La modification du gène CCR5 protégeant contre le sida permettrait également d’améliorer la mémoire et les capacités cognitives. © jm1366, Fotolia

Santé

Non, les bébés chinois OGM n’ont pas une espérance de vie réduite

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L'étude publiée montrant que les personnes ayant un gène CCR5 muté étaient plus susceptibles de mourir prématurément a été retirée en raison de biais statistiques.

Après le tollé soulevé par l'annonce de la naissance des premiers bébés génétiquement modifiés en Chine en 2018, deux chercheurs étaient venus ajouter une polémique à la polémique en juin 2019 en affirmant que la mutation introduite chez les jumelles par le scientifique chinois Jiankui He présentait un risque accru de mortalité par rapport aux personnes ayant une version « normale » du gène (voir ci-dessous). Une assertion qui a très vite suscité le doute chez d'autres scientifiques, qui étudient eux-mêmes ce gène de résistance au virus du sida depuis des années.

L’étude de Nature retirée en raison de biais statistiques

Une flopée d'études, dont certaines ont analysé de nouvelles données provenant de centaines de milliers de personnes, est rapidement venue dénoncer les biais statistiques. Les auteurs eux-mêmes ont finalement avoué s'être trompés dans un article publié le 3 octobre sur le site bioRvix, ce qui a conduit à la rétractation de l'article original paru dans Nature Médecine. D’après la revue, la mauvaise interprétation est attribuable « à des erreurs techniques dans la façon dont la mutation a été identifiée dans la base de données ». La sonde mesurant la variante du gène a ainsi souvent manqué sa séquence-cible, aboutissant à une sous-estimation du nombre de personnes avec deux copies du gène muté.

« Il est de mon devoir de mettre les choses au clair pour le public », a reconnu Rasmus Nielsen, généticien des populations à l'université de Californie à Berkeley, qui avait dirigé l'étude originale. Cette rétractation ne remet cependant pas en cause les questions éthiques liées à la naissance des jumelles. En août 2019, l'OMS a ainsi rendu publiquement son avis sur la question, expliquant qu'il serait  « irresponsable, à ce stade, que quiconque procède à une modification du génome des cellules germinales en vue de procéder à des applications cliniques ».

Pour en savoir plus

Bébés OGM chinois : la mutation génétique aurait réduit leur espérance de vie

Article de Marie-Céline Ray publié le 04/06/2019

En novembre 2018, le chercheur Jiankui He annonçait la naissance des premiers bébés OGM, chez qui les ciseaux moléculaires CRISPR avaient introduit une mutation les protégeant du VIH. Mais une nouvelle étude suggère que cette modification de leur génome entraîne un risque de mortalité plus élevé.

L'annonce de leur naissance a provoqué un émoi compréhensible dans le monde entier. C'est dans le génome de ces deux jumelles qu'a été introduite une version modifiée d'un gène appelé CCR5. La protéine codée par ce gène est présente sur des cellules immunitaires et permet l'infection par le VIH. La mutation delta 32 insérée chez les bébés chinois permet d'éviter l'entrée du VIH dans les cellules.

Mais l'inactivation d'une protéine a souvent des effets négatifs et CCR5 est une protéine très conservée dans de nombreuses espèces... Sa mutation ne risque-t-elle pas d'avoir des effets secondaires ? C'est ce que se sont demandé deux chercheurs de l'université de Californie, à Berkeley, dans une étude parue dans la revue Nature Medicine.

Les deux scientifiques ont analysé 400.000 génomes d'une banque de données britannique, appelée UK Biobank. La mutation delta 32 n'est pas spécialement rare dans la population du Nord de l'Europe : environ 10 % de la population aurait un allèle muté et 1 % serait homozygote pour ce gène, c'est-à-dire avec deux allèles mutés. Peut-être que la mutation delta 32 donne un avantage évolutif, par exemple en améliorant la survie après une infection virale comme la variole.

