Des cerfs mangeurs d'os, des oiseaux vampires et autres sont quelques uns des animaux au mode de vie plutôt cauchemardesque. © Lauren A. Meckel et al. Journal of Forensic Sciences
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Cinq animaux dont le mode de vie est digne d'un film d'horreur

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La nature a parfois plus d'imagination que le meilleur conteur d'histoire d'épouvante. À quelques jours d'Halloween, nous vous proposons de découvrir quelques espèces animales dont le mode de vie fait froid dans le dos.

Un jeune cerf mange un merle. © G. Goss

Les animaux étranges, et souvent peu amicaux, qui peuplent les œuvres de fiction témoignent de l'imagination de leur créateur. La nature, elle aussi, a su faire preuve de créativité ! Au fil de l'évolution, des animaux ont dû adopter des comportements étranges pour s'adapter à leur environnement et survivre. Petit tour d'horizon avec ces cinq espèces animales bien réelles qui pourraient figurer dans un film d'horreur tant leur mode de vie est terrifiant.

Le Géospize à bec pointu, l’autre Dracula

Dracula, personnage culte inventé par Bram Stoker, a fait d'incalculables apparitions au cinéma ou dans la littérature. Le monde sauvage a aussi sa version du vampire assoiffé de sang. Les chauves-souris, de la sous-famille des Desmodontinae et qui se nourrissent de sang de mammifères ou d'oiseaux, sont les plus connues. Mais il existe un autre Dracula qui vit sur les îles Galapagos.

Le Géospize à bec pointu (Geospiza difficilis) est un petit oiseau tout à fait banal, endémique des Galapagos. Il existe trois sous-espèces qui ont des différences morphologiques et comportementales bien distinctes. L'une d'entre elles est surnommé le « pinson vampire ».

Cette sous-espèce vit sur les îles Darwin et Wolf, deux grains de poussière immergés, éloignés des îles principales, où il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent et dans le bec !

Là-bas, de nombreux oiseaux marins nichent en toute quiétude. Le pinson vampire a fait d'eux ses principales victimes. Avec son poids plume de 20 grammes maximum, il se faufile partout jusqu'aux grands oiseaux marins. Grâce à son bec acéré, il entaille la base d'une aile et lèche alors le sang qui s'écoule. Il vampirise essentiellement des fous à pieds rouges (Sula sula) ou des fous de Grant (Sula grantis). En général, lorsqu'un pinson vampire se nourrit de sang, les autres accourent et attendent patiemment pour s'en abreuver à leur tour. Avec les fameux pinsons de Darwin, les pinsons vampires sont les seules espèces d'oiseaux connues pour être hématophages.

Un pinson vampire en train de lécher le sang d'un fou de Grant, sur l'île de Wolf au Galapagos. Cette photo prise par Thomas P. Peschak a été récompensée lors du concours Wildlife Photographer of the Year en 2018. © Thomas P. Peschak

Les cerfs, mangeurs d’os humains

Le cerf est un animal herbivore qu'on imagine mal se nourrir autrement qu'avec de l'herbe ou de jeunes pousses d'arbre. Pourtant, les scientifiques soupçonnent depuis longtemps que les cervidés consomment parfois des os d'autres animaux. Ce comportement étrange a été photographié pour la première fois en 2015 au Texas. Un jeune cerf de Virginie est immortalisé avec une côte humaine dans la gueule.

Cette photo a été réalisée dans le cadre d'une expérience menée par l'Établissement d'Anthropologie légale de San Marcos, au Texas. Le 7 juillet 2014, les scientifiques placent dans un bois un corps humain ainsi qu'un piège photographique pour immortaliser les animaux qui s'intéressent au cadavre. Les vautours sont les premiers à se servir. Mais, 182 jours après le début de l'expérience, un jeune cerf de Virginie s'approche des ossements. Le 5 janvier 2015, le piège photographique immortalise l'herbivore avec une côte humaine dans la gueule. Huit jours plus tard, un deuxième individu est observé, lui aussi, en train de mâchouiller un os.

Comment expliquer ce comportement ? L'ostéophagie chez les cerfs est motivée par un besoin en éléments minéraux, notamment du phosphore, du calcium et du sodium. Durant les mois d'hiver, le régime alimentaire des cerfs en manque. À chaque fois que ce comportement a été observé, les cerfs ne prenaient que des os secs et faciles à manipuler, comme une côte et un tibia. Ils le rongent dans le sens de la longueur pour en extraire les minéraux dont ils ont besoin. Ce ne sont pas les seuls animaux non carnivores à ronger des ossements, ce comportement a été documenté chez les girafes ou certains rongeurs.

Le 5 janvier 2015, un cerf de Virginie est photographié avec une côte humaine dans la gueule. © Lauren A. Meckel et al. Journal of Forensic Sciences

Les holothuries, tous organes dehors !

Les holothuries sont des créatures étranges qui vivent au fond des océans. Appartenant à l'embranchement des échinodermes comme les étoiles de mer ou les oursins, ils ont un corps long et épais duquel il est difficile de distinguer la « tête » de l'arrière-train quand ils sont posés sur le sable. L'intégralité du corps d'une holothurie sécrète en permanence des toxines mais, si cela ne suffit pas pour repousser un éventuel prédateur, elle déploie alors sa technique la plus écœurante.

