Détail de la dalle aux ammonites de Digne. © Banco de Imagenes Geologicas, Flickr
Planète

La dalle aux ammonites de Digne : pourquoi une si grande concentration de fossiles ?

Question/RéponseClassé sous :Géologie , Fossile , ammonites
 

Site emblématique de la Réserve naturelle géologique de Haute-Provence, la Dalle aux ammonites de Digne présente une impressionnante concentration de fossiles. Dans quel environnement se sont déposés ces animaux marins du Jurassique ? Une telle concentration est-elle normale ou associée à un événement particulier ?

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Découvrez l'Estérel, entre Méditerranée et Provence  Dans l'Estérel, superbe massif de 32.000 hectares, entre la mer Méditerranée et la Provence, les balades réservent des surprises. Il borde les communes de Saint-Raphaël, Fréjus, Bagnols-en-Forêt et les Adrets de l'Estérel. Sans oublier que les bureaux de Futura sont situés au cœur de l'Estérel... 

Localisée sur la rive droite de la Bléone, à environ 1,5 km au nord de la ville de Digne-les-Bains, sur la route qui mène à Barles, la dalle aux ammonites est devenue l'un des sites emblématiques de la Réserve naturelle géologique de Haute-Provence.

La dalle aux ammonites de Digne, un site exceptionnel

Sur une dalle inclinée de 320m2 sont disposés plus de 1.550 fossiles d'ammonites, particulièrement grandes. Les plus grosses font en effet environ 70 cm de diamètre. 90 % des ammonites observées sur la dalle appartienne à l'espèce Coroniceras multicostatum, qui colonisait l'espace marin durant le Sinémurien (Lias, Jurassique inférieur, 198 millions d'années). Sont également présents quelques rares fossiles de nautiles, de bélemnites, de pectens et autres bivalves.

Vue d’ensemble de la dalle aux ammonites de Digne. Les plus grands spécimens sont visibles à cette échelle. © Banco de Imagenes Geologicas, Flickr

La dalle emprisonnant les fossiles fait partie d'une succession de bancs calcaires à grain fin ou de calcaire argileux très compacts, séparés par des interlits marneux assez fins. Il s'agit de dépôts sédimentaires calcaires déposés durant le Lias dans un bassin océanique profond de quelques centaines de mètres, sous la limite d'action des vagues de tempêtes.

La dalle aux ammonites de Digne a été découverte au début des années 1940, lors de travaux de voirie. Elle sera ensuite progressivement dégagée pour finalement obtenir un affleurement spectaculaire de 17 x 19 mètres. Elle est aujourd'hui protégée et mise en valeur.

Une mine d’informations géologiques

Ce site est remarquable pour son abondance en fossiles d'ammonites. Les ammonites sont des mollusques céphalopodes qui ont peuplés les océans de la Terre sur une très longue période, du Dévonien (-400 millions d'années), jusqu'à la fin du Crétacé (-66 millions d'années). Leur disparition est associée à la crise Crétacé-Tertiaire, qui a également causé l’extinction des dinosaures. Animaux marins, les ammonites sont les lointains ancêtres des pieuvres, sèches et calamars. Elles possédaient une coquille univalve plus ou moins enroulée sur elle-même et étaient munies de 8 ou 10 bras. Leurs tailles et leurs forment ont beaucoup changé et évolué au cours des millions d'années, ce qui en font d'excellents marqueurs chronologiques.

Illustration d’ammonites. © Heinrich Harder (1858-1935), domaine public, Wikimedia Commons

La particularité de la dalle aux ammonites de Digne est qu'elle présente une très faible biodiversité, largement dominée par l'espèce Coroniceras multicostatum. La dalle représente en fait la surface fossilisée d'un fond marin vieux de plus de 190 millions d'années. La spectaculaire accumulation de coquilles, souvent de grande taille et fortement ornées, a permis de mieux comprendre l'évolution de l'espèce Coroniceras multicostatum au cours du temps. Elle nous renseigne également sur les conditions environnementales de l'époque.

Au moment où les ammonites mortes se sont déposées sur le fond sédimenté, les Alpes n'existaient pas. À la place, un océan, issu de la fragmentation du super-continent Pangée, était en train de s'ouvrir. Il sera bien plus tard refermé par le jeu de la tectonique des plaques, et les sédiments déposés des millions d'années auparavant se retrouveront charriés sur la croûte continentale par le processus d'obduction menant à la formation de la chaîne alpine.

Les ammonites présentes sur la dalle nous indiquent qu'au Lias, il y 198 millions d'années, la mer regorgeait de vie. L'environnement marin était stable, avec une eau à salinité constante permettant le développement et l'installation d'une faune marine pérenne. La présence quasi exclusive de Coroniceras multicostatum suggère que cette espèce devait être largement dominante dans les bassins océaniques de la région au cours du Sinémurien inférieur. Ces bassins sont en effet souvent caractérisés par une faune relativement peu diversifiée.

Mortalité normale ou extinction de masse ?

La très forte concentration de fossile sur la dalle soulève cependant une question : cette accumulation de coquilles est-elle normale ou associée à un événement particulier, comme une extinction de masse ou à des processus de transport ?

Détail de la dalle aux ammonites de Digne. © Banco de Imagenes Geologicas, Flickr

La bonne préservation des fossiles montre que les coquilles se sont déposées dans un environnement calme, loin des côtes, à l'abri de l'action des vagues, des courants et des tempêtes qui auraient eu tendance à les remanier et à les fragmenter. Les ammonites ne sont en outre pas orientées d'une façon particulière et rien n'atteste le rôle d'un courant ayant pu mener à leur accumulation en un endroit particulier. De plus, les conditions paléo-environnementales du Sinémurien ne permettent pas d'étayer l'hypothèse d'une extinction de masse à cette époque.

Les études de variabilité intraspécifique de Coronicera multicostatum suggèrent d'un autre côté que la période de dépôt a été relativement brève -- d'un point de vue géologique, quelques centaines de milliers d'années. Bien que la discussion reste ouverte, il semblerait donc que la forte concentration en ammonites de la dalle de Digne ne soit le résultat que de la mortalité normale d'une population certainement importante de Coronicera multicostatum, associée à des taux de sédimentation plutôt faibles n'ayant pas permis l'ensevelissement des coquilles au fur et à mesure de leurs dépôts sur le fond. 

Abonnez-vous à la lettre d'information La question de la semaine : notre réponse à une question que vous vous posez, forcément. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !