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Du site de Dmanisi à l'Homme de Java : le mystère des plus anciens fossiles insulaires

Dossier - Préhistoire : l'Homme à la conquête de l'Asie
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La lignée humaine a ses racines en Afrique, qu’il s’agisse des fossiles les plus anciens qui lui sont rattachés dès le Pliocène, ou de l’émergence de notre espèce Sapiens qui a conquis si rapidement, au cours du Pléistocène supérieur, la quasi-totalité de l’Eurasie avant de s’étendre à l’Amérique puis de coloniser les îles du Pacifique.

  
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Les plus anciens fossiles humains découverts hors d'Afrique sont aujourd'hui ceux du site de Dmanisi, en Géorgie, âgés d'environ 1,8 million d'années.

Réplique du crâne sur le site de Dmanisi. © Yan Li, CC by-sa 3.0
Squelette d’Hexaprototodon sivalensis (hippopotame asiatique) du Pléistocène inférieur du dôme de Sangiran. © Semenanjung, MQPI

Les « premiers insulaires » sont retrouvés peu après dans les archipels d'Extrême-Orient, dans des couches du Pléistocène inférieur avoisinant 1,6 million d'années, dans le dôme de Sangiran, au centre de l'île de Java. Ils sont associés à une faune de mammifères venus du continent asiatique qui comprend principalement des taxons susceptibles de traverser, relativement aisément, des bras de mer étroits : proboscidiens (Mastodon puis Stegodon), hippopotames, etc.

Les couches argileuses fossilifères de Pucangan, dôme de Sangiran. © Semenanjung, MQPI

L'Homme fossile géant de Java

La robustesse des plus anciens hominidés de Java est assez exceptionnelle, au point qu'ils ont autrefois été baptisés par leur premier découvreur, le paléontologue allemand Ralph von Koenigswald, Meganthropus palaeojavanicus (= Homme fossile géant de Java). Certains chercheurs leur ont par la suite trouvé des affinités avec des représentants plus anciens de la lignée humaine, tels que les Australopithèques. Cependant, les études modernes les rattachent aujourd'hui à la grande nappe des Homo erectus qui a peuplé l'Asie durant presque tout le Pléistocène, et que l'on retrouve par exemple en Chine (les Sinanthropes).

La calotte crânienne Sangiran 31, dôme de Sangiran. © Semenanjung, MQPI
Le maxillaire supérieur du fossile Sangiran 27, dôme de Sangiran. © Semenanjung, MQPI

Ces fossiles sont relativement fragmentaires, et seule la découverte de pièces plus complètes pourrait permettre aux chercheurs de mieux appréhender l'origine de leurs caractères parfois spectaculaires : descendent-ils des Hommes, souvent bien plus graciles, découverts en Géorgie ? Quelles adaptations ont-ils développées au sein des milieux si particuliers rencontrés sur une île aux reliefs bien moins accusés à l'époque qu'aujourd'hui, recouverts en majeure partie par une forêt tropicale humide surplombant d'immenses mangroves côtières ?

Éclats découverts dans les couches de Pucangan, dôme de Sangiran. © H. Widianto, Balai Arkeologi Yogyakarta

Le registre archéologique qui leur est associé est encore bien mince, puisque seuls quelques artefacts isolés ont été découverts dans les couches du Pléistocène inférieur de Java.

Forêt de mangrove. © Semenanjung, MQPI

Certains chercheurs se penchent sur la signification, paléoenvironnementale et aussi comportementale (car liée au régime alimentaire) des traces microscopiques observées sur les dents.