Heïdi Sevestre, glaciologue. © Heïdi Sevestre, Futura
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« Notre avenir dépend des glaciers », l'édito spécial d'Heïdi Sevestre

ActualitéClassé sous :Environnement , gaz à effet de serre , COP26

[EN VIDÉO] Les 20 ans de Futura avec Heïdi Sevestre  À l’occasion des 20 ans de Futura, Heïdi Sevestre, glaciologue, s’associe à la rédaction pour vous proposer, tout au long de cette journée spéciale 100% cryosphère, des sujets exclusifs qui agitent la communauté des spécialistes du climat et des biologistes ! 

Fin octobre, la 26e Conférence des parties va commencer à Glasgow en Écosse. Après l'Accord de Paris de 2015, ces COP visent à fédérer les pays du monde pour ensemble ralentir nos émissions de gaz à effet de serre et ne pas dépasser une augmentation de 1,5 °C depuis les années 1850-70. Les attentes pour cette COP26 sont immenses, à la hauteur de l'inaction politique, de la frustration des scientifiques et la colère des jeunes générations. À l'occasion des 20 ans de Futura, j'ai décidé de vous en parler dans cet article. 

Découvrez sur notre page anniversaire tout le programme, nos invités, des contenus originaux...

Aujourd'hui, la situation est claire. Chaque énergie fossile que nous brûlons émet des gaz à effet de serre. Chaque tonne de gaz à effet de serre participe à l'augmentation des températures. Si nos émissions continuent d'augmenter globalement chaque année, comme c'est encore le cas aujourd'hui, nous dépasserons les 1,5 °C d'ici six ans, avec des conséquences pour lesquelles nous ne sommes pas prêts.

Au mois d'avril dernier, j'ai emmené mon équipe de scientifiques « Climate Sentinels » au cœur de la crise climatique. Ensemble, nous avons passé un mois sur l'île du Spitzberg, archipel du Svalbard, situé à mi-chemin entre le nord de la Scandinavie et le pôle Nord. Un environnement dominé par les glaces, la neige, le permafrost, qui est aujourd'hui la région se réchauffant le plus vite sur Terre. Pendant un mois, nous avons échantillonné la neige le long de notre traversée de l'île, afin de mieux comprendre comment la pollution atmosphérique contribue à accélérer la fonte de cet archipel. Car 70 % du réchauffement arctique s'explique par l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre et 30 % par la pollution aux particules fines. Noires et légères, elles peuvent voyager de pays pollueurs jusque dans l'Arctique et se déposent sur des surfaces propres, blanches, au gré des vents et des chutes de neige. Les surfaces blanches gigantesques de l'Arctique se retrouvent salies, s'assombrissent et absorbent plus de chaleur du soleil qu'avant. Comme nous, lorsque nous portons des vêtements noirs en été plutôt qu'une tenue blanche.

Après quelques heures de ski à travers des moraines difficiles, nous avons atteint le magnifique Recherchebreen. © Climate Sentinels
L’Arctique est loin de devenir une région plus hospitalière avec l’augmentation des températures

Plus rien n'est comme avant au Spitzberg. Depuis mon premier voyage là-haut pour mes études en 2008, j'ai pu observer des transformations radicales, même d'une année sur l'autre. Et 2021 avait plus d'un tour dans son sac. Cela fait des décennies que les scientifiques avertissent les pouvoirs publics sur le réchauffement des pôles. Au Svalbard, on prévoyait des extrêmes météorologiques, des conditions particulièrement instables, imprévisibles, dangereuses pour les populations locales. Et nous en avons eu clairement la démonstration. Alors que nous nous déplacions à ski, campions sous tente, nous avons pris la crise climatique en pleine face. Tempête sur tempête avec vents jusqu'à 140 kilomètres/heure nous forçant à nous enterrer dans le manteau neigeux. Risque d'avalanche au maximum dans ce qui est censé être un désert polaire, avec d'ordinaire peu de neige. Banquise si peu épaisse que chaque traversée de fjord était un calvaire... L'Arctique est loin de devenir une région plus hospitalière avec l'augmentation des températures.

L'archipel norvégien du Svalbard subit des transformations d'une année sur l'autre. © Climate Sentinels

Quand l'Arctique a de la fièvre...

