La hausse des températures pourrait entraîner une concentration deux fois plus élevée en arsenic dans le riz récolté en 2100, avec pour conséquence une chute de rendement de 40 %. Une catastrophe pour les habitants dont l’alimentation repose en grande partie sur cette céréale, mais aussi pour tous les consommateurs de riz dans le monde, qui risquent de manger du riz davantage contaminé.

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Plusieurs études ont déjà mis en évidence l'impact négatif d'une hausse des températures et du CO2 atmosphérique sur le riz, avec notamment des grains plus petits ou moins riches en nutrimentsnutriments (voir ci-dessous). Mais un autre facteur pourrait faire encore plus chuter les rendements : l'arsenicarsenic. Selon une nouvelle étude parue le 1er novembre dans Nature Communications, le réchauffement climatiqueréchauffement climatique va entraîner un doublement de la concentration en arsenic inorganique dans le riz avec, pour conséquence, un effondrementeffondrement des rendements de 40 %.

Les microbes libèrent l’arsenic inorganique dans l’eau

Dans de nombreuses régions du monde, notamment au Bangladesh et en Chine, l'arsenic naturellement présent dans la roche contamine les nappes phréatiquesnappes phréatiques qui alimentent les stations de pompage en eau potable. Il est soit stocké sous forme minérale dans le sol, inaccessible aux plantes, soit il reste dilué dans l'eau sous forme inorganique et peut être absorbé par les plantes. Or, le riz, dont les racines poussent dans l'eau, est particulièrement sensible à l'arsenic inorganique. À chaque cycle d'irrigationirrigation avec de l'eau contaminée, l'arsenic s'accumule dans le sol.

« Or, le sol regorge de bactériesbactéries et micro-organismesmicro-organismes qui déterminent si l'arsenic reste sous forme minérale ou s'il passe sous forme inorganique », explique Scott Fendorf, coauteur de l'étude et professeur à l'université de Stanford. Sous l'effet de la hausse des températures, les micro-organismes relâchent une plus grande partie de l'arsenic dans l'eau qui va donc s'accumuler dans le riz. « Une fois absorbé par la plante, l'arsenic inhibe l'absorptionabsorption des nutriments et diminue la croissance et le développement des plantes », poursuit Scott Fendorf.

L’impact du réchauffement climatique et de l’arsenic sur le rendement du riz. Barres pleines : variations du rendement avec des faibles teneurs en arsenic (7,3 mg/kg). Barres quadrillées : variations du rendement avec des fortes teneurs en arsenic (24,5 mg/kg). <i>© </i>E. Marie Muehe et al, <i>Nature Communications, </i>2019<i>.</i>
L’impact du réchauffement climatique et de l’arsenic sur le rendement du riz. Barres pleines : variations du rendement avec des faibles teneurs en arsenic (7,3 mg/kg). Barres quadrillées : variations du rendement avec des fortes teneurs en arsenic (24,5 mg/kg). © E. Marie Muehe et al, Nature Communications, 2019.

L’arsenic, deux fois pire que le réchauffement climatique pour le riz

Dans leur expérience, les chercheurs ont recréé en serre les conditions d'un réchauffement de 5 °C et d'une concentration atmosphérique en CO2 double de celle d'aujourd'hui (scénario le plus pessimiste du GIECGIEC). Ils ont fait varier la teneur en arsenic du sol de 7,3 mg/kg à 24,5 mg/kg, correspondant à des arrosages plus fréquents en eau contaminée. Ils ont constaté un doublement de la teneur en arsenic dans le riz ainsi qu'une chute de rendement de 40 %, encore plus forte que celle attribuée au changement climatique seul (16 %). Autrement dit, l'arsenic est un facteur négatif pire que le réchauffement climatique pour le rendement du riz.

Les jeunes enfants très exposés au riz contaminé à l'arsenic

« En 2100, la TerreTerre comptera environ 10 milliards d'habitants, ce qui signifie que 5 milliards de personnes seront dépendantes du riz pour leur alimentation », alerte Scott Fendorf. L'autre problème, c'est que l'arsenic n'est pas seulement toxique pour le riz, mais aussi pour les humains. Sur le long terme, ce semi-métal entraîne des lésions cutanées, des troubles digestifs et des cancerscancers. Un lien a aussi été établi avec les maladies cardiovasculairesmaladies cardiovasculaires et le diabètediabète. Les contaminationscontaminations ont lieu via l'eau de boisson, mais surtout par les aliments dont les cultures ont été irriguées par l'eau chargée en arsenic -- notamment le riz.

« C'est très préoccupant pour les jeunes enfants, s'inquiète E. Marie Muehe, l'auteur principale. Comme ils sont plus petits, cela signifie qu'ils absorbent plus d'arsenic par rapport à leur poids corporel ». En 2018, le Conseil supérieur de la Santé belge recommandait de limiter la consommation de riz pour les femmes enceintes et les enfants, et de faire bouillir le riz dans une grande quantité d'eau.


Moins de nutriments dans le riz à cause du réchauffement climatique

Article de Nathalie Meyer publié le 29/05/2018

Le riz est l'ingrédient de base de l'alimentation de millions de personnes dans le monde. Mais selon des chercheurs, sous l'effet du réchauffement climatique, ce dernier pourrait perdre de ses qualités nutritionnelles.

« Le réchauffement climatique et plus particulièrement, la présence de plus en plus importante de CO2 dans notre atmosphèreatmosphère, peut avoir un impact sur la teneur en nutriments des aliments que nous consommons », explique Adam Drewnowski, un professeur de l'université de Washington (États-Unis). Et son équipe de chercheurs apporte notamment aujourd'hui la preuve que le riz pourrait être touché.

Dans leurs expériences, ils ont testé 18 souches différentes de riz, plantées dans des champs ouverts et en quelque sorte arrosées de CO2 afin de simuler la situation atmosphérique telle qu'imaginée pour la seconde moitié du siècle. Une concentration en dioxyde de carbone comprise entre 568 et 590 ppmppm, pour à peine plus de 400 ppm aujourd'hui.

Si les résultats des chercheurs de l’université de Washington se confirment, les habitants de la Birmanie, du Laos ou du Cambodge – dont l’alimentation repose essentiellement sur le riz –, notamment, pourraient être menacés de malnutrition. © ecoyou, Pixabay, CC0 Creative Commons
Si les résultats des chercheurs de l’université de Washington se confirment, les habitants de la Birmanie, du Laos ou du Cambodge – dont l’alimentation repose essentiellement sur le riz –, notamment, pourraient être menacés de malnutrition. © ecoyou, Pixabay, CC0 Creative Commons

Plus de CO2, moins de nutriments

Résultats, les teneurs en fer, zinczinc, protéinesprotéines et vitamines B1, B2, B5 et B9 étaient moindres dans le riz cultivé dans des conditions de CO2 élevé. De plus de 17 % pour la vitamine B1 et de presque 17 % pour la vitamine B2vitamine B2 par exemple.

Sachant que dans certains pays, le riz représente 70 % des caloriescalories et la majeure partie des nutriments ingérés par les populations, l'inquiétude est grande. Cette perte nutritionnelle pourrait être à l'origine de carencecarence alimentaire chez des millions de personnes et entraîner notamment des troubles du développement cognitif et du système immunitaire.