Le labourlabour est le plus puissant symbole de l'agricultureagriculture depuis des millénaires, à tel point que les agriculteurs ont souvent été nommés « laboureurs » ! Mais, à bien y réfléchir, c'est une véritable hérésie en matièrematière de bilan énergétique.

Le labour, symbole de l’agriculture depuis des siècles, présente beaucoup d’inconvénients, et en particulier celui d’empêcher les champs de fixer du carbone pendant une bonne partie de l’année. © Jackmac34, Pixabay, DP
Le labour, symbole de l’agriculture depuis des siècles, présente beaucoup d’inconvénients, et en particulier celui d’empêcher les champs de fixer du carbone pendant une bonne partie de l’année. © Jackmac34, Pixabay, DP

Songeons que, dans le bassin parisien par exemple, on récolte le bléblé début juillet, au moment où commence la période de plus gros rayonnement solairerayonnement solaire, et on laisse ensuite les champs nus ! On n'a tout simplement pas les moyens de se priver de photosynthèsephotosynthèse au moment même où elle serait la plus active, et on doit impérativement fixer du carbonecarbone et de l'azoteazote 365 jours par an sur nos champs !

Le labour remis en cause

Le labour a également plein d'autres inconvénients : il détruit la vie du sol qui est pourtant essentiel à l'agriculture : les bactériesbactéries, les champignonschampignons, les vers de terre, etc., et il favorise l'érosion et le tassement des sols, le ruissellement des eaux, etc. Quand on creuse une tranchée dans un champ on voit bien ce qu'on appelle la « semelle de labour » dure est absente de toute biodiversitébiodiversité, sur les premiers 50 centimètres ; la vie commence en dessous, mais les plantes annuelles ont le plus grand mal à y arriver !

Semis direct d’hiver dans un couvert végétal, produit de la photosynthèse pendant l’automne qui se transforme en engrais vert (Alpes-de-Haute-Provence). © Denis Vernet, <em>Wikimedia commons, </em>CC 4.0<em> </em>
Semis direct d’hiver dans un couvert végétal, produit de la photosynthèse pendant l’automne qui se transforme en engrais vert (Alpes-de-Haute-Provence). © Denis Vernet, Wikimedia commons, CC 4.0 

Et même sa raison d'être principale : éliminer les mauvaises herbes, est un service qu'il rend très imparfaitement, puisque les graines d'adventicesadventices ainsi enfouies peuvent parfaitement rester impunément enterrées cinq à sept ans sans pourrir ; ce que l'on a enfoncé en année N ressortira donc immanquablement et en excellente forme en année N+1 !

Il est bien évident que si on active la photosynthèse pendant l'été au lieu de laisser les champs nus, on capte beaucoup plus de carbone atmosphérique, qui a vocation ensuite de rester dans le sol, et donc on contribue activement à refroidir la planète ! On voit ici un semis direct dans ces plantes de couverture, qui se transforment en engrais, après avoir capté au passage un maximum d'azote et de carbone atmosphérique.

Enherber les vergers et les vignobles maximise la photosynthèse sans nuire à la production, une pratique qui se répand de plus en plus. © Jackmac34, Pixabay, DP
Enherber les vergers et les vignobles maximise la photosynthèse sans nuire à la production, une pratique qui se répand de plus en plus. © Jackmac34, Pixabay, DP

Changer de pratiques pour une agriculture de conversation des sols

En fait en pratiquant cette agriculture dite de conservation des sols, on fait une pierre deux coups : on maximise l'efficacité de la photosynthèse en captant beaucoup plus de carbone, et on protège la vie des sols qui nous le rend bien en digérant beaucoup plus efficacement la végétation ainsi produite pour fixer vraiment ce carbone dans les sols ; et en fin de compte un sol très chargé en carbone et en micro-organismesmicro-organismes de toutes sortes est beaucoup plus fertile.

De plus, une agriculture sans labour pourrait en Europe abaisser jusqu'à deux degrés les températures extrêmes des vaguesvagues de chaleurchaleur, offrant ainsi une option pour réduire les effets du réchauffement climatiqueréchauffement climatique. Le sans-labour permet en effet de maintenir des résidus sur les terres après les récoltes, lesquels réfléchissent nettement plus les rayonnements solaires, réduisant ainsi la quantité de chaleur absorbée.

Fétuque rouge, une graminée utile. © Bildoj, <em>wikimedia commons</em>, CC 3.0
Fétuque rouge, une graminée utile. © Bildoj, wikimedia commons, CC 3.0

Un exemple est fourni par les prairies permanentesprairies permanentes : elles accumulent d'énormes quantités de matières organiques, essentiellement sous forme de racines et micro-organismes, de manière relativement stable sur de longues duréesdurées, puisqu'elles ne font pas l'objet de labours ni d'épandageépandage d'engrais. Mais dans le monde, depuis 1850, une grande partie de ces prairies ont été converties en champs ou urbanisées, perdant ainsi par oxydation de grandes quantités de carbone. Les quantités captées dépendent du type d'espècesespèces qui sont cultivées ; parmi les graminéesgraminées, il semble que la fétuque rouge fasse partie des plus efficaces, mais en la matière, le secret est le mélange d'espèces complémentaires : une bonne prairie en compte souvent plusieurs dizaines, entre les graminées et les légumineuses.

Pour une transition pérenne et adaptée

Avec ces nouvelles techniques agricoles on peut donc engager un véritable cercle vertueux, et poursuivre trois buts en même temps : nourrir l'humanité, améliorer la fertilité et la biodiversité des sols, et refroidir la planète !

Rien de tel qu’une prairie permanente pour fixer durablement du carbone. © JaclouDL, Pixabay, DP
Rien de tel qu’une prairie permanente pour fixer durablement du carbone. © JaclouDL, Pixabay, DP

Notons cependant que cette technique vertueuse nécessite d'être poursuivie sur une longue période, car en fait le stockage de carbone dans les sols est temporaire et réversibleréversible ; tout abandon de cette pratique conduit au mouvementmouvement inverse de minéralisation et déstockage de carbone... Si l'on met en place des systèmes publics d'aide à cette activité il faut donc qu'ils soient pérennes !

Au total c'est donc par une combinaison de multiples techniques que l'agriculture peut se remettre à stocker du carbone : plantation de forêts et de haieshaies évidemment, mais plus généralement agroforesterieagroforesterie, couverture permanente des sols, semis direct, prairie naturelle, enherbement des vergers et des vignes, etc. Et soulignons que cette technique n'empêche absolument pas de produire de la nourriture pour nos contemporains !