Santé

Curare et ricin : des poisons d'Amérique et d'Afrique

Dossier - Les poisons dans l'histoire
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L’Homme utilise les poisons depuis la Préhistoire. Plantes, champignons, animaux, micro-organismes… Certains servent parfois aussi à fabriquer des médicaments. Ce dossier dresse un panorama des différents poisons, des potions de sorcier aux armes chimiques.

  
DossiersLes poisons dans l'histoire
 

Le curare et le ricin sont des arbustes toxiques, respectivement originaires d'Amérique du Sud et d'Afrique. Le premier poison est connu pour provoquer des paralysies musculaires, et la ricine (substance toxique contenue dans les graines de ricin) agit par perturbation des cellules. 

Le ricin, arbuste originaire d'Afrique, est un poison. © Ricardo de Paula Ferreira, Shutterstock

Le curare, un poison paralysant

Utilisé par les Indiens d'Amérique du Sud pour enduire leurs flèches empoisonnées, le curare peut être préparé à partir de plantes de la famille des strychnos. Ce sont l'écorce des tiges et des racines, ainsi que les feuilles, qui servent à la fabrication du curare. En agissant au niveau des synapses où il bloque les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine, le curare provoque une paralysie musculaire ; son effet est plus ou moins paralysant en fonction de l'espèce végétale employée pour sa fabrication. 

Aux États-Unis, l'injection létale utilisée pour donner la mort aux condamnés contient différents produits, dont le bromure de pancuronium qui appartient à la famille des curares.

Strychnos toxifera est une plante servant à la fabrication du curare. © Koehler 1887, Wikimedia Commons, DP

L’huile de ricin : bienfaitrice ou poison mortel

Le ricin est une plante ornementale originaire d'Afrique, dont les graines contiennent une toxine appelée « ricine ». La toxicité des graines est plus élevée lorsque celles-ci sont mâchées, car l'enveloppe des graines protège l'intestin de la libération de la ricine pendant la digestion. La ricine contient deux molécules, l'une ouvrant un pore de la membrane cellulaire pour permettre à la seconde d'entrer dans la cellule : cette molécule vient alors perturber le fonctionnement de la cellule visée, entraînant sa mort.

L'huile de ricin, extraite des graines, est reconnue pour avoir des propriétés purgatives. Or, en grandes quantités, elle peut aussi être un poison mortel : les Chemises noires de Mussolini faisaient boire de l'huile de ricin, parfois mélangée à de l'essence, aux opposants politiques.

En 1978, la ricine fut employée pour assassiner Georgi Markov, un écrivain bulgare dissident. Pendant qu'il attendait son bus à Londres, Markov ressentit une piqûre à la cuisse, alors qu'un homme près de lui ramassait son parapluie. Rapidement, Markov fut hospitalisé, la jambe en sang et enflée. Il mourut quelques jours plus tard : ses reins étaient bloqués, il vomissait du sang et un œdème pulmonaire l'empêchait de respirer. Lors de l'autopsie, on retira une petite boule de sa cuisse. Cette bille, injectée par le parapluie, devait contenir un poison libéré par de minuscules pores. Plus tard, il fut établi que la bille contenait de la ricine.