Le chien est l'ami de l'Homme depuis la nuit des temps. Mais pourquoi ? Les scientifiques pensent que c'est à cause de son grand cœur gros. © Standret, Adobe Stock

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Le chien est un grand sentimental et c'est génétique

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Ce lien qui unit le chien à l'Homme n'en finit pas d'interpeller ? Comment expliquer ses joyeux jappements, son attachement inconditionnel ? Est-ce de l'amour ? Ce concept relationnel rend les scientifiques qui étudient les animaux assez sceptiques, tant ils se gardent de le calquer sur l'expérience humaine et pour ne pas tomber dans l'écueil de l'anthropomorphisme.

Peu de concepts rendent les scientifiques qui étudient les animaux plus sceptiques que l'amour, un terme à la définition mouvante et sans doute trop calqué sur l'expérience humaine. Mais un nouveau livre, Dog is Love (Le chien est amour) paru aux États-Unis, affirme que pour les chiens, l'amour est un mot non seulement nécessaire mais indispensable à la compréhension du lien qui nous unit à eux depuis des millénaires, l'une des relations inter-espèces les plus proches et importantes jamais observées.

« J'ai fini par devenir sceptique de mon propre scepticisme », dit dans un entretien à l'AFP l'auteur, Clive Wynne, un Anglais de 59 ans qui dirige le laboratoire des sciences canines de l'université d'État d'Arizona. Ces sciences connaissent une renaissance depuis deux décennies. Dans le livre Le génie des chiens (en anglais seulement), Brian Hare s'est ainsi attaché à démontrer que les chiens étaient dotés d'une intelligence innée et exceptionnelle. Mais Clive Wynne joue le rabat-joie, avec une conclusion qui décevra certains amis des chiens : les toutous ne sont pas si malins, dit-il.

Les yeux dans les yeux, humain et chien ont leur taux d’ocytocine qui monte en flèche, selon des travaux menés au Japon. © Rodimovpavel, Adobe Stock

Hypersociable par nature

Les pigeons savent, eux, reconnaître des objets représentés en deux dimensions ; les dauphins comprennent les règles de grammaire ; les abeilles dansent pour dire à leurs congénères où se trouve la nourriture. Tout cela, les chiens en sont incapables. Puisant dans des années de recherche multidisciplinaire, Clive Wynne propose de changer de modèle : ce n'est pas l'intelligence des chiens qui les différencie, mais leur hypersociabilité et un instinct grégaire extrême.

L'une des découvertes les plus récentes est que l'hormone responsable de la confiance et de l'empathie chez les humains, l'ocytocine, entre également en jeu dans les relations entre chien et maître. Quand Hommes et chiens se regardent dans les yeux, le taux d'ocytocine monte en flèche, selon des travaux menés par Takefumi Kikusui à l'université Azabu au Japon. Ce qu'on a observé entre mère et bébé (humains).

Mais c'est la recherche génétique qui a ouvert une piste nouvelle, dont s'inspire grandement Clive Wynne. En 2009, la généticienne Bridgett vonHoldt, à l'université de Californie Los Angeles, a découvert que les chiens avaient une mutation du gène responsable chez l'Homme du syndrome de Williams. Ce syndrome se traduit par un retard mental et une hypersociabilité. « Les chiens, tout comme les gens ayant le syndrome de Williams, éprouvent un désir essentiel de nouer des liens de proximité, d'avoir des relations personnelles chaleureuses : d'aimer et d'être aimé », écrit Clive Wynne.

Un homme et son chien à scooter. © Juni Kriswanto, AFP, Archives

La gamelle ou le câlin ? 

Cette piste a été confirmée par de nombreuses expériences comportementales, que chacun peut reproduire à la maison avec quelques friandises et récompenses. Dans l'une d'elles, un chercheur ouvrait la porte de la maison à l'aide d'une corde. Le chien découvrait alors, dehors, à distances égales de la porte, son maître et une gamelle de nourriture. Dans la quasi-totalité des cas, le chien se dirigeait d'abord vers son maître. Des examens par IRM ont mis en évidence que les cerveaux des chiens étaient plus stimulés par les louanges que par la nourriture.

