L’air de rien, une bonne partie des piles alcalines que nous utilisons tous les jours, et dont la composition est pourtant toxique, est jetée dans la poubelle ordinaire, alors que beaucoup d’entre elles pourraient être régénérées.

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Designer de formation et passionné par les questions énergétiques, Cédric Carles a fondé l’Atelier 21 en 2011 pour monter des projets autour de ce sujet majeur d’intérêt public et d’en sensibiliser tous les publics, des plus populaires aux plus institutionnels. L’un deux a pour ambition de s’attaquer à la problématique des piles alcalines dont la plupart sont jetées alors qu’elles pourraient être régénérées.

Cédric Carles, fondateur de l'Atelier 21. © Jean Dard
Cédric Carles, fondateur de l'Atelier 21. © Jean Dard

Quelle est votre solution ?

Cédric Carles : La RegenBox est le premier régénérateur de piles alcalines qui sont bien souvent jetées alors qu’elles sont encore exploitables. Cela permet donc de diminuer la quantité considérable de déchets produits chaque année. Partant de cette idée, la gamme s’est enrichie avec la RegenStation, capable de régénérer 20 piles simultanément, puis avec la RegenCase, une mallette pédagogique, et un mini centre de tri et de régénération pour sensibiliser le grand public ainsi que les entreprises aux enjeux des piles, ensuite le RegenBot, le robot trieur de piles automatique et enfin, tout dernièrement, la RegenBorne mise à disposition des points de collecte pour à la fois mieux trier et pouvoir régénérer les piles sur place.

Cette idée paraît évidente et toute simple, pourquoi cela n’a-t-il pas été fait avant ?

Cédric Carles : L’histoire remonte en effet à la découverte d’un brevet déposé par un certain Karl Kordesh dans les années 80 pour son invention sur la « régénérabilité » de la pile alcaline. Aussi judicieux soit-il, le produit n’a pas eu l’écho escompté et est peu à peu tombé dans les oubliettes. Dans le cadre du programme Paléo-énergétique, nous l’avons redécouvert et l’avons rendu plus performant avec un design très minimaliste. La toute première version de la RegenBox a donc vu le jour en 2015 au cours d’un hackathon organisé lors de la COP21 : 200 bêta-testeurs l’ont utilisée avec plus de 50 marques de piles et ont transmis les résultats sur le nombre de réutilisations possibles et leur capacité réelle. Cela a permis d’apporter la preuve collective que la RegenBox était vraiment efficace et qu’elle s’appuie sur le phénomène de micropulsions contrairement au courant continu des piles rechargeables NIMH.

La RegenBox. © Jean Dard
La RegenBox. © Jean Dard

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce curieux projet Paléo-énergétique ?

Cédric Carles :  C’est l’un des projets de l’Atelier 21. L’histoire de l’énergie regorge d’innovations fantastiques oubliées qui n’ont pas été généralisées à leur époque, alors qu’elles pourraient répondre aux défis du présent. Par exemple, les voitures électriques en autopartage ont été expérimentées dès 1974 en Hollande et des vélos en libre service existaient à la Rochelle à la même époque ou encore des premiers concentrateurs solaires thermiques avaient déjà été présentés lors de l’exposition universelle de 1878. Nous avons donc souhaité faire appel à l’intelligence collective et à la capacité collaborative du numérique pour que chacun puisse apporter sa contribution sur une frise chronologique présentée en ligne. En espérant qu’elles puissent inspirer certains et donner vie à de belles idées comme la RegenBox par exemple.

En plus de vos produits, vous agissez aussi beaucoup en faveur de la sensibilisation et l’éducation, pourquoi ?

Cédric Carles : Nous sommes convaincus qu’en plus de la mise à disposition de nos solutions de régénération des piles, il est absolument nécessaire d’avoir une action sur l’information des consommateurs mais aussi une bonne dose de pédagogie sur leur usage, d’où la mise à disposition de mallettes pédagogiques dans les écoles, collèges, lycées, universités dans une démarche écologique et éducative. La RegenBox est également diffusée gratuitement dans de nombreux FabLabs africains afin de permettre une diffusion de cette technologie et de recharger leurs piles à moindre coût. Par ailleurs, comme aucune capacité des piles alcalines ne mentionne leur puissance réelle, nous souhaitons ouvrir notre base de données dans un futur site internet, Youpile.org, pour pouvoir comparer les différents modèles.