Un Arctique qui a de la fièvre et c'est toute la Terre qui tremble. Chez nous, en France, nous subissons déjà la perte de la banquise, la disparition des glaciers terrestres, la fonte du permafrost. Nous n'y pensons peut-être pas tous les jours mais notre météo est largement dictée par ce qu'il se passe un peu plus au Nord. Nos sécheresses, nos inondations, nos périodes froides ou trop chaudes ont toutes un lien avec un pôle Nord qui transpire. Le niveau de l'Atlantique, de la Méditerranée ou de la mer du Nord est connecté à la fonte des glaces polaires. Que l'on habite au bord de la mer ou au sommet des montagnes, au fin fond des campagnes ou en centre-ville, personne n'est immunisé aux conséquences du réchauffement de l'Arctique.

Heureusement, il n'est pas encore trop tard pour éviter le pire. Mais ne nous le cachons pas, l'heure est à l'urgence, aux actions positives et efficaces. Ces six prochaines années vont dicter notre avenir sur les prochains siècles, voire sur des millénaires. On ne peut plus attendre qu'une décision politique soit prise à notre place ou qu'une technologie miraculeuse vienne nous sauver. C'est à nous tous de prendre notre destin en main et collectivement de participer au changement.

Expédition unique au cœur du Haut-Arctique, sur l'archipel norvégien du Svalbard. © Climate Sentinels

Mon travail aujourd'hui est d'étudier l'impact de la crise climatique sur la cryosphère, les régions de neige et de glace de la planète. Le permafrost, la banquise, les glaciers ou les grandes calottes polaires comme le Groenland et l'Antarctique rendent l'invisible visible. Alors que nous nous percevons l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère à l'œil nu, les glaces, elles, nous le démontrent en fondant, en se désintégrant, en disparaissant.

Notre avenir est intimement lié à celui de ces glaces

Notre avenir est intimement lié à celui de ces glaces. Elles renferment 70 % de l'eau douce sur Terre que l'on utilise déjà comme eau potable, pour produire de l'hydroélectricité ou refroidir des centrales nucléaires. Elles ont la capacité de dramatiquement changer la carte du monde en participant à l'augmentation du niveau des océans dès qu'elles fondent. Si l'Antarctique venait à perdre sa glace, c'est plus de 58 mètres d'augmentation du niveau des océans que nous subirions. Bref, la cryosphère, c'est essentiel à notre vie.

Nous le savons aujourd'hui, dépasser les 1,5 °C, pulvériser les limites de l'Accord de Paris, c'est condamner cette cryosphère à une disparition inexorable. 1,5 °C, c'est ne plus avoir de banquise en été en Arctique, ce qui perturbera violemment les conditions météo en France. 1.5 °C, c'est faire tomber le premier domino qui va entraîner une déstabilisation de la calotte du Groenland et de celle de l'Antarctique. 1,5 °C, c'est laisser le permafrost dégeler et lui permettre d'émettre autant de gaz à effet de serre qu'un pays comme l'Inde, rendant nos efforts de réduction d'émissions encore plus difficiles. Mais surtout, une fois ces 1,5 °C dépassés, nous ne pourrons plus arrêter ces phénomènes. Ils s'auto-alimenteront dans un cercle vicieux, que nous pourrons seulement ralentir avec bien des efforts, mais jamais stopper. 1,5 °C, c'est donc bien plus que de mettre « un pull en moins », c'est condamner des générations à une lutte contre un climat incontrôlable.

L'équipe de Climate Sentinels. © Climate Sentinels

Des actions pour éviter le pire

Alors que faire pour éviter le pire ? Comme je le dis souvent aux jeunes avec lesquels je travaille, le meilleur remède contre l'anxiété climatique c'est l'action. Et la première action que nous pouvons tous faire c'est déjà de s'éduquer sur ces sujets. Sur Futura, vous trouverez toute la matière nécessaire pour comprendre l'ampleur du challenge devant nous. La deuxième étape c'est d'oser calculer son empreinte carbone. Il m'en a fallu du temps pour que je regarde la vérité en face et comprenne que moi aussi, par ma façon de vivre et de travailler, je participais activement à la disparition des glaciers. On peut tous faire plus attention à ce que l'on mange, aux vêtements que l'on porte, à toutes ces décisions du quotidien qui influent sur nos émissions. Et enfin, la troisième étape peut être de s'engager. D'utiliser son cercle d'influence pour faire la différence. De soutenir des initiatives locales. De voter pour celles et ceux qui comprennent cette science, qui respectent les limites planétaires. Celles et ceux qui veulent agir pour notre avenir et celui des générations futures. C'est maintenant ou jamais.

L'avenir des glaces dépend de nous, et notre avenir dépend des glaces. Agissons urgemment, efficacement, durablement, votons pour celles et ceux qui comprennent les enjeux en place.


Vous le savez ?! Cette année, Futura fête ses 20 ans ! Et, à cette occasion, votre média préféré vous a concocté tout un tas de surprises. 

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