Le communications sonores entre les phoques pour l'accès à un territoire ou à des femelles sont perturbées par les bruits d'origine anthropique. © Greg Lecoeur
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Le chant de l'océan s'incline devant l'Homme

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Depuis plusieurs années, le « monde du silence » de Cousteau a montré qu'il était en réalité rempli de bruits et le paysage acoustique sous-marin a changé depuis que l'Homme a largement investi les océans. Les sons produits par les activités humaines mettent aujourd'hui la vie marine en péril.

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Les courants océaniques génèrent de petites tempêtes de sable, charrient des blocs de roche et font claquer les laminaires. Les gouttes de pluie frappent l'océan, le vent souffle, les vagues se brisent sur le rivage et les bulles vont éclore à la surface de l'eau. Les coquilles Saint-Jacques frappent délicatement leurs valves lorsqu'elles nagent, les pinces des homards cliquètent pour intimider leurs congénères ou prédateurs ; quant à celles de la crevette pistolet, elles émettent un son puissant lorsqu'elles génèrent un jet d'eau qui assomme proies et ennemis. Ces sons sont ceux que vous auriez pu entendre le plus avant que les activités humaines n'affectent largement la vie dans les océans du globe... Mais, depuis le début de l'Anthropocène, ils se sont inclinés devant le vacarme produit par l'Homme.

Sons émis par les animaux marins et les activités humaines dans les océans et spectre potentiel de réception de ces sons par plusieurs groupes d'espèces marines. © Duarte et al., 2021

Sous les vagues, le bruit

Les bruits des bateaux à moteur, des sonars, des sons de synthèse et des répulsifs sonores occupent maintenant le paysage acoustique de l'océan mondial. Les sons générés par les activités humaines telles que les forages au large et les moteurs de bateaux occupent surtout une gamme de fréquences qui correspond à celle d'émission et de réception de nombreux organismes marins. Ces sons perturbent les systèmes de navigation des cétacés et le comportement de métamorphose des larves planctoniques -- dont les systèmes auditifs sont le résultat de milliers d'années d'évolution -- qui ne peuvent s'adapter si rapidement à un tel changement du paysage sonore.

Si la surpêche est souvent évoquée comme responsable des menaces sur la biodiversité marine, la densité des populations est moins souvent attribuée aux impacts de la pollution sonore. Pourtant, le paysage sonore est crucial pour le maintien des espèces et des populations aquatiques. Les événements de ponte chez les mérous et la morue de l'Atlantique sont synchronisés par des sons qu'ils génèrent entre eux, les groupes de baleines communiquent mutuellement lors des migrations entre bassins océaniques et les poissons crapauds génèrent des bruits pour attirer les femelles vers leur nid.

L'occupation par les activités anthropiques, en matière d'espace, de temps et d'intensité du territoire acoustique, perturbe donc les interactions biologiques et la pérennité des populations, elle modifie les écosystèmes. Le changement climatique rapide provoqué par les activités humaines au cours de l'Anthropocène a également modifié les sons auxquels les animaux marins pouvaient jadis se fier. La fonte de la banquise modifie par exemple les sons perçus dans l'océan Arctique, l'énergie accrue des tempêtes tropicales augmente la force des vents ainsi que les précipitations, et donc les signaux sonores provenant de la surface de l'eau.

Cependant, et contrairement aux sources de pollution persistantes dans l'environnement telles que le CO2 atmosphérique et les polluants organiques, lorsqu'une source sonore disparaît, la nuisance sur l'environnement cesse. Il est donc crucial aujourd'hui de développer des solutions permettant d'atténuer les perturbations sonores que l'Homme induit dans l'océan en élaborant des éoliennes flottantes, des systèmes de propulsion moins bruyants et en réduisant le trafic maritime.

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