Dans une vidéo diffusée en novembre 2018, Jiankui He a expliqué qu’il avait modifié l’ADN des embryons in vitro en utilisant la technique d’édition génomique CRISPR. © Jiankui He, Youtube

Mortalité augmentée de 21 % avec deux allèles mutés

Les chercheurs ont observé que les personnes possédant deux copies mutées du gène CCR5 avaient un risque significativement plus élevé de mourir entre 41 et 78 ans, par rapport à celles qui avaient une ou zéro mutation : la mortalité, toutes causes confondues, augmente de 21 % chez les personnes qui ont les deux allèles mutés du gène. « Vous avez une survie minimale ou une mortalité supérieure si vous avez deux copies de la mutation, conclut Rasmus Nielsen, professeur de biologie à l'université de Californie, à Berkeley. Dans ce cas, ce n'est probablement pas une mutation que la plupart des gens voudraient avoir. »

Ce n'est probablement pas une mutation que la plupart des gens voudraient avoir

D'autres travaux ont montré que la présence de deux allèles mutés du gène CCR5 augmentait le risque de mourir après une grippe. La protéine CCR5 joue probablement différents rôles dans l'organisme, ce qui expliquerait que son inactivation ait des conséquences néfastes. Pour Rasmus Nielsen, « au-delà des nombreuses questions éthiques liées aux bébés CRISPR, le fait est qu'à présent, avec les connaissances actuelles, il est toujours très dangereux d'essayer d'introduire des mutations sans connaître tout l'effet qu'ont ces mutations.»

De manière générale, l'introduction de mutations dans des cellules embryonnaires risque d'avoir des effets inattendus, car un gène a souvent plusieurs fonctions, dépendantes de l'environnement. C'est l'avis de Xinzhu Wei, le chercheur post-doctoral qui a travaillé à cette recherche et qui souligne « qu'il y a beaucoup de choses inconnues au stade actuel sur les fonctions des gènes. » D'après lui, « la technologie CRISPR est beaucoup trop dangereuse à utiliser pour l'édition de la lignée germinale


Les bébés OGM chinois seront-ils plus intelligents ?

Article de Céline Deluzarche paru le 3 mars 2019

La modification génétique introduite chez les deux fillettes nées en novembre dernier en Chine, grâce à la technique CRISPR, leur confère une résistance naturelle au virus du Sida. Une nouvelle étude montre que l'inactivation de ce même gène augmente aussi les capacités cognitives, et suggère même qu'elle permet d'obtenir de meilleurs résultats scolaires. De quoi relancer le débat sur les bébés « améliorés ».

En novembre 2018, le chinois He Jiankui a créé un tollé mondial en annonçant sur YouTube avoir mis au monde deux jumelles génétiquement modifiés par fécondation in vitro. Le scientifique a utilisé la technique CRISPR-Cas9 pour désactiver le gène appelé CCR5, qui code une protéine empêchant le virus du VIH d'entrer dans une cellule. Mais voilà qu'une nouvelle étude nous apprend aujourd'hui que cette mutation pourrait aussi... doper les capacités cognitives.

De nouvelles connexions neuronales

Les travaux, publiés le 21 février dans la revue Cell, montrent que l'inactivation du gène CCR5 chez la souris permet non seulement une récupération précoce du contrôle moteur après un accident vasculaire cérébral (AVC) ou un traumatisme crânien, mais qu'elle augmente aussi les capacités cognitives de façon significative en préservant les épines dendritiques et en créant des nouvelles connexions dans le cerveau. La même étude rapporte des résultats similaires chez l'homme lors d'essais cliniques menés avec du maraviroc, un médicament contre le sida qui désactive le CCR5.

Des bébés, futurs cracks scolaires ?

Encore mieux : les personnes porteuses d'une mutation génétique nommée ∆32 CCR5, qui empêche le gène de s'exprimer, montreraient de meilleurs résultats scolaires. « Nous sommes les premiers à signaler le rôle du CCR5 dans le cerveau humain et à mettre en évidence un niveau d'éducation plus élevé », se félicite Thomas Carmichael, qui a dirigé l'étude, dans une interview au MIT Technology review. Même s'il qualifie le lien avec la réussite scolaire « d'intéressant », il estime que de nouvelles études devront être menées pour confirmer la corrélation.

