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    Le glyphosateglyphosate, toujours à l'ordre du jour, j'ai décidé de revisiter un dossier rédigé début 2021 sur les différentes manières de se passer de cette molécule (ou de diminuer fortement son utilisation), tout en continuant malgré tout à produire, beaucoup, pour nourrir l'humanité. C'est un défi considérable, humain, technique et financier.

    Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé dans le monde, et en France. © Gerduess, Fotolia
    Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé dans le monde, et en France. © Gerduess, Fotolia

    En effet, même si la substance activesubstance active est approuvée au niveau de l'Union européenne (UE), chaque État reste chargé d'autoriser les produits contenant du glyphosate et pourrait donc adopter des restrictions selon les spécificités locales et les effets sur l’environnement, dans le cadre des critères fixés par Bruxelles.

    La France s'était engagée à l'interdire purement et simplement, sans attendre les décisions européennes... Ça n'a finalement pas été possible. Il n'a été supprimé que là où cela a été jugé le plus indispensable et le plus facile : dans les espaces publics (depuis 2017), chez les particuliers (depuis 2019), sur les voies ferrées de la SNCF (depuis 2021). Nul doute que d'autres restrictions apparaîtront dans les mois et les années qui viennent, sans attendre la fin de cette autorisation européenne qui court maintenant jusqu'à 2033. En Europe, seuls l'Autriche et le Luxembourg ont annoncé avoir cessé de l'utiliser, en théorie...

    Le glyphosate est encore massivement utilisé par les agriculteurs français (non bio), dont beaucoup estiment ne pas avoir de solutions de remplacement. En 2014 et 2018, années record, il s'en était vendu 9 500 tonnes ; on était tombé à 5 900 tonnes, pour remonter ensuite ; il semble que les ventes 2022 aient été du même ordre. © Graphique de Bruno Parmentier à partir de chiffres du ministère de l’Agriculture.
    Le glyphosate est encore massivement utilisé par les agriculteurs français (non bio), dont beaucoup estiment ne pas avoir de solutions de remplacement. En 2014 et 2018, années record, il s'en était vendu 9 500 tonnes ; on était tombé à 5 900 tonnes, pour remonter ensuite ; il semble que les ventes 2022 aient été du même ordre. © Graphique de Bruno Parmentier à partir de chiffres du ministère de l’Agriculture.

    Que le glyphosate soit cancérigène ou non, ses jours sont comptés

    Malgré ce que pense une bonne partie de la population française, il n'est nullement prouvé que le glyphosate soit réellement cancérigène !

    En fait, une seule agence internationale, le Centre international de recherche sur le cancercancer (CIRC), l'a classé comme « cancérogènecancérogène probable » en 2015 (probable, non certain), au même titre que la viande rouge, les boissons à plus de 65°, l'alcool, les lampes à bronzer ou le travail de nuit. Mais nettement moins que le tabac, l'alcool, les viandes transformées, la pilule contraceptivepilule contraceptive, la pollution de l'air, ou la poussière de cuir et de boisbois.

    Il précise que les peintres, les fumeurs passifs et les soudeurssoudeurs risquent davantage d'avoir un cancer que les personnes exposées au glyphosate (on parle bien des agriculteurs utilisateurs de glyphosate, pas des consommateurs de fruits et légumes).

    Toutes les autres agences internationales qui se sont prononcées sur le sujet l'ont classé comme non cancérigène : les Nations unies (FAOFAO et OMSOMS), l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire française), l’Efsa (Autorité européenne de sécurité alimentaire), l’Echa (Agence européenne des produits chimiques), l’EPA (Agence américaine de protection de l'environnement), l’Osav (Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinairesvétérinaires), l’Arla - PMRA (Agence canadienne de réglementation de la lutte antiparasitaire), la RDA, l’APVMA (Autorité australienne des pesticidespesticides et médicaments), la FSC (Forest Stewardship CouncilForest Stewardship Council), la NZ EPA (Agence de protection de l'environnement néo-zélandaise) et le BFR (Institut fédéral allemand d'évaluation des risques).

    Les détracteurs du glyphosate ont évidemment tendance à ne mettre en avant que l'étude du CIRC. Ils déclarent que toutes les autres agences ont été infiltrées et manipulées par Monsanto (devenu Bayer, une firme allemande, ce qui peut expliquer l'abstention de ce pays lors des votes, malgré la forte influence des écologistes dans ce pays). Il est vrai que cette firme a une longue expérience de la manipulation. Mais, dans ce domaine, tout le monde influence tout le monde.

    Côté Monsanto, la longue enquête journalistique dite des « Monsanto papers » a montré que la société avait, dès les années 1980, connaissance de sérieux doutes planant sur la sûreté de ses produits. Et qu'elle s'est alors engagée dans une véritable guérilla scientifique et médiatique : elle a en particulier amendé et coécrit des articles signés par des experts qu'elle présentait comme indépendants, pour contrer les études qu'elle jugeait gênantes.

    De là à penser qu'elle a réussi à manipuler totalement 15 instances internationales de pays différents, il y a quand même un pas qui reste difficile à franchir. Et en plus, pourquoi aurait-elle échoué dans le seul cas du CIRC ? Une des explications pourrait venir du point de vue : le CIRC affirme que le glyphosate est objectivement un poison ; celui qui en boirait directement un litre se trouverait fort mal (d'ailleurs c'est malheureusement une méthode de suicide utilisée par des agriculteurs indiens ruinés...). Les autres instances, elles, parlent de l'utilisation concrète en conditions réelles et affirment que conduire un tracteur qui traîne un épandeur dans les champs ne conduit pas automatiquement au cancer !