L'holothurie est capable d'éjecter la quasi-totalité de ses organes internes en dehors de son corps. Ses gonades, son arbre respiratoire, son système circulatoire et bien sûr, ses intestins gorgés de déjections se retrouvent à l'air libre ou plutôt à l'eau libre. Ce mélange toxique, puant et gluant, dissuade les prédateurs les plus insistants.

Pour réaliser cette éviscération volontaire, le tissu conjonctif qui maintient d'un bloc les viscères se ramollit, tout comme la peau de l'animal. En une contraction musculaire, l'holothurie expulse alors ses organes à travers son orifice antérieur ou postérieur. Elle ne survit qu'en drainant l'eau de mer à travers son corps désormais vide.

Seuls deux ordres d'holothurie possèdent ce super-pouvoir peu enviable : les Dendrochirotida qui s'éviscèrent par la « bouche » et les Holothuriida qui préfèrent s'éviscérer par l'anus. Cette capacité n'est pas létale, l'animal y survit mais a besoin d'un long moment pour reformer ses organes perdus, entre 2 et 4 semaines. Avec cette technique, peu de prédateurs n'osent s'attaquer aux holothuries sauf... Homo sapiens qui les apprécie aussi bien frites qu'avec un peu de sauce.

Une holothurie, ou concombre de mer, avec les intestins en dehors du corps. © Dave Cowles

Les rats-taupes nus, kidnappeurs d’enfants

Sous le sol du Kenya prospère une société animale singulière. Les rats-taupes nus (Heterocephalus glaber), des rongeurs sans poil et pratiquement aveugles, vivent dans des terriers labyrinthiques sous la Terre. Ces petites bêtes roses, aux incisives proéminentes, sont eusociales, comme les fourmis. Une seule femelle, la reine, se reproduit ; les autres individus sont divisés en différentes catégories sociales : les ouvriers, les soldats, les nourrices et les mâles reproducteurs. Leur colonie peut atteindre des tailles impressionnantes, jusqu'à 300 membres !

Ces animaux n'aspirent pas à une vie paisible, ils veulent étendre leur territoire ou éliminer des concurrents pour s'assurer des ressources alimentaires. Pour cela, ils n'hésitent pas à attaquer les colonies voisines. Imaginez la scène : des dizaines de soldats rats-taupes nus creusent frénétiquement des galeries avec leurs longues incisives. Ils ciblent une colonie moins importante. Les adultes sont délogés violemment par les envahisseurs qui s'emparent du terrier. Mais les soldats font quelques prisonniers.

Les scientifiques ont récemment observé que, lors d'une invasion, les rats-taupes nus s'emparent des juvéniles du camp adverse. Ils seront élevés dans leur colonie d'adoption comme des ouvriers ou plutôt des esclaves. Les captifs seront affectés à la maintenance des galeries tandis que la descendance de la reine deviendra l'armée de soldats. 

Les rats-taupes nus ne s'intéressent qu'à de très jeunes individus. Seuls les juvéniles de moins de 2 semaines sont kidnappés. Les scientifiques suggèrent que ces rapts ont pour but d'augmenter les rangs des envahisseurs. Ils apportent aussi de la diversité génétique puisqu'il arrive que des mâles captifs se reproduisent avec la reine.

Une pile de rats-taupes nus, d'« adorables » rongeurs. © Ger Bosma, Alamy Stock Photo

Hannibal, le serpent cannibale

En janvier 2018, deux spécialistes de la conservation des espèces de l'université du Cap-Occidental et de l'université de Witwatersrand en Afrique du Sud se rendent dans le désert du Kalahari pour étudier le régime alimentaire des serpents. Ils recherchent plus précisement deux espèces : le cobra du Cap (Naja nivea) et le serpent des arbres (Dispholidus typus).

Le matin de leur recherche, un ranger les informe qu'il a vu deux énormes serpents jaunes se battre. Arrivés sur place, les scientifiques n'assistent pas à un combat entre deux mâles mais à un acte de cannibalisme. Un serpent de plus d'1,6 mètre de long est en train d'avaler un plus petit. L'énorme serpent, désormais repu, est connu sous le nom d'Hannibal par les scientifiques.

Le cannibalisme est assez répandu parmi les animaux sauvages mais, chez les serpents, ce mode d'alimentation est considéré comme marginal. Les scientifiques qui ont aperçu Hannibal manger un de ses congénères se sont intéressés à cette pratique chez les cobras africains (Naja spp). Ils ont alors trouvé que le régime alimentaire des cobras africains se compose entre 13 à 43 % d'autres serpents selon les espèces. L'une de leurs victimes préférées est la vipère heurtante (Bitis arietans). Cette dernière représente jusqu'à 43 % des serpents mangés par Naja annulifera.

Ce comportement semble spécifique des mâles, ils sont à la fois les prédateurs et les proies. Hannibal, le serpent cannibale, a été plusieurs fois observé en train de poursuivre un autre cobra mâle sur une courte distance avant de se détourner de lui. Les scientifiques ne savent pas si le cannibalisme chez les serpents est un comportement de compétition entre mâles -- leurs combats sont souvent agrémentés de morsures -- ou si certains serpents ont juste un goût prononcé pour la chair de leur congénère. 

Un cobra du Cap (Naja nivea) en train de dévorer un autre serpent dans la réserve de Tswalu, dans le désert du Kalahari. © Bryan Maritz et al. The Scientific Naturalist
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