Le chercheur chinois, He Jiankui, à Hong Kong, le 28 novembre 2018. © Anthony WALLACE, AFP, Archives

Peut-on en conclure que les deux petites filles nées en 2018 seront des cracks ? « Ce que l'on peut dire, c'est que cela a affecté leur cerveau »,  atteste Alcino J. Silva, neurobiologiste à l'université de Californie, à Los Angeles, et qui fut le premier à mettre en évidence le rôle du gène CCR5 sur le cerveau et la mémoire. « Les mutations auront probablement un impact sur la fonction cognitive, mais l'effet exact est impossible à prédire », poursuit le spécialiste qui assure être totalement opposé à ce genre de manipulation génétique.

Des bébés plus intelligents sur ordonnance ?

Certains scientifiques se demandent, par conséquent, si le véritable objectif de He Jiankui n'était pas de créer des bébés plus intelligents. Rien ne permet à ce stade de l'affirmer, d'autant plus que le chercheur n'a consulté aucun spécialiste en neurologie ou en cognition, rapporte le MIT Technology review. Mais les premiers travaux mettant en évidence le rôle du gène CCR5 sur la mémoire et la cognition chez la souris ont été publiés en 2016, et il pouvait difficilement les ignorer.

Cette nouvelle ne manquera pas de relancer le débat sur la fabrication de bébés « parfaits ». Dans une enquête réalisée en 2018 auprès de plus de 4.000 Chinois, 80 % des personnes interrogées se disent favorables à la modification génétique d'un embryon pour corriger une maladie, mais moins de 25 % seraient d'accord pour utiliser cette technique afin d'augmenter l'intelligence ou d'améliorer les performances sportives.


Bébés OGM : une deuxième grossesse est en cours

Article de Futura/AFP Relaxnews publié le 22/01/2019

En novembre 2018, un chercheur chinois a prétendu avoir créé les premiers bébés génétiquement modifiés, deux jumelles. Une deuxième femme est enceinte suite à ces expérimentations. Le scientifique devrait faire l'objet d'une enquête policière.

Une deuxième femme est enceinte à la suite de l'expérimentation du chercheur chinois qui prétend avoir créé les premiers bébés génétiquement modifiés, ont confirmé lundi les autorités chinoises, ajoutant que le scientifique allait être visé par une enquête policière. He Jiankui avait provoqué un tollé dans la communauté scientifique mondiale en novembre 2018 en annonçant la naissance de deux jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.

Peu après, il avait fait état lors d'un forum à Hong Kong d'une « autre grossesse potentielle » impliquant une deuxième femme. Une enquête menée par le gouvernement provincial du Guangdong (sud) a depuis confirmé l'existence de cette personne, qui est toujours enceinte, a indiqué l'agence de presse officielle Chine nouvelle. Cette femme, ainsi que les deux jumelles de la première grossesse vont être placées sous observation médicale, a déclaré un enquêteur au média d'État.

Selon les résultats de l'enquête, He Jiankui a « produit de faux documents d'évaluation éthique », a mis sur pied « à titre privé » une équipe de recherche qui comprenait des scientifiques étrangers et a utilisé « des technologies à la sécurité et à l'efficacité douteuses ». Les enquêteurs ont affirmé à Chine nouvelle que le chercheur « recherchait la gloire » et avait utilisé ses « propres fonds » afin de mener à bien son projet. Au total, huit couples s'étaient portés volontaires pour l'expérimentation, dont un qui a abandonné durant le processus.

La condamnation a été générale dans la communauté scientifique chinoise et ailleurs dans le monde lors de l'annonce en novembre par He Jiankui de son expérimentation, dont les détails n'ont jamais été vérifiés de façon indépendante. Le gouvernement chinois avait exigé la suspension de ses activités scientifiques.

