Une vue du désert d'Atacama. © Fotolia Sebastian

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Vie sur Mars : le désert d'Atacama donne de l'espoir

ActualitéClassé sous :environnement martien , désert Atacama , exobiologie

Il se confirme que des populations de micro-organismes peuvent survivre des années dans des régions particulièrement arides du désert d'Atacama où les pluies peuvent être absentes pendant au moins une décennie. Comme ce désert ressemble à certains environnements martiens, on peut être un petit peu plus optimiste pour découvrir un jour de la vie sur Mars.

En 1965, la sonde Mariner 4 de la Nasa a fait voler en éclats les espoirs de ceux qui pouvaient penser que des romans comme le célèbre Chroniques martiennes de Ray Bradbury étaient peut-être autre chose que de la science-fiction. L'artefact terrien révélait en effet une absence de boucliers magnétiques et confirmait la présence d'une atmosphère ténue et froide, peu propice aux écoulements d'eau liquide, si ce n'est sous forme de saumure éventuellement colonisable par les équivalents de certains extrêmophiles observés sur Terre. Les rayons cosmiques et l'absence d'une couche d'ozone pour la protection contre les UV ne devaient pas non plus faciliter les choses à des formes de vie éventuelles à la surface de Mars. De sorte que dès cette époque, l'espoir de trouver des formes de vie multicellulaires sur la Planète rouge a été largement abandonné.

Mais peut-être pouvait-on y trouver des micro-organismes et c'est bien leur détection que l'on a tenté de faire dans les années 1970 avec les fameuses missions Viking. Les résultats ont été décevants mais aussi problématiques avec l'expérience Labeled Release (comme l'ont montré des tests sur des échantillons provenant du désert d'Atacama, elle pouvait détecter 5 à 10 cellules bactériennes par gramme de sol) conduite par les atterrisseurs sur Mars. Les orbiteurs ramenaient, eux, des images d'un passé beaucoup plus accueillant, avec des écoulements importants d'eau liquide il y a plus de trois milliards d'années.

Un des sites échantillonnés dans le désert d'Atacama pour y trouver des micro-organismes. Il s'agit d'une partie de la région de Yungay qui ressemble à s’y méprendre à l’intérieur du cratère Gusev (où s’est posé le rover Spirit). © The Atacama Project

Le désert d'Atacama, un laboratoire pour chercher la vie sur Mars

On se pose toujours la question aujourd'hui et les micro-biologistes du XXIe siècle que passionne la quête de la vie sur Mars continuent à mettre en œuvre la même stratégie que leurs collègues des années 1970. Ils évaluent les conditions d'existences possibles de formes de vie en fouillant dans les environnements terrestres similaires à ceux existant sur Mars.

Il en est un tout désigné justement, le désert d'Atacama situé au Chili en Amérique du Sud connu pour être la région la plus aride sur Terre (certains secteurs peuvent être privés de précipitations pendant 50 ans) et qui est en relation avec l'activité des volcans des Andes. Il suffit de comparer des photos prises par le rover Curiosity avec celles de paysages du désert d'Atacama pour se convaincre de la similarité saisissante avec Mars. Il y a plusieurs milliards d'années, lorsque Mars était un peu plus chaude et moins aride qu'aujourd'hui, avec une atmosphère plus conséquente, les conditions qui régnaient à sa surface devaient être encore plus proches de celles rencontrées de nos jours dans la région des volcans andins et des lacs salés qui les bordent. Leurs altitudes font qu'ils sont aussi soumis à un rayonnement ultraviolet plus intense que dans bien d'autres régions sur Terre. Certaines des formes vivantes qui étaient déjà adaptées à ces environnements survivent peut-être encore dans les sols martiens.

Certains scientifiques pensent avoir trouvé la clé qui permettra à l'Homme de découvrir de la vie sur Mars dans le désert d'Atacama au Chili, où le climat est similaire à celui de la Planète rouge. Ils étudient cette possibilité depuis quelques années. © Euronews

La région de Yungay, où il ne pleut en moyenne qu'une fois tous les dix ans, est depuis les années 2000 un terrain de prédilection pour les exobiologistes en quête de micro-organismes qui pourraient y survivre. De fait, des travaux commencent à montrer depuis quelques années que là comme dans d'autres régions peu hospitalières d'Atacama, des formes de vie sont présentes comme le montre clairement aujourd'hui un article publié dans les Pnas par une équipe internationale de chercheurs menée par des membres du Projet Atacama (The Atacama Project), notamment l'exobiologiste Dirk Schulze-Makuch, exobiologiste de l'université technique de Berlin également en poste à la Washington State University.

Des communautés dormantes de micro-organismes sur Mars ?

Avant ce travail, les traces biologiques détectées étaient attribuées à des micro-organismes apportés par le vent qui mouraient rapidement dans le désert. Mais en utilisant des méthodes issues de la génomique et en détectant des molécules d'ATP (adénosine triphosphate), servant à transporter de l'énergie au sein des cellules vivantes, les chercheurs pensent être arrivés à exclure cette hypothèse.

En 2015, les biologistes ont pu appliquer leurs méthodes sur huit sites du désert d'Atacama dont certains étaient plus proches de la côte Pacifique. Il avait plu à ce moment là, un mois avant, ce qui a conduit à une prolifération d'activité biologique montrant que des micro-organismes devenaient subitement actifs et même qu'ils se reproduisaient. Plusieurs données obtenues ont conduit à attribuer une origine indigène à ces micro-organismes qui s'étaient donc adaptés à l'hyper-aridité et au flux élevé de rayons UV.

En retournant sur les lieux en 2016 et 2017, les chercheurs ont montré que l'activité des micro-organismes était déclinante jusqu'à devenir inobservable en surface, mais pas à quelques dizaines de centimètres de profondeur. Schulze-Makuch a commenté ces résultats de la façon suivante : « Nous croyons que ces communautés microbiennes peuvent rester dormantes pendant des centaines, voire des milliers d'années, dans des conditions très similaires à ce que vous pourriez trouver sur une planète comme Mars, puis revenir à la vie quand il pleut ».

Le même phénomène se produit-il sur Mars où à défaut de pleuvoir il neige parfois ?

  • Le désert d'Atacama, bordé par des volcans, est l'un des déserts les plus arides et froids au monde. Moins protégé des ultraviolets, il se rapproche des environnements martiens. On s'en sert donc pour tester des idées sur la possibilité de trouver de la vie sur Mars.
  • Une équipe de chercheurs pense avoir démontré qu'il existe bel et bien dans le sol de ce désert des micro-organismes indigènes adaptés à des conditions extrêmes et pouvant se passer d'humidité pendant au moins une décennie en restant à l'état dormant.
  • Des formes de vie martiennes pourraient donc faire de même, attendant chaque année des apports d'eau.
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