avril 2016, à 19 h 50, et dont voici un extrait. 

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