Les chercheurs voyaient dans « la dernière zone de glace », un refuge pour certaines espèces comme l’ours polaire. Mais la région pourrait être plus vulnérable au réchauffement climatique qu’ils ne l’envisageaient. © Kristin Laidre, Université de Washington
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Arctique : « la dernière zone de glace » est menacée par le réchauffement climatique

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[EN VIDÉO] Tuvaijuittuq, une zone de protection marine dans « la dernière zone de glace » de l’Arctique  Alors que l’Arctique est plus durement touché par le réchauffement climatique anthropique que n’importe quel autre endroit de la Terre, les autorités canadiennes ont décidé de classer « zone de protection marine », une région baptisée Tuvaijuittuq, comprenez « l’endroit où la glace ne fond jamais ». Avec la fonte des glaces, cette région pourrait devenir un refuge pour les ours polaires, les morses, les phoques et les poissons. © Pêches et Océans Canada 

Les ours polaires pourront-ils toujours trouver refuge sur « la dernière zone de glace » ? Aujourd'hui, les chercheurs n'en sont plus sûrs. Ils révèlent qu'une partie au moins de la région est plus vulnérable au réchauffement climatique qu'ils ne l'avaient envisagé.

« La dernière zone de glace ». Des centaines de milliers de kilomètres carrés. Quelque part au large du Groenland. C'est la région du monde où l'on trouve la glace de mer la plus épaisse. La plus ancienne aussi. Elle forme un abri pour des algues essentielles à l'écosystème. Et au plus chaud de l'été, elle constitue un refuge pour certains animaux comme les ours polaires ou les morses.

Dans le contexte de réchauffement climatique anthropique, les chercheurs l'envisageaient même depuis quelque temps comme le dernier refuge de ces espèces dépendantes de la glace. Car la glace de mer, dans sa circulation naturelle à travers l'Arctique, a tendance à s'accumuler dans cette « dernière zone de glace ». Et lorsque les modèles climatiques nous font avancer dans le cours de ce siècle, elle est celle où la glace se maintient le plus longtemps l'été.

La zone concernée par les travaux des chercheurs de l’université de Washington (États-Unis) est ici entourée de noir. La dernière zone de glace apparait en grisé. © Schweiger et al., Communications Earth & Environment

Mais des travaux menés par l'université de Washington (États-Unis) font aujourd'hui la preuve de sa vulnérabilité. L'étude s'est concentrée sur l'état de la glace de mer dans la mer de Wandel durant le mois d'août 2020. Cette zone s'étendant du nord-est du Groenland jusqu'au Svalbard était autrefois recouverte toute l'année d'une épaisse couche de glace pluriannuelle. Or certaines parties de la dernière zone de glace ont déjà commencé à décliner. Le 14 août 2020, les images satellites ont même montré un amincissement record de 50 % ! Alors même que l'épaisseur de glace de mer au début de l'été était proche de la normale.

Le 16 août 2020, le Polarstern, le brise-glace allemand, se trouvait dans la dernière zone de glace pour l’expédition Mosaic. Deux jours plus tôt, la concentration en glace mesurée là n’était que de 50 % par rapport à celle habituelle. Un record ! © Felix Linhardt, Université de Kiel

La faune s’y adaptera-t-elle ?

C'est ce phénomène que les chercheurs ont voulu éclairer. Grâce à des données satellites et à des modèles. Ils en concluent que 80 % de l'amincissement observé étaient dus à des facteurs liés aux conditions météorologiques. Des vents inhabituels qui ont déplacé la glace de mer en dehors de la zone, par exemple. Mais les 20 % restants provenaient de l'amincissement à long terme de la glace de mer dû au réchauffement climatique.

Les chercheurs expliquent que cet amincissement permet à davantage de lumière du soleil de réchauffer l’océan. Puis, lorsque les vents se lèvent, cette eau chaude fait fondre les banquises voisines. Ainsi, même lorsque des plaques de glace anciennes et épaisses arrivent dans la région -- comme cela a été le cas au cours de l'hiver et du printemps 2020 --, cela n'aide pas autant que les chercheurs le pensaient. Car il y a là déjà suffisamment de glace plus mince qui fond et expose l'océan à un réchauffement.

