Blue Moon, le projet d'atterrisseur lunaire de Blue Origin dont la mise en service est prévue à l'horizon 2024. © Blue Origin

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Blue Origin forme une équipe de géants de l'aérospatiale pour aller sur la Lune

ActualitéClassé sous :exploration , exploration lunaire , vols habités

Ces dernières années, Elon Musk avait pour habitude de faire le show à chaque Congrès mondial d'astronautique de la Fédération internationale d'astronautique (IAF). Cette année, Jeff Bezos a surpris son auditoire en annonçant la création d'un consortium national regroupant autour de Blue Origin des acteurs historiques de l'exploration habitée pour remporter un contrat de la Nasa afin de retourner sur la Lune dès 2024. 

Le Congrès mondial d'astronautique, qui a débuté cette semaine à Washington, est placé sous le thème « La puissance du passé, les promesses du futur ». Sans surprise, la Lune sera un des sujets phares, notamment en raison du retour annoncé des États-Unis sur la Lune et des cinquante ans des premiers pas de l’Homme sur la Lune.

Si l'annonce de Rocket Lab, qui souhaite adapter son petit lanceur Electron pour envoyer des satellites en orbite géostationnaire et autour de la Lune, a agréablement surpris les spécialistes du secteur, celle de Jeff Bezos a suscité le plus grand engouement. Le P.-D.G. de Blue Origin a annoncé la la création d'une « équipe nationale » pour construire un système de transport complet pour effectuer la navette entre la Lune et la station lunaire (Gateway), dans le cadre du programme Artemis de la Nasa. Si la Nasa choisit ce projet, ce système de transport lunaire devrait être fonctionnel dès 2024.

Sous la direction de Blue Origin, ce consortium regroupera des acteurs historiques des programmes d'exploration robotique et humains de la Nasa. Lockheed Martin, qui réalise le véhicule Orion, construira l'étage de remontée, Northrop Grumman, qui a réalisé le premier atterrisseur lunaire pour le programme Apollo, construira le remorqueur spatial, et Draper réalisera le système de contrôle du guidage et de la navigation comme l'entreprise a su si bien le faire pour les missions Apollo.

Concept d'atterrisseur lunaire envisagé dans le cadre du programme Artemis de la Nasa. Ce concept n'est pas celui de Blue Origin. © Nasa

Un nouveau vaisseau destiné à atterrir sur la Lune

Quant à Blue Origin, responsable du développement de ce futur véhicule, elle réalisera notamment l'étage de descente. Ce module sera une version dérivée de l'atterrisseur Blue Moon et de son moteur BE-7. Cet atterrisseur lunaire a été présenté en mai 2019. Bien que conçu pour répondre aux besoins de la Nasa, il n'est pas prévu pour transporter des astronautes. Si son développement se poursuit, il sera utile pour un tas d'opérations et pourra transporter une grande variété de charges utiles : du matériel pour des astronautes, des instruments scientifiques, des rovers robotiques, voire même un buggy.

D’Apollo à Orion, deux façons différentes pour rejoindre la Lune

Pour comprendre pourquoi la Nasa a besoin d'une telle armada d'engins spatiaux pour atterrir sur la Lune et en repartir, il faut savoir que le véhicule Orion n'est pas conçu pour se poser sur la Lune ni pour transporter un module d'atterrissage comme le véhicule Apollo, par exemple.

La stratégie retenue par la Nasa consiste à envoyer des astronautes jusqu'au Gateway à l'aide du vaisseau Orion, puis de parcourir les 100 derniers kilomètres qui séparent la station de la surface lunaire à bord de l'atterrisseur, équipé de son propre système de propulsion. Cet atterrisseur aura été livré préalablement, tracté jusqu'au Gateway par un remorqueur spatial (tug). À la fin de la mission, une partie de l'atterrisseur restera sur la Lune, et un module de remontée permettra de rejoindre le gateway, où sera amarré Orion qui sera ensuite utilisé par les astronautes pour revenir sur Terre.

Pour en savoir plus

Blue Origin dévoile Blue Moon, un atterrisseur lunaire taille XXL !

Article de Rémy Decourt publié le 10/05/2019

Nos intuitions étaient bonnes. Blue Origin a dévoilé Blue Moon, un projet d'atterrisseur lunaire pour la livraison d'une large variété de charges utiles. Ce véhicule inédit, dont la mise en service devrait intervenir d'ici 2024, pourrait servir à la Nasa pour le retour d'astronautes sur la Lune. 

