Le futur lanceur New Glenn de Blue Origin. © Blue Origin

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Blue Origin : le New Glenn se prépare aux lancements doubles

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New Glenn, le futur lanceur de Blue Origin sera aussi capable de lancer en même temps deux satellites en orbite de transfert géostationnaire (lancement double). Ce lanceur, partiellement réutilisable, devrait être mis en service en 2021 et visera le marché très convoité de l'orbite de transfert géostationnaire. Il sera en concurrence frontale avec le Falcon 9 de SpaceX et l'Ariane 6 d'Arianespace dont l'offre commerciale diffèrera de celle d'Ariane 5. La stratégie du lancement double qui a fait le succès d'Ariane 5 laissera place à une offre commerciale qui se veut plus proche des besoins des clients avec un mixte de lancement simple et double.

Ted McFarland, directeur commercial de Blue Origin pour les affaires Asie-Pacifique a annoncé que le futur lanceur New Glenn « réalisera aussi des lancements doubles ». Le premier vol du New Glenn est prévu pour la fin de l'année 2020 avec l'ouverture d'un service commercial en 2021, voire 2022. Cette stratégie du lancement double a permis à Arianespace, la société qui commercialise les lanceurs Ariane 5, de conforter sa position de leader sur le marché des satellites ouverts à la concurrence.

Capable de lancer 13 tonnes sur une orbite de transfert géostationnaire, les performances de ce lanceur sont légèrement supérieures à celles d'Ariane 5 (près de 11 tonnes) et Ariane 6 (12 tonnes). Mais ce qui différencie le New Glenn des autres lanceurs, utilisés pour le lancement de satellites commerciaux en orbite de transfert géostationnaire, ce sont les dimensions de sa coiffe.

Comparaison de la taille des lanceurs New Glenn par rapport à celle des différents lanceurs en service, en développement (Falcon Heavy, Vulcan) ou remisés (Saturn V). Les missions doubles seront proposées dès que le lanceur aura réalisé ses cinq premières missions qui emporteront chacune un seul satellite. © Blue Origin

Des lancements doubles difficiles à mettre en place

Avec un diamètre de sept mètres et une hauteur de sept mètres, le volume disponible à l'intérieur permettra d'embarquer deux satellites sans avoir à coordonner les différences de masse, comme cela se fait sur Ariane 5. Il faut savoir que la politique de lancement double d’Ariane 5 exige d'appairer pour chaque vol vers l'orbite de transfert géostationnaire un « gros » et un « petit » satellite, ce qui nécessite d'équilibrer le carnet de commandes en conséquence entre ces deux catégories. Pour Arianespace, cet avantage est devenu au fil du temps un handicap. Aujourd'hui, faute d'un nombre suffisant de « petits » satellites à appairer avec un gros, les lancements doubles sont difficiles à mettre en place. Arianespace doit aussi tenir compte de la disponibilité des satellites. Un retard de livraison et c'est le lanceur qui reste cloué au sol si les deux satellites ne sont pas prêts en même temps.

Une contrainte commerciale et logistique que n'aura pas à gérer Blue Origin. Comme le souligne Ted McFarland, un « retard d'un des deux satellites ne pénalisera pas la mission ». Le lanceur n'attendra pas et décollera à l'heure prévue avec « un seul satellite à bord sans aucune pénalité pour le client ». Une offre commerciale inédite qui rencontrera un écho très favorable. En effet, derrière les sourires de circonstance, la plupart des opérateurs de satellites ne sont généralement pas disposés à tolérer les retards de co-passagers.

Ariane 6 réalisera des lancements simples et doubles

Cette difficulté à organiser des lancements doubles explique aussi pourquoi Arianespace est seule aujourd'hui sur ce créneau. Les autres lanceurs en service sont bien évidemment capables de lancer deux satellites en même temps, mais tous préfèrent commercialiser des lancements simples. Arianespace est consciente de cette difficulté. C'est pourquoi Ariane 6 pourra faire du lancement double et du lancement simple.

