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Tourisme spatial : le New Shepard de Jeff Bezos volera cette année

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Dans la difficile course à la frontière de l'espace que se livrent plusieurs sociétés privées pour transporter des touristes, Virgin Galactic est souvent considérée comme la mieux placée. Mais le New Shepard, de Blue Origin, dirigé par le fondateur d'Amazon, est bien plus avancé qu'on ne le pense. Les premiers vols pourraient avoir lieu cette année et l'entreprise vise aussi l'orbite basse.

Blue Origin annonce avoir terminé les essais au sol du moteur BE-3 destiné au New Shepard. Les premiers vols de cet avion spatial peuvent donc commencer. © Blue Origin

Les avions spatiaux touristiques (voir notre dossier dédié au tourisme suborbital) se font encore attendre. Virgin Galactic tient toujours le haut de l'affiche médiatique mais son SpaceShipTwo reste cloué au sol depuis le crash de l’avion lors d'un vol d'essai causant la mort d'un des pilotes et blessant le second. D'autres projets, cependant, sont bien avancés. C'est le cas du Lynx d'XCor Aerospace et du Spaceplane d'Airbus DS et surtout du New Shepard de Blue Origin qui devrait débuter des essais en vol inhabités dans le courant de cette année.

Fondée par le milliardaire Jeff Bezos, à qui l'on doit Amazon, Blue Origin reste de loin la société la plus discrète sur ses activités spatiales qui ont lieu... chez le patron de l'entreprise, en l'occurrence dans son ranch géant Van Horn, au Texas. Il y a quelques jours, la firme a annoncé qu'elle avait terminé les tests préliminaires du moteur de son New Shepard, ouvrant la voie à des essais en vol, d'abors sans personne à bord. Une dizaine sont prévus avant un premier vol habité.

Ce moteur, baptisé BE-3, fonctionne à l'hydrogène et l'oxygène liquides. Il totalise un temps de fonctionnement cumulé de 30.000 secondes et 450 allumages. Il peut générer une poussée de 50.000 kg, qui peut être restreinte à 9.000. Une limitation utile pour les véhicules de ce type qui, comme le New Shepard, décollent et atterrissent à la verticale.

Vol d'essai du mécanisme de secours du New Shepard. Ce dispositif doit éloigner du moteur la partie habitée du véhicule en cas de grave problème. © Blue Origin

L'ambition de l'orbite

Le New Shepard est un véhicule suborbital accueillant trois personnes ou plus, en fonction de la charge utile embarquée, pour une brève incursion dans l'espace. D'ici moins de dix ans, les futurs touristes de Blue Origin auront environ quatre minutes d'apesanteur lors d'un vol suborbital qui devrait durer moins de 15 minutes. L'appareil est conçu pour des vols à au moins 100 kilomètres d'altitude, la frontière internationalement acceptée de l'espace, même si la véritable limite se situe bien plus haut et reste inaccessible à tous les projets de véhicules touristiques en développement. D'autre part, les avions spatiaux « de tourisme » atteignent l'espace mais à une vitesse quasi-nulle, au sommet d'une trajectoire balistique. Il ne peuvent donc pas rester en orbite, ce qui exige une vitesse de plus de 28.000 km/h. Mais chez Blue Origin, on pense à la suite...

Bien que le moteur soit conçu pour le New Shepard, Blue Origin souhaite en effet le commercialiser. Pour cela, la société de Jeff bezos va en dériver une version plus puissante, appelée BE-3U, qui pourra être utilisée sur un étage supérieur, dont celui que Blue Origin envisage pour un hypothétique véhicule capable d'atteindre l'orbite basse. Un véhicule qu'elle a toujours en projet malgré son élimination de la compétition pour transporter les astronautes de la Nasa à bord de la Station spatiale internationale.

Blue Origin travaille également sur le moteur BE-4 à oxygène liquide et gaz naturel liquéfié (GNL) qui produira une poussée quatre fois supérieure à celle du BE-3. En développement depuis 2012, le BE-4 sera testé à partir de 2016. Ce moteur est proposé à United Launch Alliance (ULA) en remplacement du moteur russe RD-180 de l'Atlas 5, une modification rendue nécessaire par la décision du Congrès américain qui a ordonné à ULA de mettre fin à cette dépendance russe. Il devrait être prêt en 2019. La bataille pour le tourisme spatial est donc aussi celle de l'orbite basse...

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