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Y aura-t-il une version européenne de l'avion spatial Dream Chaser ?

ActualitéClassé sous :accès à l'espace , vols habités , Sierra Nevada

En 2017, seuls SpaceX et Boeing transporteront les astronautes de la Nasa à bord de la Station spatiale internationale. Le Dream Chaser n'a pas été retenu. Sierra Nevada, son concepteur, ne renonce pas pour autant à son avion spatial et cherche des clients gouvernementaux, privés ou issus du monde de la recherche, notamment en Europe. De plus, l'entreprise développe désormais une version automatique pour concourir au deuxième contrat de ravitaillement en fret de la Station qui sera attribué au début de l'été.

Le Dream Chaser lors de son premier vol libre en octobre 2013 qui se soldera par un crash à l'atterrissage en raison du mauvais fonctionnement du train d'atterrissage. © Sierra Nevada Corporation

Exclu de la compétition pour remporter le contrat de transport d'astronautes américains à bord de la Station et leur retour sur Terre, le projet d'avion spatial de Sierra Nevada cherche de nouveaux débouchés qu'il pourrait trouver en Europe. Cet appel d'offres de la Nasa pour le développement d'un système de transport spatial habité privé a en effet été remporté par Boeing et SpaceX en septembre 2014 dans le cadre d'un partenariat public-privé qui permet à la Nasa de financer ces projets à mesure que des étapes techniques préalablement définies sont franchies. Le service commercial devrait débuter fin 2017.

Sierra Nevada avait porté plainte auprès du GAO (US Government Accountability Office), l'organisme chargé du contrôle des comptes publics du budget fédéral des États-Unis, au motif que les évaluations des trois projets donnaient des résultats très proches les uns des autres. La plainte a été finalement classée sans suite.

Malgré ce revers significatif, Sierra Nevada veut tout de même proposer ses propres vols spatiaux commerciaux. D'ailleurs, la firme prévoit toujours un premier vol d'essai inhabité en 2016. Cependant, un marché économiquement viable ne peut exister aux États-Unis pour trois systèmes de transport spatiaux habités privés. Sierra Nevada s'ouvre donc à d'autres horizons et fait le pari que des débouchés commerciaux sont possibles dans le cadre de partenariats internationaux, notamment en Europe. Une version européenne de l'avion spatial, le DC4EU (DreamChaser for European Use), est à l'étude.

Si ce programme parvient au terme de son développement, le Dream Chaser de Sierra Nevada pourrait bien voler sous différentes couleurs. © Sierra Nevada

Un Dream Chaser européen ?

Il y a quelques semaines, la branche espace de Sierra Nevada et la firme allemande OHB ont annoncé la fin d'une étude portant sur la faisabilité d'utiliser le Dream Chaser pour répondre à des besoins européens. À la différence des capsules spatiales de SpaceX ou de Boeing, aux possibilités d'utilisations réduites, l'avion spatial Dream Chaser s'apparente à un engin utilitaire capable d'un large éventail de missions en orbite basse. Pour décoller et atterrir, il peut utiliser la plupart des pistes d'aviation. L'étude a passé en revue divers types de missions habitées ou sans équipage et démontré que cet avion spatial est adapté à de nombreuses applications spatiales dans les domaines de la recherche en microgravité, le service au satellite, l'enlèvement de débris orbitaux et le vol habité en orbite basse.

Cet intérêt européen pour le Dream Chaser n'est pas nouveau. Fin 2013, l'Agence spatiale européenne avait signé un mémorandum d’accord qui courait jusqu'au début de cette année. Il prévoyait « l'identification de technologies européennes susceptibles d'être adaptées au Dream Chaser », nous expliquait alors Marco Caporicci, conseiller spécial chargé des questions de transport et d'exploration auprès du directeur vols habités et opérations à l'Esa. À l'époque, l'idée était de créer « un consortium industriel comprenant des partenaires européens » pour utiliser le Dream Chaser dans le cadre de missions habitées européennes.

Malgré la décision de la Nasa, l'Esa poursuit tout de même son aventure avec Sierra Nevada dont le travail « réalisé tout au long de l'année 2014 a permis de figer les contributions européennes au Deam Chaser. Le mémorandum d'accord sera donc prolongé », nous a confirmé Marco Caporicci.

Une version transport de fret

En effet, Sierra Nevada s'est positionné sur le deuxième contrat de ravitaillement en fret de la Station spatiale pour la période 2018-2024. Ce contrat sera attribué en juin ou juillet 2015 avec un beau pactole de 14 milliards de dollars (12,3 milliards d'euros) que se partageront les firmes retenues.

À la différence du premier contrat, attribué à SpaceX et Orbital Sciences, la Nasa souhaite désormais une plus grande variété de missions, notamment des retours pressurisés dont ne sont pas capables la capsule Dragon et le cargo Cygnus. Sierra Nevada propose aussi une version automatique de transport de fret de son Dream Chaser. Pour ce futur véhicule, l'Esa va adapter deux contributions prévues pour la version habitée du Dream Chaser : « le mécanisme européen d'amarrage IBDM (International Berthing and Docking Mechanism) et une suite logicielle dérivée du programme ATV pour l'amarrage automatique à la Station ».

Ce système d'amarrage a la particularité d'être le premier conçu selon « des standards communs à toutes les agences spatiales partenaires du programme de l'ISS ». L'Esa prévoit de le tester et le qualifier en avril au Centre spatial Johnson de la Nasa.

Cette version automatique du Dream Chaser sera également lancée par une Atlas 5, mais ce véhicule sera compatible avec d'autres lanceurs, y compris Ariane 5. Des études ont montré la faisabilité technique de ce choix mais cela nécessitera tout de même d'adapter certaines installations du Centre spatial guyanais, dont le pas de tir et le bâtiment d'intégration final, notamment pour accéder au Dream Chaser lorsqu'il sera en position haute sur le lanceur.

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