Mais cette prédisposition innée à l'affection doit être encouragée et développée au début de la vie. Et tout indique que cette histoire d'amour n'est pas exclusive aux humains. Un éleveur a ainsi élevé des chiots parmi une colonie de manchots sur une petite île australienne afin qu'ils défendent les volatiles contre les renards.

Au départ, une relation opportuniste 

Clive Wynne est persuadé que la génétique pourra révéler comment nos propres ancêtres ont domestiqué le chien, il y a au moins 14.000 ans. Une théorie suggère que les ancêtres des chiens se rassemblaient autour des sites où les humains jetaient leurs ordures, et qu'au fur et à mesure, ils se sont laissés apprivoiser, jusqu'à accompagner les Hommes dans leurs expéditions de chasse.

Cette hypothèse, soutenue par l'auteur, est certes moins romanesque que l'image de chasseurs capturant et dressant des louveteaux mais qualifiée de « totalement improuvable » étant donnée la férocité des loups contre les humains.

Heureusement, les progrès technologiques récents permettent de séquencer des brins d'ADN de plus en plus anciens. Peut-être, retrouvera-t-on le moment où le gène qui contrôle le syndrome de Williams a muté chez les chiens. La mutation s'est peut-être produite il y a 8.000 ou 10.000 ans, avance Clive Wynne, à la fin de la dernière période glaciaire, quand on sait que chiens et humains chassaient ensemble.

Un homme et son chien à Istanbul, le 2 janvier 2020. © Bulent Kilic, AFP, Archives

All you need is love

Quoi qu'il en soit, la leçon à tirer est que les méthodes brutales de dressage vont à l'encontre de la nature des chiens. « Votre chien attend de vous que vous lui montriez la voie, dit Clive Wynne. Au lieu de les étrangler dans des colliers, faites preuve d'encouragements positifs et de leadership bienveillant. Nos chiens nous donnent énormément, et ne demandent pas grand-chose en retour. Ce n'est pas la peine d'acheter tous ces jouets, ces friandises et je ne sais quoi. Ils ont besoin de notre compagnie et d'être avec nous ».

Pour en savoir plus

Domestication du chien : s’il est notre ami, c’est grâce à la génétique

Article de AFP-Washington, publié le 20 juillet 2017

Comment le chien est-il devenu le meilleur ami de l'Homme ? Grâce à des variations de deux gènes, révèle une étude. Ceci expliquerait la grande sociabilité des chiens et leur domestication, davantage que la socialisation acquise au contact des humains.

Des chercheurs des universités de Princeton et d'état d'Oregon se sont concentrés sur l'étude de 29 gènes dans une région d'un chromosome connue pour jouer un rôle dans la sociabilité des chiens. La suppression de deux de ces gènes dans cette même région de l'ADN chez les humains est responsable apparemment du syndrome de Williams-Beuren, une maladie génétique rare caractérisée notamment par des comportements hyper-sociaux et aussi d'autres problèmes de santé.

Chez les chiens, des variations de ces mêmes gènes (GTF2I et GTF2IRD1) paraissent être à l'origine de leur hyper-sociabilité, un facteur clé de leur domestication qui les distingue des loups dont ils descendent. « Ces résultats pourraient fournir une explication pour les différents comportements observés entre les loups et les chiens qui facilitent chez ces derniers la coexistence avec les humains », avance Bridgett vonHoldt, une biologiste de l'université de Princeton, une des coauteures de cette étude publiée dans Science Advances.

Chez les chiens, des variations de deux gènes (GTF2I et GTF2IRD1) paraissent être à l’origine de leur hyper-sociabilité, un facteur clé de leur domestication qui les distingue des loups dont ils descendent. © MelleVaroy, Istock.com

La sociabilité des chiens et des loups étudiée

Pour cette recherche, ces chercheurs ont combiné des études génétiques et de comportements de seize chiens et de huit loups gris apprivoisés en captivité. Pour ce faire, ils ont analysé l'ADN et les comportements de ces animaux ainsi que différentes données provenant d'études effectuées sur une variété de races canines.

