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Les grandes migrations de la fin du Pléistocène inférieur

Dossier - Préhistoire : l'Homme à la conquête de l'Asie
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La lignée humaine a ses racines en Afrique, qu’il s’agisse des fossiles les plus anciens qui lui sont rattachés dès le Pliocène, ou de l’émergence de notre espèce Sapiens qui a conquis si rapidement, au cours du Pléistocène supérieur, la quasi-totalité de l’Eurasie avant de s’étendre à l’Amérique puis de coloniser les îles du Pacifique.

  
DossiersPréhistoire : l'Homme à la conquête de l'Asie
 

Le rythme des changements climatiques globaux a changé il y a environ 800 000 ans. On note à cette époque une forte glaciation aux hautes latitudes et un important abaissement corrélatif du niveau marin.

Fossile Sangiran 17 (= Pithecanthropus VIII) Museum Tautavel, France. © Gerbil CC BY-SA 3.0

Ce dernier a  favorisé les migrations à la surface du plateau de la Sonde et rétréci les bras de mer qui le séparent des îles d'Indonésie orientale, au-delà de la ligne de Wallace.

Les fouilles du site de Ngebung, 800 000 ans, dôme de Sangiran (© Semenanjung/MQPI)

De tels événements climatiques ont profondément bouleversé les paysages : lors d'une 'glaciation', on assiste à un recul net de la forêt tropicale humide, qui se trouve cantonnée aux zones de haute altitude (toujours humides) et en galeries le long des cours d'eau. Les reliefs de basse et moyenne altitude (ceux qui sont susceptibles d'être peuplés par l'Homme) étaient recouverts par une forêt ouverte ou des étendues herbeuses. On  retrouve la trace de ces paysages dans les reconstitutions paléobotaniques (faisant notamment appel à la palynologie) et dans la nature des dépôts sédimentaires : la forêt tropicale humide retient les sols durant les 'interglaciaires' alors que l'érosion de ces derniers est beaucoup plus importante durant les périodes 'glaciaires'. Cette ouverture du paysage a souvent été aidée par les éruptions volcaniques qui ont déstabilisé la forêt de façon répétitive.

L’ Homo erectus Sangiran 17 (© Semenanjung/MQPI)

Un turn over faunistique est observé à Java aux alentours de cette période-clé (800 000 ans), avec notamment l'arrivée d'un nouveau proboscidien, Elephas, qui va longtemps coexister avec le Stegodon. Il est probable que ces migrations ont affecté aussi les groupes humains. En effet, outre que le registre fossile s'étoffe considérablement (la grande majorité des fossiles de Pithécanthropes datent de cette époque), on commence à trouver dans les formations sédimentaires du dôme de Sangiran (Java central) des sols archéologiques peu perturbés par l'érosion. Ces derniers associent les restes humains à ceux des  proies chassés par les Homo erectus et aux restes de leur activité de charognage. Ces couches contiennent surtout la preuve, longtemps contestée, que ces ancêtres insulaires maîtrisaient, comme tous leurs contemporains, la technologie lithique. Ils étaient certes soumis aux contraintes qu'imposait le paysage géologique (rareté des roches dures aisées à tailler ou aménageables en outils tranchants), et étaient parfois obligés de les importer depuis des gîtes distants de plusieurs dizaines de kilomètres (ce qui conduit à apprécier l'étendue de leur territoire).

Hachereau découvert à Ngebung (© Semenanjung/MQPI)

Certaines des pièces retrouvées dans les sites du Pléistocène moyen des îles de la Sonde, parmi lesquelles des hachereaux et des bifaces, permettent d'émettre l'hypothèse d'une diffusion de la tradition Acheuléenne vers les archipels d'Asie du sud-est à cette époque. Il est même probable qu'Homo erectus a pu traverser des bras de mer en direction de la Wallacea, puisque des artefacts lithiques datés de près de 850 000 ans ont été retrouvés sur l'île de Flores, sur le site de Mata Menge. Une question analogue se pose avec la découverte récente d'outils bifaciaux sur l'île de Luzon aux Philippines.

Biface de la région sud-est de Java (© Semenanjung/MQPI)

Beaucoup reste encore cependant à découvrir sur l'évolution a priori complexe des Homo erectus insulaires : dans quelle mesure ont-il été affectés par une évolution endémique insulaire, comment se manifeste dans le registre fossile le flux génétique probable en provenance du continent il y a 800 000 ans, et quelles adaptations environnementales ont-ils développé à l'image des Hommes qui les avaient précédé il y a près de 1,6 million d'années ?