Santé

Poisons : des plantes toxiques (aconit, belladone, ciguë et digitale)

Dossier - Les poisons dans l'histoire
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L’Homme utilise les poisons depuis la Préhistoire. Plantes, champignons, animaux, micro-organismes… Certains servent parfois aussi à fabriquer des médicaments. Ce dossier dresse un panorama des différents poisons, des potions de sorcier aux armes chimiques.

  
DossiersLes poisons dans l'histoire
 

De nombreuses plantes sont à la fois de redoutables poisons et des médicaments potentiels, à l'image de la jusquiame, mortelle à hautes doses (causant par exemple la mort d'Hamlet dans la tragédie de Shakespeare) et pourtant aussi un traitement contre la toux. Voici quelques plantes toxiques.

La belladone est une plante très toxique ; ses baies noires contiennent de l'atropine, substance active sur le système nerveux. © Photography By Jayson R, Shutterstock

L'aconit, ou « herbe aux loups »

L'aconit contient des alcaloïdes, dont l'aconitine. Cette plante est aussi appelée « herbe aux loups », car elle était employée pour tuer les loups. L'espèce Aconitum napellus est particulièrement dangereuse, notamment par ses feuilles et ses racines : 2 à 4 g de racine peuvent tuer un adulte !

L'ingestion d'aconit conduit à des sensations de brûlure et des picotements, suivis de vomissements, d'une faiblesse et d'une syncope. Les convulsions peuvent provoquer des anomalies du rythme cardiaque qui entraînent le décès de l'individu.

Dans le mythe de Jason et des Argonautes, Médée utilise de l'aconit pour essayer de tuer Jason. Hannibal se serait suicidé avec un mélange d'aconit et de ciguë pour éviter d'être livré aux Romains. L'aconit n'est pas seulement utilisé comme poison : il est aussi un antidote au venin des scorpions.

La belladone contient de l'atropine

La belladone, en latin Atropa belladona, contient de l'atropine, une molécule anticholinergique capable de bloquer les synapses neuromusculaires où agit l'acétylcholine. Comme ce neurotransmetteur agit au niveau du système parasympathique qui ralentit le cœur, un des effets de l'atropine est d'augmenter le rythme cardiaque. Utilisée dès l'Antiquité, la belladone possède des fruits noirs et des racines toxiques.

La plante tient son nom d'une pratique autrefois courante chez les dames de la haute société : pour augmenter le diamètre de leurs pupilles, elles utilisaient des gouttes d'une décoction de belladone ou bella dona, « belle dame ».

La belladone est une plante toxique, notamment utilisée à la Renaissance pour dilater les pupilles et agrandir le regard des femmes. © Franz Eugen Köhler, Köhler's Medizinal-Pflanzen, Wikimedia Commons, DP

L'ingestion de belladone peut conduire à des brûlures de la gorge, une augmentation du rythme cardiaque, des nausées et des vomissements, une élévation de la température, une dilatation des pupilles, des hallucinations sensorielles, et des convulsions pouvant entraîner la mort. Les plantes de la famille de la belladone comme le datura, la jusquiame noire ou la mandragore sont riches en alcaloïdes. 

La ciguë : petite ciguë, grande ciguë et ciguë vireuse

Il existe plusieurs plantes dans la famille des ciguës :

  • la petite ciguë ou « faux persil », dont l'ingestion provoque des troubles digestifs, mais sans être mortelle ;
  • la grande ciguë, dont la tige et les feuilles sont très toxiques et contiennent un alcaloïde puissant, la coniine ;
  • la ciguë vireuse, aux racines toxiques.

La ciguë était employée dès l'Antiquité pour donner la mort. Socrate fut contraint de la boire à la suite de sa condamnation. 

Le colchique et la colchicine

Le colchique, qui appartient à la famille des crocus, était connu pour avoir des propriétés abortives. Le bulbe représente la partie la plus toxique, mais la consommation de fleurs est elle aussi nocive.

L'ingestion de colchique provoque nausées, vomissements, diarrhées hémorragiques, douleurs abdominales, paralysie, voire coma et arrêt cardio-respiratoire entraînant la mort. Le colchique contient un alcaloïde, la colchicine, qui est utilisé en biologie cellulaire pour bloquer la division cellulaire. La colchicine est aussi employée en pharmacie en traitement de la goutte.

La toxicité des digitales

La digitale, qui tient son nom de ses fleurs en forme de doigts, contient des glycosides cardiaques agissant sur l'activité du cœur, comme la digoxine et la digitoxine. La digitale a été utilisée pour les pointes de flèches, mais aussi dans la pharmacopée traditionnelle.

Toutes les parties de la plante sont dangereuses à la consommation. Même le simple contact peut causer des éruptions cutanées ! La substance toxique extraite de la digitale a été appelée digitaline : elle est aujourd'hui utilisée dans des médicaments en raison de ses effets toniques sur le cœur.

Flacon de Digibind. Il s’agit d’un antidote à la digitaline. © James Heilman, MD, CC by-sa 3.0

Parmi les nombreux symptômes liés à l'ingestion de digitaline (nausées, vomissements, etc.), la perturbation de la vision des couleurs, avec une vision en vert et jaune, est caractéristique. Van Gogh aurait pu souffrir d'un empoisonnement à la digitaline, ce qui expliquerait les couleurs retrouvées dans sa peinture.

L'atropine est un antidote aux troubles de la digitaline. Il existe aussi un anticorps antidigoxine utilisé contre les empoisonnements : le Digibind.