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Biocarburant : le « oui, mais… » du rapport de l’Ademe

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L'Ademe vient de présenter son nouveau rapport sur le bilan carbone des biocarburants. Il indique que les biocarburants de première génération, et plus particulièrement les biodiesels, ont un bilan carbone favorable par rapport aux carburants pétroliers... si l'impact du changement d'affectation des sols n'est pas pris en compte. S'il l'est, le bilan est beaucoup moins avantageux voire négatif, à moins d'entrer directement en compétition avec la production alimentaire.

Pompe à carburant proposant du biodiesel (diester) et du bioéthanol (E85). © David Reverchon CC by-nc-sa 2.0

L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) vient de rendre son nouveau rapport sur les biocarburants de première génération. Pour mémoire, on appelle biocarburants de première génération les biocarburants produits à partir de cultures alimentaires, par opposition aux carburants de deuxième génération, en développement, produits à partir de sources ligno-cellulosiques non alimentaires (déchets agricoles, paille, bois...).

Dans ce rapport sur l'analyse des cycles de vie (ACV) des biocarburants, l'Ademe a tenté de prendre en compte les impacts environnementaux des différents types de biocarburants pour estimer leur effet sur la réduction des émissions de carbone et des pollutions. Cette analyse du champ à la roue, c'est-à-dire de la production des matières premières jusqu'à la consommation automobile, s'est révélée difficile et le cas du changement d'affectation des sols (CAS) a dû être mis de côté.

Sans tenir compte de ce dernier paramètre, qui peut se révéler déterminant, le rapport de l'Ademe estime que l'utilisation des biocarburants réduit la production de gaz à effet de serre (GES).

25 à 50% de réduction de CO2 pour l’ETBE, jusqu’à 90% pour le biodiesel

Selon ces analyses, les réductions d'émissions de GES sont de l'ordre de 60 à 80% dans le cas de biodiesel produit à partir d'oléagineux (colza, soja, palmier à huile) et aux alentours de 90% pour le biodiesel à base de déchets alimentaires (huiles usagées, graisses animales).

Dans le cas de la filière éthanol, le bioéthanol réduit les émissions de 50 à 70%, tandis que l'ETBE (éthyl tertio butyl éther) ne permet une réduction que de 25 à 50%, car il demande plus d'énergie pour sa production.

Cliquer pour agrandir. Gains en réduction de la consommation des énergies non fossiles et des émissions de gaz à effet de serre. Deux types de biocarburants se démarquent : les biodiesels à partir de déchets, très avantageux, et les ETBE, moins avantageux. © Ademe

En ce qui concerne les autres impacts environnementaux, les potentiels d'eutrophisation des milieux et de toxicité humaine se rapprochent fortement de ceux de l'agriculture conventionnelle (lessivage de l'azote et produits phytosanitaires). Le potentiel de photo-oxydation (production d'oxydes d'azote et d'ozone) est beaucoup plus variable en fonction des biocarburants et des véhicules, pouvant aussi bien être positif que négatif par rapport aux carburants pétroliers.

Le changement d’affectation des sols, mauvais génie des biocarburants

Toutefois, si l'impact du changement d'affectation des sols est intégré dans l'ACV des biocarburants, le bilan carbone est en général fortement moins favorable, voire négatif. En effet, un sol en équilibre avec sa végétation capte et stocke une partie du carbone atmosphérique sous forme de matière organique (bois, humus, vase). Si cet équilibre est rompu, autrement dit si une parcelle de forêt, de prairie ou de zone humide est transformée en culture, le captage initial de CO2 s'arrête et les stocks sont en grande partie rejetés dans l'atmosphère.

Le bilan carbone d'un biocarburant produit sur de telles parcelles doit alors prendre ce phénomène en compte pour déterminer l'intérêt réel de son usage du point de vue des GES. C'est ainsi qu'une récente étude américaine a montré que la valorisation énergétique du maïs sous forme de bioéthanol conduisait à accroître les émissions de CO2.

Le rapport de l'Ademe conclut donc que « lorsque le développement de cultures énergétiques aboutit, directement ou indirectement, à la disparition de prairies, de zones humides ou de forêts primaires, le bilan de gaz à effet de serre des biocarburants peut se révéler négatif ».

Seules les hypothèses modérées à optimistes de l'impact du changement d'affectation des sols assurent aux biocarburants de conserver un bilan carbone favorable vis-à-vis des carburants pétroliers. En d'autres termes, il faut qu'il y ait conversion de cultures alimentaires actuelles en cultures énergétiques sans création de nouvelles cultures alimentaires à l'échelle mondiale. Cette situation implique une compétition entre production alimentaire et production énergétique qui peut avoir des répercussions mondiales sur les cours des matières agricoles et donc sur les risques de disette.

Le rapport de l'Ademe pointe donc du doigt les défauts des biocarburants de première génération : soit créer une compétition avec la production alimentaire, auquel cas leur bilan carbone est intéressant, soit entraîner la conversion de zones naturelles en parcelles agricoles, avec des effets négatifs sur leur bilan carbone (et sur la biodiversité). La solution durable pour produire du biocarburant semble donc être dans le développement de la deuxième génération, à base de « déchets » agricoles et dans la production hors sol, grâce à des micro-organismes. Ou encore dans la réduction de la consommation de carburant...

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