Une modification génétique avec les ciseaux CRISPR-Cas9

Ce type de modification génétique réalisée sur des humains est interdit dans l'immense majorité des pays du monde, y compris en Chine. Son dossier va « être transféré aux organes chargés de la sécurité publique », a indiqué lundi Chine nouvelle. He Jiankui affirme avoir employé pour son expérimentation l'outil CRISPR-Cas9, dit des ciseaux génétiques. Il permet d'enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur. Cette technique est extrêmement controversée, notamment parce que les modifications réalisées peuvent être transmises aux générations futures, et affecter l'ensemble du patrimoine génétique.

S'adressant au forum sur le génome, organisé à Hong Kong en novembre, le chercheur s'était dit « fier » d'avoir modifié les gènes des deux bébés étant donné la stigmatisation dont pâtissent en Chine les malades du sida. Le scandale provoqué par son expérimentation a aussi attiré l'attention sur l'épidémie grandissante de sida en Chine, qui a vu une forte augmentation des nouveaux cas depuis quelques années.

L'université des sciences et de la technologie de Shenzhen (SUSTech), où il travaillait, a annoncé lundi dans un communiqué qu'elle avait mis fin à son contrat. L'université a déploré que son travail ait « contrevenu gravement à l'éthique universitaire ». À la suite de la controverse, des scientifiques ont lancé un appel à mettre au point un traité international sur la modification des gènes.


Les premiers bébés génétiquement modifiés seraient nés en Chine

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews paru le 28 novembre 2018

Dans une vidéo diffusée sur YouTube, un scientifique chinois, He Jiankui, a annoncé avoir donné naissance à deux jumelles qui seraient les premiers bébés génétiquement modifiés. Pour de nombreux chercheurs, une ligne rouge éthique a été franchie par cet acte « dangereux » et « irresponsable ». Ce mercredi 28 novembre, le scientifique a présenté ses résultats lors d'un congrès à Hong Kong ; il a précisé qu'une nouvelle grossesse, à un stade précoce, serait en cours, pouvant ainsi donner naissance à un troisième bébé génétiquement modifié.

He Jiankui, un professeur d'université à Shenzhen, dans le sud de la Chine, a diffusé sur YouTube une vidéo annonçant la naissance il y a quelques semaines de deux jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida. Il y précise que le père est séropositif. Le chercheur, qui a été formé à Stanford aux États-Unis et dirige un laboratoire spécialisé dans le génome à Shenzhen, explique avoir employé la technique CRISPR-Cas9, dite des « ciseaux génétiques », qui permet d'enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur un ordinateur.

Les bébés, surnommés Lulu et Nana, sont nés après une fécondation in vitro, à partir d'un embryon modifié avant d'être implanté dans l'utérus de la mère. He Jiankui a expliqué que, juste après avoir injecté le spermatozoïde du mari dans l'ovule, un embryologiste a également injecté les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9 pour modifier un gène, afin de protéger les petites filles d'une future infection par le VIH. Cette première médicale auto-proclamée n'a pas encore été vérifiée de façon indépendante, les résultats de l'équipe chinoise n'ayant pas fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique.

Une avancée scientifique qui suscite des problèmes de bioéthique

« Annoncer ces résultats par une vidéo sur YouTube est une pratique scientifique très problématique », a ainsi déploré Nicholas Evans, professeur assistant de philosophie à l'université du Massachusetts Lowell, aux États-Unis, qui travaille notamment sur les questions bioéthiques« Cela écarte les processus de contrôle sur lesquels reposent de nombreuses avancées scientifiques, telles que l'évaluation par les pairs », a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

Que l'expérience soit avérée ou non, elle suscite de « graves préoccupations éthiques », souligne aussi le Dr Sarah Chan, de l'université d'Edimbourg, citée par le Science Media Centre. « Faire de telles affirmations, de façon à semble-t-il délibérément chercher à provoquer un maximum de controverses [...] est irresponsable », ajoute-t-elle. He Jiankui n'a pas répondu dans l'immédiat aux questions de l'AFP. Son annonce intervenait à la veille d'une conférence d'experts mondiaux du génome à Hong Kong ; il y a présenté ses résultats le 28 novembre.

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