La RegenBorne. © Jean Dard
La RegenBorne. © Jean Dard

Pourquoi votre start-up va-t-elle changer le monde ?

Cédric Carles : Plus d’un milliard et demi de piles et accumulateurs sont vendus chaque année en France, soit près de 30 000 tonnes, dont la plupart sont jetés dès le moindre signe de faiblesse, pour une bonne moitié en plus dans des poubelles classiques. Or, les piles alcalines deviennent des déchets toxiques qui sont ensuite incinérés ou enfouis. Il s’agit d’une question de santé publique puisqu’elles polluent donc les sols et les eaux. En plus d’essayer de faire évoluer leur composition et d’améliorer leur recyclage, notre idée est donc déjà de pouvoir les régénérer pour en prolonger la durée de vie. D’autant que nous avons pu constater en triant les bacs de collecte de nos RegenBornes qu’environ un quart des piles déposées étaient quasi neuves et que la moitié d’entre elles était régénérable, soit 3 piles sur 4 qui prennent le chemin de l’économie circulaire ! De plus, contrairement aux idées reçues, le marché est en progression constante en Europe et surtout en Afrique, d’autant que les piles rechargeables connaissent un certain désamour du fait de leur taux d’autodécharge élevé. Actuellement, nous testons des bornes de tri chez Boulanger à Lille et Paris ainsi qu’un mur de régénération à la BOM, bibliothèque d’objet de Montreuil, qui est un lieu de partage d’objet, de reconditionnement et réparation.

Quelle est la suite de l’histoire ?

Cédric Carles :  Le soutien de la Fondation Schneider Electric nous a permis d’autonomiser le projet par la création de la start-up Regenfab, qui va désormais le gérer dans ses évolutions techniques, commerciales et administratives. Nous sommes d’ailleurs aussi en train de travailler en R&D sur la V2 de la Regenbox, plus grand public là où pour le moment il faut savoir manipuler le fer à souder pour fabriquer le boîtier. Nous réfléchissons aussi à d’autres solutions dérivées sur la question des piles pour en diminuer les impacts et en améliorer le modèle économique, surtout pour les entreprises qui en sont grandes consommatrices. Enfin, nous organisons des workshops avec les étudiants pour les sensibiliser et trouver des solutions concrètes en matière de précarité énergétique et de confort thermique.

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Si vous étiez Premier ministre, quelle mesure phare mettriez-vous en place ?

Cédric Carles :  Il faut vraiment travailler sur le patrimoine des brevets et des inventions qui dorment et sont dans le domaine public. Hydrogène, biogaz, etc. Il y en a tant qui sont oubliés et qui pourraient pourtant nous permettre d’arriver à une innovation rapidement à condition d’avoir une approche collective pour ne pas dépendre d’un seul acteur dans une logique de design distribué. Je pense aussi qu’il est désormais fondamental de faire un peu plus de place à l’enseignement de l’écologie et du climat dans nos systèmes scolaires pour en comprendre les enjeux mais surtout les moyens d’agir.

À quoi va ressembler le monde en 2050 ?

Cédric Carles : Avant d’imaginer l’horizon 2050, pensons aux prochains mois pendant lesquels il va falloir se serrer les coudes, car une société qui se contracte énergiquement, se contracte socialement. Certains, comme Duralex, ont déjà réduit leur production mais c’est tout un pan de notre économie qui est en péril du fait du prix de l’énergie et des nécessaires restrictions. En tout cas, il va nous falloir tous penser sobriété et notamment ne pas gâcher l’énergie par exemple en intensifiant les isolations des bâtiments et adoptant les bons gestes. Nous avons les solutions, mais nous n’y arriverons que par une grande solidarité et de la pédagogie pour en comprendre les enjeux, afin que cela ne soit pas vu comme une contrainte ; parfois, des gestes simples peuvent changer beaucoup de choses. Il faut vraiment sortir du court-termisme ambiant.

Quel sujet d'actualité de Futura vous a passionné ?

Cédric Carles :  J’aime beaucoup le sujet sur Spareka car ils s’attaquent aux déchets électroniques et à l’obsolescence programmée.