De plus en plus de loups se rapprochent des habitations humaines et se nourrissent de bétail ou de déchets plutôt que d'animaux sauvages. Le loup peut-il être à nouveau domestiqué, comme cela s’est produit il y a des milliers d’années ?
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[EN VIDÉO] Découvrez le lynx, ce prédateur secret du Jura et des Vosges Le lynx boréal est sans doute le plus discret des chasseurs. Ce gros chat de 1,35 m de longueur a été protégé et parfois réintroduit dans plusieurs pays d'Europe. En France, il est présent dans le Jura et les Vosges. Il s'attaque à toutes sortes de proies, avec une préférence pour le lapin mais peut aussi s'en prendre à des animaux d'élevage. © Muséum national d'histoire naturelle

Parce que les environnements changent, que l'Homme occupe de plus en plus d'espaces naturels, il ente en contact avec d'autres espècesespèces. Des animaux sauvages tirent profit de ce rapprochement en se nourrissant d'aliments issus de l'activité humaine, comme du bétail ou des déchets alimentaires.

Le loup n'échappe pas à cette tendance. Dans différents endroits du monde, il semble prendre une voie qui pourrait l'amener à ressembler à un chienchien... C'est en tout cas la conclusion d'une étude parue dans BioScience, réalisée par l'équipe de Thomas Newsome, un biologiste de l'évolution de l'université Deakin à Melbourne.

En 2014, il a étudié les populations de dingosdingos dans le désertdésert Tanami en Australie. Comme le rapporte Sciencemag, il a montré que les dingos sauvages qui mangent de la nourriture humaine dans des sites de gestion des déchetsdéchets deviennent plus gras et moins agressifs. Ils avaient tendance à s'accoupler avec des chiens locaux. Ces dingos qui s'alimentent dans les poubelles forment une population génétiquegénétique distincte de ceux restés plus sauvages : ils commencent à s'isoler génétiquement. C'est une première étape vers la création d'une nouvelle espèce.

Cette fois-ci, le biologiste et ses collègues ont analysé des études sur les grands carnivorescarnivores qui vivent près des humains. Par exemple, les lions d’Asie qui vivent dans le parc national de Gir, en Inde, ont commencé à tuer et à manger du bétail et sont devenus moins agressifs vis-à-vis des humains et des touristes.

En Australie, certains dingos sont de moins en moins sauvages. © Marco Saracco, Fotolia

En Australie, certains dingos sont de moins en moins sauvages. © Marco Saracco, Fotolia

Une proximité avec l’Homme qui menace l’espèce

D'après le chercheur, l'alimentation humaine représente environ 32 % du régime des loups gris dans le monde. Les loups vivent surtout dans des régions reculées d'Eurasie ou d'Amérique du Nord. Mais certains s'approchent des zones habitées. En Grèce, ils mangent des cochons, des chèvres et des moutons. En Iran, ils se nourrissent de poulets, de chèvres et de déchets. Ce qui peut laisser penser qu'ils vont changer.

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Pourquoi le chien est-il domestique et le loup sauvage ?

On peut imaginer qu'à l'avenir, comme les dingos australiens, les loups se croisent avec des chiens et, en Amérique du Nord, avec des coyotescoyotes. Certains pourraient se mettre à dériver génétiquement par rapport aux loups qui chassent encore des proies sauvages. C'est ce qui s'est déjà passé dans l'histoire du meilleur ami de l'Homme : des loups ont progressivement évolué en chiens en commençant à manger de la nourriture et des déchets sur des campements humains. Pour Thomas Newsome, on pourrait assister à la création d'un nouveau chien.

Mais cette idée ne fait pas l'unanimité. Robert Wayne, un spécialiste de la génétique des chiens à l'université de Californie, émet des doutes. D'après lui, des animaux comme le lynx ou le coyote, vivant déjà près des environnements humains, ont plus de chances d'être domestiqués un jour.

Ce nouveau régime alimentaire du loup risque même de lui attirer des ennuis avec les humains. Leur proximité avec les Hommes génère des conflits, comme on peut le voir en France. Pour que l'animal soit préservé, il faut qu'il puisse vivre sans nous, sans le bétail, sans les poubelles, c'est-à-dire dans son habitat naturel, avec ses proies habituelles. Thomas Newsome en convient : si l'Homme peut arranger cela, alors nous n'aurons pas un nouveau chien mais toujours des loups.