Jeff Bezos, patron d'Amazon et de Blue Origin, a présenté hier soir son projet d'atterrisseur lunaire Blue Moon. Une annonce qui n'a pas vraiment été une surprise. Ce programme a débuté il y a trois ans et Blue Origin avait déjà communiqué à son sujet. Futura s'attendait à ce que Jeff Bezos annonce la mise en chantier d'un véhicule capable de transporter des humains sur la Lune. Ce ne sera donc pas le cas, du moins dans l'immédiat.

D'une masse à vide d'environ trois tonnes (15 tonnes avec le plein d'ergols), Blue Moon est un véhicule autonome capable de transporter de 3,6 tonnes à 6,5 tonnes de fret, selon la version du véhicule, pour le compte de la Nasa et d'autres clients. Il réalisera des alunissages de précision et pourra transporter une grande variété de charges utiles : du matériel pour des astronautes, des instruments scientifiques, des rovers robotiques, voire même un buggy pour des astronautes. Autre particularité lors de son vol entre la Terre et la Lune, il pourra lancer des satellites de petites tailles. Dans sa version la plus grande, il pourra également transporter des modules et des structures habitables en prévision de l'installation d'une base.

Blue Moon sera-t-il au côté de la Nasa pour envoyer des humains sur la Lune ?

Concernant les vols habités à destination de la Lune, Bezos a approuvé l'objectif du gouvernement de Donald Trump de renvoyer des humains sur la Lune d'ici 2024. Il a aussi déclaré que son alunisseur serait prêt pour cette mission, laissant entendre qu'il pourrait donc y participer au côté de la Nasa. Blue Moon, qui ne pourra pas transporter d'astronautes, servira à transporter le véhicule d'ascension que les astronautes utiliseront pour rejoindre le véhicule Orion en orbite lunaire ou amarré au LOP-G (la future station lunaire en orbite cislunaire). 

Il faut savoir qu'Orion n'est pas conçu pour atterrir et décoller de la Lune. La Nasa aura donc besoin d'un véhicule similaire au LEM (Lunar Excursion Module) des missions Apollo, qui sera fourni par une société privée. Si Blue Moon est retenu pour cette tâche, la Nasa aura besoin d'un autre véhicule pour descendre les astronautes d'Orion ou du LOP-G sur la surface lunaire. 

Blue Moon avec le véhicule de transfert Lune - LOP-G. © Nasa

Blue Origin fera-t-elle atterrir les astronautes de la Nasa sur la Lune ?

Article de Rémy Decourt, publié le 08/05/2019

Blue Origin, qui vient de réaliser le onzième vol d'essai de son système de transport suborbital, a aussi des ambitions dans l'exploration robotique et humaine de la Lune. Avec un tweet énigmatique, la firme de Jeff Bezos a donné rendez-vous le 9 mai pour de probables annonces liées à la Lune.

Blue Origin a tweeté une photo de l'Endurance, le navire du célèbre explorateur Ernest Shackleton et simplement légendé : « 5.9.19 ». Un tweet qui laisse à penser l'imminence d'une annonce qui pourrait être liée à l'exploration de la Lune.

Shackleton est aussi le nom d'un cratère situé au pôle Sud de la Lune. Large de 21 kilomètres, ce cratère contiendrait de grandes quantités de glace d'eau dans ses recoins en permanence plongés dans l'ombre du Soleil. Il est un des sites envisagés pour installer une base lunaire et serait même le lieu idéal.

Ce tweet a été diffusé dans un contexte favorable à l'exploration robotique et lunaire de la Lune. Fin mars, le vice-président Mike Pence, qui préside le Conseil national de l'espace, a fixé comme objectif à la Nasa de faire atterrir des Hommes sur la Lune d’ici 2024, alors que le calendrier initial prévoyait 2028. Or, si le scénario de la mission et son architecture sont connus dans les grandes lignes, et si les vols habités de notre planète vers la Lune se feront avec le véhicule Orion qui ira s'amarrer au LOP-G (la future station lunaire en orbite cislunaire), la Nasa ne sait pas comment faire la liaison entre l'orbite lunaire et la surface de la Lune. En effet, le véhicule Orion n'est pas conçu pour atterrir et décoller de la Lune.

