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Avis de tempête sur Uranus

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Teintée d'un magnifique bleu azur, la planète géante et gazeuse Uranus, inclinée à 98° connait ces dernières années, au fil de son orbite de 84 ans, des changements importants d'ensoleillement. Au cours de la nuit du 5 au 6 août, l'astre qui brille actuellement dans les Poissons a présenté aux astronomes qui l'ont observé avec le télescope géant Keck II, une grande tache lumineuse à sa surface.

Au cours de la nuit du 5 au 6 août 2014, une équipe d’astronomes emmenée par Imke de Pater a assisté à l’émergence d’une tempête particulièrement lumineuse à la surface d’Uranus. Les clichés ci-dessus ont été réalisés dans le proche infrarouge avec la caméra NIRC2 installée au foyer du télescope de 10 m de diamètre Keck II. L’optique adaptative dont il bénéficie permet d’obtenir des images en haute résolution, souffrant très peu de la turbulence atmosphérique. © Imke de Pater (université de Berkeley), Keck observatory

Distante en moyenne de 2,8 milliards de km du Soleil (19 UA), la septième planète de notre système solaire découverte en 1781 par l'astronome et compositeur William Herschel, est encore mal connue. À ce jour, Uranus n'a été visitée par une de nos sondes spatiales qu'une seule fois dans son histoire... Un survol, par ailleurs mémorable effectué en 1986 par Voyager 2. À l'époque, un calme olympien semblait régner à sa surface (presque) lisse, hormis quelques minuscules et sombres nuages. Comme chacun sait, le signe particulier de cette planète gazeuse de 50.724 km de diamètre est l'inclinaison à 97,8° de son axe de rotation... Un facteur qui l'oblige à présenter le même hémisphère durant la moitié de sa période de révolution autour de notre étoile laquelle dure, rappelons-le, 84 années. Aussi, depuis que nous sommes en mesure de résoudre cet astre dans nos télescopes géants, les astronomes peuvent-ils suivre les transformations de ce monde... Celles-ci se traduisent principalement par l'émergence de phénomènes atmosphériques apparus au cours de l'équinoxe de 2007, lorsqu'à l'équateur, le Soleil a atteint le zénith. Une période de transition qui plonge dans une obscurité de plus de 40 ans son pôle Sud et met en lumière la partie opposée.

Actuellement à près de 15,7 milliards de km de la Terre (19 heures-lumière), Voyager 2 fut, en 1986, la première (et la dernière) sonde spatiale à explorer la lointaine Uranus, ses anneaux et satellites naturels. © Nasa, JPL-Caltech

Apparition d'une tempête

Dans la nuit du 5 au 6 août 2014, quelle ne fut pas leur surprise, pour l'équipe d'astronomes du télescope Keck II, de constater la présence d'un énorme nuage lumineux à la surface de l'épaisse atmosphère d'Uranus« Nous sommes toujours anxieux de voir la première image de la nuit pour n'importe quelle planète ou satellite naturel, car on ne sait jamais ce qu'ils nous réservent ! » a commenté Imke de Pater. Le phénomène extrême observé dans le proche infrarouge avec une excellente résolution grâce à l'optique adaptative (technologie qui permet de pallier aux turbulences de l'atmosphère terrestre) qui équipe le télescope de 10 mètres de diamètre rappelle au professeur de l'université de Berkeley, une formation nommée le « Berg », « une tempête d'une luminosité (et morphologie) similaire observée dans l'hémisphère sud d'Uranus au cours des années qui ont précédé l'équinoxe ». D'après leurs premières mesures, la tempête surgit des profondeurs et atteint une altitude proche de la tropopause. Les chercheurs n'excluent pas que la forte luminosité de cette tâche soit provoquée par des remontées de glace de méthane (un de ses principaux constituants à qui elle doit sa couleur caractéristique).

« Même après des années d'observation, une nouvelle image d'Uranus prise à l'observatoire Keck peut m'arrêter dans mon élan pour pousser un Wow ! » s'exclame Heidi Hammel qui a participé à cette campagne d'observation. L'astronome suggère d'ailleurs que la planète gazeuse soit une des prochaines cibles du télescope spatial Hubble.

Uranus est actuellement visible, après minuit, en direction de la constellation des Poissons. Éloigné de nous de quelque 2,9 milliards de km, il est toutefois nécessaire de disposer d'un télescope pour la distinguer dans ses habits d'azur clair, une couleur qui lui a valu le nom du Dieu du ciel romain (Ouranos pour les Grecs).

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