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Bourget 2011 : les avions spatiaux touristiques se font attendre

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Annoncé depuis quelques années, le lancement des premiers touristes spatiaux pour des voyages à la frontière de l'espace tarde à se matérialiser. En cause, les retards de développement des avions spatiaux qui les transporteront pour une centaine de milliers de dollars. Se pose également la question de l'assurance des voyageurs et de la gestion des risques.

La première génération d'avions spatiaux susceptibles de voir le jour. De haut en bas, le Lynx I, le SpaceShipTwo et le New Shepard de Blue Origin. © Droits réservés

Traditionnellement réservé aux professionnels et aux scientifiques, l'espace tend à se démocratiser et à devenir accessible à des particuliers. Cette petite révolution devrait prendre son envol d'ici quelques années. Les études les plus récentes montrent un réel potentiel pour ce marché avec une dizaine de milliers de clients potentiels chaque année ! Une aubaine pour les opérateurs du tourisme spatial car cela représente environ 2.000 vols par an, ce qui « nécessitera une flotte d'avions spatiaux d'au moins une dizaine d'appareils opérationnels ».

Comme nous l'explique Christophe Bonnal, spécialiste de la question au sein de l'Académie internationale d’astronautique, « les projets d'avions spatiaux en développement sont très en retard sur la demande » de sorte que les premiers vols commerciaux ne sont « pas prévus avant 2014, voire 2015 ». Et encore, tous ne seront pas prêts à cette date. Les projets de Virgin Galactic, de XCor Aerospace et de Blue Origin « apparaissent comme étant les plus avancés » bien qu'il soit difficile de déterminer avec exactitude l'état d'avancement de chaque programme.

Les avions spatiaux en course

Le SpaceShipTwo de Virgin Galactic apparaît comme le plus avancé, vraisemblablement parce qu'il est le plus médiatique. Il n'est pas certain que cet avion spatial « soit le premier à entrer en service ». On peut très bien imaginer que XCor Aerospace lui vole la vedette en faisant décoller le Lynx I ces prochains mois. Cet avion se différencie de ses concurrents car il est conçu pour « transporter un pilote et un passager à seulement 60 kilomètres d'altitude ». En dépit de cette limitation, le vol offrira une vue de la Terre trois fois plus élevée que l'altitude de croisière du Concorde. Le ciel sera noir en plein jour et le passager subira les effets de l'apesanteur offerts par le vol parabolique. Si la demande le justifie, « XCor Aerospace pourrait développer une version dérivée de cet engin capable d'atteindre les fameux 100 kilomètres » qui marquent la frontière théorique entre l'atmosphère et l'espace.

Le SpaceShipTwo est le projet d'avion de tourisme spatial le plus médiatisé. © Virgin Galactic

Quant au projet de Blue Origin, mené par Jeff Bezos le fondateur d'Amazon, il est tellement secret que « personne ne sait où il en est ». On sait que cet engin, qui décollera et atterrira à la verticale a réussi des essais prometteurs il y a quelques années. « Il pourrait très bien arriver sur le marché avant tous les autres ! ». Signe que les choix technologiques sont les bons et que le programme avance, la Nasa a octroyé à Blue Origin 22 millions de dollars dans le cadre de son partenariat public-privé CCDev2 pour le transport spatial habité (après 3 millions pour CCDev 1).

Absent de cette liste, le projet d'avion spatial d’Astrium qui tarde à décoller. L'industriel européen n'a toujours pas de clients et encore moins les fonds pour lancer « son développement qui pourrait prendre au moins sept ans ».

La question de la gestion des risques par les pouvoirs publics

Ces incertitudes sur l'arrivée de ces avions spatiaux ne sont pas « les seules sources d'inquiétudes des futurs opérateurs de tourisme spatial ». Les questions portant sur les règles juridiques, la gestion des risques et la couverture assurance sont « encore en suspens ».

Qu'adviendra-t-il à l'activité lorsque surviendront les premiers accidents dont certains pourront être mortels ? Malgré les marges de sécurité prises, il faut garder à l'esprit que les « premiers vols seront marqués par une grande incertitude sur la sécurité et la fiabilité de ces engins ». La réaction des pouvoirs publics sera alors déterminante. Sur ce thème, deux philosophies de vie s'affrontent. L'américaine, celle des pionniers de l'Ouest pour qui aucun obstacle n'est infranchissable ou l'européenne plus frileuse qui, en cas d'incident, « sifflera la fin de la partie » et pourrait bien exiger l'arrêt des vols suborbitaux sur son territoire en raison de leur danger. L'Europe pourrait « être tentée d'appliquer aux vols suborbitaux le même de type de procédure de certification imposée à l'aviation civile ». Une volonté de sécurité qui pourrait détourner le Vieux continent de nombreux projets.

Enfin, au regard des règles du droit aérien et spatial, tout un « cadre juridique est à mettre en place de façon à régler rapidement le problème de l'assurance ». Car s'il sera facile d'assurer un voyage spatial, « tout s'assure pour un assureur », pour environ 1 à 2 % du prix du billet, il est à craindre que la décharge de responsabilité (signature d'un contrat déchargeant l'opérateur de toute responsabilité en cas d'accident) que comptent imposer les opérateurs de voyages spatiaux ne soit pas « recevable devant un tribunal si un proche d'un touriste spatial décédé pendant son vol attaque la compagnie au motif des risques extrêmes inhérents à ce type d'activité ».

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