En matière de lutte contre le réchauffement climatique, les lauréats des prix Nobel 2019 appellent à du pragmatisme. © Dmitry, Adobe Stock

Sciences

Réchauffement climatique : non, il n'y a pas de planète B rappellent des prix Nobel

ActualitéClassé sous :exoplanète , zone d'habitabilité , exoplanètes

Ce week-end, les quinze derniers lauréats des prix Nobel étaient réunis à Stockholm. L'occasion pour plusieurs d'entre eux d'aborder la question brûlante du réchauffement climatique. Et de rappeler que celle-ci doit désormais être prise au sérieux.

Depuis le 2 décembre dernier, les dirigeants du monde entier ont rejoint Madrid (Espagne) pour la 25e conférence des Nations unies sur le climat. La COP 25 comme on la nomme. Et en préambule, Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU avait déclaré : « Il n'y a jamais eu de moment plus important pour écouter la science. »

Ce week-end, justement, certains des plus grands scientifiques du moment, les lauréats des prix Nobel 2019 - réunis à Stockholm pour revenir sur leurs travaux et recevoir leurs prix - ont tenu à s'exprimer sur la question du réchauffement climatique et des mesures à prendre pour le limiter.

« L'espèce humaine a évolué et s'est développée sur Terre. Nous ne sommes pas faits pour survivre sur une autre planète. Penser que, lorsque les choses tourneront vraiment trop mal, nous pourrons nous réfugier ailleurs est tout simplement irresponsable. Les étoiles sont tellement loin de nous que je pense que nous n'avons aucune chance sérieuse de nous échapper de notre Planète. Nous ferions bien mieux de consacrer notre temps et notre énergie à en prendre soin », a déclaré Didier Queloz. Un avis à prendre d'autant plus au sérieux que l'astronome suisse a obtenu le prix Nobel de physique 2019 pour avoir découvert - avec Michel Mayor - la toute première exoplanète.

L’énergie de la jeunesse

Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d'économie 2019, quant à elle, a tenu à souligner que la gestion du réchauffement climatique « nécessitera un changement de comportement, en particulier dans les pays riches » qui sont de gros consommateurs de biens et d'énergie. Se positionnant ainsi à contre-courant de ceux qui n'estiment pas indispensable de consommer moins, tant que cette consommation est alimentée par des énergies renouvelables.

Stanley Whittingham, l'inventeur des batteries lithium-ion et prix Nobel de chimie 2019, a, de son côté, demandé à ce que soit fait preuve de pragmatisme dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et il s'est réjoui de l'engagement de la jeunesse. « À l'époque de la guerre du Vietnam, ce sont les jeunes qui ont poussé les politiciens à arrêter leurs bêtises. »

Un point de vue que partage James Peebles, autre lauréat du prix Nobel de physique pour ses travaux sur le Big Bang« Ces jeunes qui marchent pour le climat, c'est une chose merveilleuse. J'adore leur enthousiasme, leur énergie et leur dévouement pour une cause qui en vaut la peine. »

  • À Madrid, les dirigeants du monde engagés dans des négociations pour le climat à l’occasion de la COP 25 semblent peiner à s’accorder.
  • À Stockholm, en revanche, les derniers prix Nobel apparaissent tous sur la même longueur d’onde.
  • Il faut sauver notre Planète, la seule que nous avons.
  • Et pour cela, il faudra modifier nos comportements et faire preuve de pragmatisme.
Pour en savoir plus

On ne migrera pas vers d'autres planètes selon Michel Mayor, prix Nobel de physique 2019

Article de Futura avec l'AFP Relaxnews, publié le 11 octobre 2019

Michel Mayor, lauréat du prix Nobel de Physique 2019, a tempéré les espoirs de migration humaine vers une autre planète. Même en étant optimiste, le temps pour se rendre sur une exoplanète habitable proche se chiffrerait en centaines de millions de jours avec les moyens actuels. « C'est complètement fou », conclut-il !

Chasseur d'exoplanètes, Michel Mayor, lauréat mardi du prix Nobel de physique, a averti mercredi qu'il ne fallait pas compter un jour sur une migration de l'humanité vers une autre planète. Le chercheur suisse s'exprimait en marge d'une conférence près de Madrid.

Quelles recherches ont été récompensées par ce Nobel ?

Michel Mayor : Voici 24 ans, avec un de mes collègues [Didier Queloz, distingué avec lui], on a découvert la première planète qui tournait autour d'une autre étoile (que le Soleil). C'était une très vieille question qui était débattue par les philosophes : est-ce qu'il existe d'autres mondes dans l'Univers ? Depuis lors, on en a découvert près de 4.000 (exoplanètes) ou plus. On cherche des planètes qui sont le plus proche (de nous), qui pourraient ressembler à la Terre. Nous avons avec mon collègue démarré cette quête des planètes, on a montré que c'était possible de les étudier.

Voir ou revoir le documentaire de Michel Mayor et Alexandre Astier consacré aux exoplanètes. © Chasseurs de mondes, YouTube

Y a-t-il de la vie ailleurs dans l'Univers ?

Michel Mayor : Dans la Voie lactée, on est sûr qu'il y a énormément de planètes rocheuses avec une masse similaire à la Terre à une distance telle (de leur étoile) que la température est adéquate pour que la chimie de la vie se développe, on ne sait rien de plus. Personne n'est capable de donner une probabilité à la vie ailleurs. Certains scientifiques disent que si toutes les conditions sont réunies, alors la vie va émerger d'elle-même, une sorte d'émergence naturelle des lois de l'Univers. D'autres disent : non, non, c'est pas vrai, c'est beaucoup trop compliqué. On ne sait rien ! La seule manière de faire, c'est développer les techniques qui nous permettent de détecter la vie à distance. C'est à la prochaine génération de répondre à cette question !

L'astrophysicien suisse Michel Mayor, prix Nobel de physique 2019 et codécouveur de la première exoplanète, durant une interview à l'AFP à Torrejon de Ardoz, en Espagne, le 9 octobre 2019. © Javier Soriano, AFP

L'humanité pourra-t-elle migrer vers une autre planète ?

Michel Mayor : Si on parle des planètes extrasolaires, que les choses soient claires : on ne migrera pas là-bas. Ces planètes sont beaucoup, beaucoup trop loin. Même dans un cas très optimiste d'une planète habitable pas trop loin, disons à quelques dizaines d'années lumière, ce qui est tout petit, le voisinage, le temps pour aller là-bas est considérable. Ça se chiffre en centaines de millions de jours avec les moyens actuels. Prenons soin de notre Planète ici, elle est très belle et encore tout à fait habitable. [...] Il faut tuer toutes les déclarations du type : nous irons un jour sur une planète habitable si la vie n'est plus possible sur Terre. C'est complètement fou.

Propos recueillis par Thomas Perroteau.

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