    Côté détracteurs, l'affaire des « pisseurs de glyphosate », très médiatisée par la télévision en 2018, a montré des personnalités surprises de découvrir qu'elles avaient du glyphosate dans leurs urines. Elle a néanmoins fini un peu « en eau de boudin » quand un syndicat agricole a montré que le laboratoire Biocheck qui avait fait les analyses était peu fiable, car il utilisait la technique controversée « Elisa ». D'autres laboratoires plus classiques ne détectaient rien par chromatographie, y compris chez les agriculteurs utilisateurs fréquents de glyphosate. En fait, les conditions de prélèvement, entre autres, influent considérablement sur les résultats.

    De plus, rien n'était dit sur l'impact possible des doses minuscules qui avaient été retrouvées, moins d'un microgramme par litre (µg/L), donc moins d'un pour un milliard, ce qui correspond à quelques gouttes dans une piscine olympique. D'ailleurs, progressivement, avec l'amélioration des techniques de détection, on finira bien par trouver dans un corps humain une molécule de tout (le jour où nos appareils détecteront une fraction de goutte dans l'équivalent de dizaines de piscines olympiques).

    De plus, ne négligeons pas le fait que si notre organisme évacue le glyphosate à travers l'urine, cela veut bien dire qu'il le stocke peu dans notre corps. On a donc à la fois des doutes sur la fiabilité des résultats et sur l'interprétation des données.  Les anti-OGM, en particulier, ont fortement relayé la campagne des « pisseurs de glyphosate » ! Mais, au final, le parquetparquet de Paris a fini par classer sans suite les 5 400 plaintes qui avaient été déposées.

    Une autre affaire qui a défrayé la chronique a consisté à montrer à la presse des souris qui avaient développé des tumeurstumeurs cancéreuses après avoir mangé des céréalescéréales traitées au glyphosate. La communauté scientifique a démontré que cette étude était manipulatoire par de nombreux biais, et ne prouvait rien d'autre que la farouche volonté de leurs auteurs à faire interdire ce produit.

    Ces rats étaient effectivement très spectaculaires, et ont réussi à impressionner beaucoup de gens, mais « l’affaire Seralini » a rapidement tourné court. © Criigen (voir sur <a title="OGM : l’étude Séralini retirée de la littérature scientifique" href="//www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-ogm-etude-seralini-retiree-litterature-scientifique-50639/">Futura</a>)
    Ces rats étaient effectivement très spectaculaires, et ont réussi à impressionner beaucoup de gens, mais « l’affaire Seralini » a rapidement tourné court. © Criigen (voir sur Futura)

    Ces doutes n'ont pas empêché plusieurs tribunaux américains d'intervenir dans cette controverse scientifique en condamnant très lourdement la firme Monsanto, en l'accusant d'avoir provoqué le cancer de certaines personnes, en particulier un jardinier qui l'épandait dans les cours d'école et les parcs publics.

    Ultérieurement, Timothy Litzenburg, l'avocatavocat qui avait obtenu cette condamnation, et accessoirement gagné beaucoup d'argent et de notoriété par ces procès, a été pris la main dans le sac en tentant d'extorquer la somme de 200 millions de dollars à un fabricant de pesticides dont les produits entraient dans la fabrication du Roundup. Il a été condamné à deux ans de prison. Timothy Litzenburg, défenseur ou affairiste ?

    Il est donc très difficile de se faire une véritable idée sur la dangerosité de cet herbicide qui paye, en fait, pour les autres. Son nom est maintenant universellement connu car il est le plus utilisé dans le monde et en France. Du coup, on ne fait pas la distinction entre les centaines de différentes préparations dans lesquelles il intervient, pour de très nombreuses firmes. La formule est tombée depuis longtemps dans le domaine public et tous les fabricants de pesticides ont fini par l'utiliser.

    Et pendant ce temps-là, on ne parle pas des très nombreux autres herbicides qui sont largement épandus, par centaines ou milliers de tonnes en France (prosulfacarbe, S-métolachlore, pendiméthaline, chlortoluron, etc.). Ni surtout des fongicides et insecticides, eux aussi utilisés en grandes quantités et généralement considérés comme plus dangereux pour la santé humaine, puisqu’ils attaquent des animaux, des virus et des champignons, et non de « simples » plantes. © Wikimedia commons, DP
    Et pendant ce temps-là, on ne parle pas des très nombreux autres herbicides qui sont largement épandus, par centaines ou milliers de tonnes en France (prosulfacarbe, S-métolachlore, pendiméthaline, chlortoluron, etc.). Ni surtout des fongicides et insecticides, eux aussi utilisés en grandes quantités et généralement considérés comme plus dangereux pour la santé humaine, puisqu’ils attaquent des animaux, des virus et des champignons, et non de « simples » plantes. © Wikimedia commons, DP

    Mais il est probable que les jours du glyphosate sont comptés, au moins en France, car les politiques ont décidé d'en faire un exemple de leur bonne volonté écologique. À relativement court terme, il finira donc par être aussi condamné pour l'agricultureagriculture, et les agriculteurs vont devoir apprendre à produire efficacement sans cet outil qu'il trouvait tellement commode, performant et peu onéreux.

    Dans ce dossier, faisons le point sur le glyphosate dans l'agriculture, ce désherbantdésherbant si controversé. 

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