Concept d'atterrisseur lunaire proposé par Lockheed Martin. © Lockheed Martin

La Nasa fait appel au secteur privé

La Nasa aura donc besoin d'un véhicule similaire au LEM des missions Apollo. La Nasa, qui souhaite s'appuyer sur le dynamisme du New Space, veut confier la réalisation de ce véhicule au secteur privé. S'il ne s'agit pas de refaire Apollo cinquante ans après, ce véhicule devra être capable de se rendre de la LOP-G vers la surface de la Lune et en repartir.

Blue Origin, qui n'a jamais caché ses ambitions lunaires, pourrait donc proposer ses services ou un partenariat à la Nasa. La firme de Jeff Bezos pourrait également faire le point sur l'état d'avancement de ses programmes lunaires. Elle développe notamment un atterrisseur robotique appelé Blue Moon, capable de déposer environ cinq tonnes de charge utile sur la surface lunaire. Une première mission est prévue en 2024.


Blue Origin s'intéresse aussi à l'exploration humaine de la Lune

Article de Rémy Decourt, publié le 08/03/2017

Blue Origin, l'entreprise créée par Jeff Bezos, patron d'Amazon, vient de remporter un important contrat avec la société française Eutelsat, et se pose désormais en concurrente de SpaceX et d'Arianespace. Le lanceur sera le New Glenn, qui pourrait aussi être utilisé pour expédier vers la Lune un cargo de fret et préparer l'installation d'une base habitée au pôle sud. Abandonné sous l'administration Obama en 2010, le retour sur notre satellite intéresse aujourd'hui le secteur spatial, surtout privé.

Alors que la conquête de Mars semble une priorité aux États-Unis, on note un regain d’intérêt pour la Lune. Une reconquête, donc, qui sera probablement placée sous le signe du secteur privé. Elle se fera en coopération avec la Nasa, le président Trump voulant semble-t-il renvoyer des Hommes sur la Lune mais cette fois pour y rester. À la différence de Mars, éloignée et difficile d'accès, la Lune donne accès à des ressources naturelles d'un grand intérêt économique et offre de nombreuses possibilités aux débouchés scientifiques et commerciaux indéniables. Dans ce contexte, le secteur privé a une carte à jouer.

C'est pourquoi Jeff Bezos veut saisir la balle au bond. Il a pour cela remis à la Nasa un document détaillant ses projets lunaires. Il souhaite construire un atterrisseur et une capsule pouvant livrer tout le matériel nécessaire à l'établissement d'une colonie sur la Lune et, en prévision d'une probable colonisation de la Lune, la possibilité de créer un service de livraison Terre-Lune capable de se poser à proximité du pôle sud.

La famille de futurs lanceurs New Glenn, à droite, en comparaison de Saturne 5 et des autres lanceurs actuels, dont Ariane 5. L'engin pourra être utilisé en version à 2 ou 3 étages. Le premier (Landed Booster) redescend au sol et sera réutilisable 100 fois selon Blue Origin. Eutelsat, qui s'appuie actuellement sur Ariane et le Falcon 9 de SpaceX, vient de signer un contrat avec Blue Origin. © Blue Origin

Le patron d'Amazon vise le pôle sud lunaire

Cette capsule, nommée Blue Moon, pourrait transporter jusqu'à 4.500 kg de charge utile. Elle pourrait être envoyée vers la Lune à partir de plusieurs lanceurs américains, dont le Space Launch System de la Nasa (le lanceur d'Orion), l'Atlas V et le Vulcan de United Launch Alliance et bien sûr le lanceur New Glenn de Blue Origin dont le premier vol est prévu à l'horizon 2020.

Pour mener à bien son projet lunaire, Bezos demande l'aide technique de la Nasa pour développer son système de transport lunaire à partir de la technologie que Blue Origin utilise sur son lanceur réutilisable New Shepard. La Nasa qui travaille en étroite collaboration avec SpaceX sur ses projets de vols habités et sa première mission à destination de Mars pourrait bien donner ce coup de main à Jeff Bezos.

Pourquoi le patron d'Amazon vise le pôle sud lunaire ? Parce que cette région est propice à l'établissement d’une base et présente de très bonnes conditions d'accueil pour des astronautes. Quelques sites, pour la plupart des cratères, ont déjà été identifiés. Leurs crêtes présentent des conditions d'ensoleillement quasi-permanentes et suffisantes pour produire de l'énergie solaire. Quant aux planchers de ces cratères, constamment à l'ombre de la lumière solaire, ils abriteraient de la glace d'eau en quantité suffisante pour les besoins humains et pour alimenter de petites usines de production d'oxygène et d'hydrogène, qui serviraient de carburant aux véhicules partant explorer d'autres mondes du Système solaire.

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