Sur le site de Tchernobyl, la nature a petit à petit repris ses droits, mais accompagnée quelques modifications génétiques. © Fotokon, Adobe Stock
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Tchernobyl : 36 ans après, comment la nature y a repris ses droits ?

ActualitéClassé sous :Environnement , Biodiversité , radioactivité

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl s'emballait, alors que les ingénieurs y effectuaient une manœuvre de maintenance, déclenchant le plus gros accident nucléaire que l'histoire ait jamais connu. Aujourd'hui, la nature a repris majoritairement ses droits sur le site, mais comment ?

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[EN VIDÉO] Retour à Tchernobyl 30 ans après la catastrophe  En 1986, le réacteur de Tchernobyl, en Ukraine, alors en URSS, fut l'objet d’un accident sans précédent. Lors d’un exercice, la puissance du réacteur n° 4 a augmenté jusqu’à entraîner une explosion. La chaîne Discovery Science revient sur cette tragédie dans un documentaire diffusé ce mardi 26 avril 2016, à 19 h 50, et dont voici un extrait. 

Après l'emballement du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl le 26 avril 1986, s'ensuivit une dissémination de la radioactivité dans toute l'Europe, même en France, mais surtout dans ce qui est appelé la zone d’exclusion, un périmètre de 30 kilomètres autour de la centrale. Différents types de rayonnements ont été émis puis absorbés ensuite par l'environnement, y créant de nombreuses modifications que les scientifiques tentent depuis de comprendre.

Carte des zones contaminées en 1996. © IRSN

Pour cela, pas une seule mais plusieurs méthodes différentes sont utilisées, qui se basent toutes sur le même principe : le recueil et l'analyse de données de terrain. Comptage de population, de traces de pas dans la neige pour en déduire le nombre d'individus, reconstruction des doses absorbées : chaque détail compte. Cumulée avec des connaissances en radiobiologie, l'observation du terrain permet aux chercheurs de recréer l'évolution des populations à Tchernobyl, qu'elle soit en nombre ou même en caractéristiques, et d'en déduire les réelles conséquences de cet accident sur la biodiversité.

Faune et flore se sont adaptées à la radioactivité

Car la radioactivité induit des modifications génétiques différentes selon les individus. Le terme « radioactivité » peut d'ailleurs désigner différents types d'éléments : des atomes dans un état dit instable, qui vont décroître petit à petit selon leur durée de vie, ou des rayonnements gamma qui proviennent de réactions nucléaires. D'autres rayonnements sont émis lors de telles réactions, mais ils ne peuvent traverser que des courtes distances, inférieures au centimètre, comme les particules alpha et bêta. Mais, comment ces rayonnements sont-ils ensuite disséminés puis absorbés ? Dans un rapport, l'IRSN schématise la contamination de l'environnement : par l'eau, par les plantes, par les animaux, les rayonnements se faufilent partout et restent ensuite stockés principalement dans les sols, d'où l'inquiétude suite à l'occupation des Russes sur le site.

Les radioéléments émis peuvent s'intégrer dans l'environnement de différentes façons. © IRSN

Dans les végétaux, si au moment de l'accident les éléments radioactifs sont surtout absorbés par les feuilles, une fois cette première phase passée, tout se transmet par les racines : plus de radioactivité dans l'air, donc toute la contamination est en interne. La radioactivité diminue ensuite petit à petit, au rythme de croissance des végétaux et selon les désintégrations progressives de chaque élément : par exemple l'iode 131 disparaît vite tandis que le césium 137 reste. 

Les retombées atmosphériques sèches et humides se répartissent entre le couvert végétal et le sol. L’activité rémanente dans le sol est le résultat de ces processus de dépôt ; elle est présente en surface mais aussi en profondeur, en raison de l’infiltration de l’eau dans le sol. L’activité totale est exprimée en Bq/m², qui signifie Becquerel par mètre carré, donc en désintégration par seconde et par mètre carré. © IRSN

Des chercheurs se sont concentrés en particulier sur les pins japonais présents sur le site de Fukushima, une espèce très radiosensible aussi présente près de la centrale de Tchernobyl. Sur ce dernier site, ils ont notamment relevé une mort de 90 % des arbres dans un rayon de dix kilomètres autour des réacteurs, créant la « forêt rouge », progressivement remplacés par d'autres espèces comme des bouleaux ou d'autres arbustes. Quant aux pins restants, que ce soit à Fukushima ou Tchernobyl, le constat était le même : ils ont subi des modifications génétiques. Leur morphologie a changé, passant d'un axe principal, le tronc, avec des branches qui s'étendent de part et d'autre, à une apparence plus proche de celle d'un buisson. Plus exactement, ils ont constaté la « disparition du bourgeon sommital au profit des bourgeons latéraux », explique l'IRSN dans un rapport.

L’étude sur les pins japonais a mis en évidence une augmentation significative des anomalies morphologiques chez le pin en fonction du débit de dose ambiant du site d’observation. © IRSN

C’est toute la chaîne alimentaire qui a été impactée

Mais les végétaux n'ont bien sûr pas été les seuls impactés. Si aujourd'hui de nombreux animaux peuplent à nouveau la zone d'exclusion, juste après l'accident il n'en était rien : d'après une étude, une diminution de 60 % du nombre de grands mammifères a été observée pour une augmentation d'un facteur 10 de la dose, dans les milieux les plus contaminés. Aujourd'hui, ils sont revenus et sont issus des générations précédentes impactées par l'accident. Les études s'accordent là-dessus : dans ces espèces, il règne une plus grande diversité génétique que la normale parmi les individus, due aux multiples mutations génétiques qu'a causées la radioactivité ambiante.

Chez de multiples espèces d'oiseaux, des chercheurs ont constaté une diminution de la population en fonction de l'exposition aux radiations par une baisse de la fertilité, une conséquence bien connue des radiations sur le vivant. Ils ont mesuré un taux de fécondité de seulement 25 % en zone contaminée, entraînant une diminution rapide du nombre d'oiseaux. Chez les hirondelles spécifiquement, un taux élevé d'anomalies morphologiques, comme des malformations du bec, des tumeurs, de l'albinisme partiel, a été observé. Enfin, pour toutes les espèces d'oiseaux, une diminution de la taille du cerveau a été constatée, de 5 % en moyenne par rapport à des zones témoins dépourvues de radioactivité.

Peu d’études parviennent à conclure sur l’écosystème entier

Mais si ces études ont été réalisées sur la faune et la flore, un écosystème est bien plus que ça : il manque la prise en compte des interactions entre chaque espèce du lieu. Par exemple, une diminution de l'abondance d'oiseaux et d'insectes pollinisateurs a été constatée au niveau des zones les plus contaminées. Ou plus exactement, calculée à partir d'une observation réelle sur le terrain : la diminution de la quantité d'arbres fruitiers. Comme ces arbres dépendent des insectes pour la dispersion du pollen, et des oiseaux pour la dispersion des graines, leur évolution et celle de ces deux espèces sont étroitement liées. C'est ce que les chercheurs qualifient d'effets indirects.

Ici, des chevaux de Przewalski, réintroduits dans la zone d'exclusion en 1998. © Michale, Adobe Stock

Aujourd'hui, plus de trente-cinq ans après l'accident, la plupart des espèces sont de retour, mais de la radioactivité subsiste par le biais d'éléments qui se désintègrent lentement et qui sont stockés dans les sols. Le césium 137, par exemple, possède une période de demi-vie d'environ 30 ans, n'a diminué qu'à peine plus de 50 %. Le site reste visitable et bien moins dangereux, mais la prudence s'y impose.

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