Ces résultats semblent inquiétants. Mais les chercheurs soulignent qu'il faudra plus de données pour savoir s'ils peuvent être étendus à l'ensemble de « la dernière zone de glace ». Selon eux, ces travaux soulèvent finalement plus de questions qu'ils n'apportent de réponses quant à l'avenir des populations qui vivent dans la région.

Pour en savoir plus

Les arches qui maintiennent « la dernière zone de glace » en Arctique sont en train de céder

Les chercheurs la pensaient solide. Capable de résister longtemps au réchauffement climatique anthropique. Mais de nouveaux travaux montrent que la dernière zone de glace de l'Arctique est plus menacée qu'attendu.

Article de Nathalie Mayer paru le 16/01/2021

Des chercheurs de l’université de Toronto (Canada) ont étudié les arches de glace — ici en forme de « u » inversé — qui se forment dans le détroit de Nares, dans « la dernière zone de glace » de l’Arctique. © MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC

Au fil des saisons, la glace de mer arctique fond et se reforme dans un cycle naturel. Un cycle naturel perturbé dernièrement par le réchauffement climatique anthropique qui touche la région deux à trois fois plus rapidement que la moyenne. Mais dans le nord de l'archipel arctique canadien et du Groenland, se trouve une région jusqu'à présent préservée. Sur des centaines de milliers de kilomètres carrés d'océan. La glace de mer la plus ancienne et la plus épaisse du monde. Une région que les scientifiques appellent « la dernière zone de glace ».

L'ennui c'est que des chercheurs de l’université de Toronto (Canada) suggèrent aujourd'hui que cette dernière zone de glace -- celle que l'on imaginait pouvoir constituer un refuge pour les ours polaires ou les morses -- pourrait être plus menacée qu'on le pensait. Selon eux, avec le réchauffement climatique, cette glace de mer pourrait non seulement fondre, mais même flotter vers le sud pour fondre plus rapidement encore au contact d'une eau plus chaude.

Grâce à des données satellites très précises, les chercheurs ont pu étudier les arches de glaces qui maintiennent la banquise dans la région. Et le long du détroit de Nares -- un passage de l'océan Arctique situé entre l'île Ellesmere et le Groenland --, ces arches apparaissent de moins en moins stables.

Sur ces images, l’arche de glace qui s’est formée au sud du détroit de Nares en 2020. En haut, l’arche retient la glace de mer. En bas, la glace s’écoule vers le sud après l’effondrement de l’arche. © ESA

Des arches de glace fragilisées

Rappelons que ces arches de glace se forment lorsque la température baisse. Des plaques de glace convergent sur le détroit de seulement 40 kilomètres de large. Elles parviennent ainsi à bloquer le mouvement de la glace pluriannuelle. L'empêchant de filer du nord vers le sud. Mais au cours de ces vingt dernières années, les chercheurs observent que ces arches se désagrègent de plus en plus tôt dans l'année.

« Avant, les arches de glaces persistaient environ 200 jours par an. Aujourd'hui, elles ne sont plus présentes que sur quelque 150 jours », commente Moore, physicien de l'atmosphère, dans un communiqué de l’université de Toronto. Le résultat tout simplement d'une glace plus mince, pensent les chercheurs.

Ainsi une nouvelle menace semble planer sur l'ensemble de l'écosystème local. Sans glace de mer, ce ne seront pas que les ours polaires qui souffriront. Celles que l'on appelle les algues de glace et qui participent au cycle du carbone, de l'oxygène et des nutriments dans la région pourraient disparaître également. Mettant en péril le fragile équilibre local. Une action à l'échelle locale ne sera pas suffisante à inverser la tendance. « La seule chose que nous pouvons faire, c'est de refroidir la planète. Ensuite, nous espérons que les arches se reformeront naturellement et que la dernière zone de glace agira comme une sorte de graine pour aider la glace de mer à se reconstituer », conclut Kent Moore.

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