Pour évaluer les comportements des chiens et des loups, les auteurs les ont soumis à différents exercices pour tester leur degré de sociabilité ainsi que leurs capacités à ouvrir des boites pour accéder à des friandises, seuls ou en présence d'un humain qu'ils n'avaient jamais vu auparavant.

Fait intéressant, les chiens ont fait preuve d'une attention accrue à des stimulations sociales et manifesté de l'intérêt pour les humains étrangers, passant une plus grande partie du temps pendant les tests à regarder la personne quand elle était présente, comparativement aux loups qui l'ignoraient.

Ces travaux marquent une première avancée dans ce champ de recherche génétique difficile consistant à trouver l'origine de comportements complexes, juge Bridgett vonHoldt. Pour le biologiste Adam Boyko, de la faculté vétérinaire de l'université Cornell, expert de la génétique canine, cette recherche est « vraiment intéressante et importante. Cela pourrait être l'une des premières études à avoir pour la première fois identifiée des variations génétiques spécifiques qui ont été importantes pour transformer des loups en chiens », estime ce scientifique qui n'a pas participé à la recherche. Mais, a-t-il estimé, l'étude a porté sur un petit nombre d'animaux, il faudrait donc faire des recherches sur un groupe plus grand et plus divers de chiens pour confirmer ces résultats.


Le chien et l’Homme, des amis de 33.000 ans ?

Article de Jean-Emmanuel Rattinacannou publié le 7 août 2011

Le squelette d'un canidé découvert dans une grotte de Sibérie, repousse à 33.000 ans les débuts de la domestication du chien. Une découverte qui apporte également des informations sur le mode de vie de nos ancêtres durant le dernier maximum glaciaire.

  • Découvrez l'histoire du chien dans notre dossier complet 

Meilleur ami de l'Homme et premier animal à avoir été domestiqué, le chien s'est intégré dans notre quotidien depuis fort longtemps. Mais depuis quand exactement ? Jusqu'ici les paléontologues avaient les preuves d'une domestication certaine il y a environ 14.000 ans. Elle serait apparue dans plusieurs endroits en même temps, en Europe, au Moyen Orient et en Chine à la fin du dernier maximum glaciaire. L'étude d'un crâne de canidé découvert récemment dans une grotte des montagnes de l'Altaï donne une autre perspective...

Le squelette sibérien a été daté par radiocarbone à 33.000 ans. L'étude poussée de ses caractéristiques morphologiques montre entre autres des dents plus petites et un museau plus court et large que ceux des loups, modernes ou préhistoriques. Pourtant, s'ils y ressemblent, ces paramètres ne sont pas non plus tout à fait ceux des chiens domestiques plus tardifs. Des observations qui font dire aux chercheurs qu'il s'agit là d'un animal témoin des débuts de la domestication. Un processus favorisé par un habitat majoritairement sédentaire.

Une période de froid entre Homme et chien

Mais le chien de l'Altaï n'est pas le grand-père des toutous modernes. Ce serait plutôt le témoin d'une des multiples tentatives de domestication, qui aurait avorté, fauchée dans son élan par l'arrivée de conditions climatiques très rudes il y a 26.500 ans. Pour les paléontologues ce changement climatique appelé dernier maximum glaciaire aurait imposé aux communautés humaines de la région un retour à plus de nomadisme. Et cette mobilité aurait empêché les interactions prolongées entre mêmes groupes d'animaux et d'humains, condition nécessaire à une coévolution modifiant en profondeur la morphologie des canidés pour donner une nouvelle espèce, le chien.

Le crâne russe montre donc qu'il y a 33.000 ans, la cohabitation rapprochée avec les Hommes sédentaires a déjà bien commencé à transformer des loups en chiens compagnons. Mais ce n'est que 14.000 ans plus tard, avec le retour de conditions climatiques plus clémentes, que la lignée des chiens modernes pourra s'établir définitivement. 

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