  • Le New Glenn de Blue Origin aura une capacité de lancement double pour l'orbite de transfert géostationnaire.
  • Ce lanceur sera en concurrence frontale avec le Falcon 9 de SpaceX et la famille Ariane 6 d'Arianespace.
  • Pour s'affranchir des contraintes du lancement double, le New Glenn décollera à l'heure sans attendre que les deux satellites soient prêts en même temps.
Pour en savoir plus

Blue Origin dévoile New Glenn, un énorme lanceur

Article de Rémy Decourt publié le 15/09/2016

S'ennuyait-il avec son étage volant capable d'envoyer à la frontière de l'espace des touristes spatiaux gambader en apesanteur quelques minutes ? Toujours est-il que Jeff Bezos veut son propre lanceur et ne va pas se contenter de fournir le moteur d'un lanceur qui ne lui appartient pas, comme c'est le cas avec son moteur BE-4. Il a donc décidé d'engager le développement d'une famille de trois lanceurs.

Jeff Bezos, le patron et fondateur de Blue Origin en 2000, connu pour son lanceur suborbital New Shepard (baptisé en hommage au premier astronaute américain Alan Shepard) et le moteur BE-4 du futur lanceur Vulcan d'United Launch Alliance (ULA) vient d'annoncer le développement d'une famille de trois lanceurs qui s'appellera New Glenn en hommage cette fois à John Glenn, le premier astronaute américain à avoir effectué un survol de la Terre en orbite.

Cette famille se composerait d'un lanceur partiellement réutilisable et de lanceurs à deux et trois étages. Ce qui étonne, ce sont les dimensions de ces lanceurs : 95 mètres et 7 mètres de diamètre pour la version à trois étages et le plus grand des trois. S'ils voient le jour, ils seront les lanceurs en service les plus hauts et gros du monde. Seul Saturn V des missions Apollo était de plus grande taille. Quant aux performances de chaque lanceur, Blue Origin ne les a pas communiquées. On se doute qu'elles permettront de lancer du lourd et très loin. Premier vol prévu avant la fin de cette décennie...

Au décollage, le lanceur suborbital New Shepard conçu pour des vols réutilisables à une centaine de kilomètres. Cet étage volant et sa capsule habitée sont destinés aux vols touristiques que compte commercialiser Blue Origin d’ici quelques années. Les lanceurs New Glenn viendront donc compléter l’offre de service de lancement de Blue Origin avec une capacité à répondre à tous les besoins des marchés. © Blue Origin

Et un lanceur de plus....

C'est évidemment une décision plutôt surprenante quand on sait que pour cette gamme de lanceurs, les marchés occidentaux et des pays en accélération du lancement de satellites ouverts à la concurrence sont saturés de lanceurs et dominés par l'Ariane 5 d’Arianespace. S'il ne fait guère de doute que Blue Origin parviendra à mettre au point un lanceur économiquement attrayant pour les opérateurs de satellites, s'installer durablement sur ces marchés est un pari audacieux et l'idée attrayante d'ouvrir de nouveaux marchés, liés à l'orbite basse et l'exploration, est tout aussi hasardeuse. Peut-être vise-t-il le très lucratif marché public américain et ses nombreux lancements pour le compte de la Nasa et de l'U.S. Air Force notamment, lequel fait « bien » vivre ULA et que convoite aussi SpaceX, actuellement cloué au sol à la suite de l'explosion de son lanceur ?

Quoi qu'il en soit, c'est évidemment une très bonne initiative. Plus le secteur spatial comptera d'acteurs privés un tant soit peu visionnaires et mieux il se développera pour offrir des opportunités commerciales aux opérateurs de satellites et des solutions innovantes pour accompagner les agences spatiales dans leurs projets d’exploration humaine du Système solaire.

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