Vendredi 23 avril, les quatre astronautes ont décollé avec succès à bord du Crew Dragon de SpaceX, lancé par la fusée Falcon 9. Ils s'apprêtent à vivre dans la Station internationale durant six mois. Ce qui n'est pas sans conséquence sur le corps humain bien qu'ils soient en très bonne condition physique. Quelles sont les conséquences d'un aussi long voyage spatial sur l'organisme des astronautes ? 

 

De la fontefonte musculaire à l'exposition aux rayonnements en passant par l'impact psychologique du confinement, les voyages spatiaux mettent à l'épreuve la santé des élus heureux. Adrianos Golemis, médecin de vol de l'Agence spatiale européenne, chargé de veiller sur l'astronaute français Thomas Pesquet durant la mission SpaceX Crew-2 qui doit l'emmener vers la Station spatiale internationaleStation spatiale internationale (ISS) répond aux questions.

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Quels sont les principaux enjeux de santé dans l'espace ?

Adrianos Golemis : Si on parle de l'orbiteorbite terrestre basse où se trouve l'ISS, la gravitégravité est quasiment nulle, ce qui a des conséquences sur les os et les muscles. Les rayonnements sont un problème majeur parce que, ici au niveau du sol, nous sommes protégés par la magnétosphèremagnétosphère (champ magnétique terrestrechamp magnétique terrestre) et par l'atmosphèreatmosphère mais plus on s'éloigne et plus cette protection disparaît. Et bien sûr, il y a des choses que nous commençons tout juste à comprendre : par exemple, des pathologiespathologies oculaires ou des thrombosesthromboses veineuses (caillotscaillots sanguins) que certains astronautes en pleine santé développent.

Quel est l'état des connaissances scientifiques actuelles sur l'exposition du corps humain à ces radiations ?

A. G. : Vous pourriez accomplir deux ou trois missions de six mois sur l'ISS probablement sans ressentir d'effet notable sur votre santé. Notre objectif est de faire en sorte que le risque de développer un cancer ne soit pas supérieur de 3 % à celui d'une personne exactement comme vous n'avez jamais participé à un vol spatial.

Adrianos Golemis est le médecin de vol de l'ESA qui veille sur l'astronaute français Thomas Pesquet durant la mission SpaceX Crew-2. © Issam Ahmed, AFP
Adrianos Golemis est le médecin de vol de l'ESA qui veille sur l'astronaute français Thomas Pesquet durant la mission SpaceX Crew-2. © Issam Ahmed, AFP

L'apesanteur a-t-elle d'autres effets ?

A. G. : Nous nous sommes adaptés à la vie avec une gravité terrestre (1 G). S'il n'y a plus ça, les veines de vos pieds vont continuer à envoyer du sang en direction de votre tête comme si vous étiez toujours avec 1 G, donc vous avez un excès de sang dans la partie supérieure de votre corps. Parfois, vous pouvez voir que les astronautes ont un visage vraiment bouffi au début de la mission. Le système sanguin finit par s'adapter et le corps s'habitue à un volumevolume de sang moindre. Donc, avant qu'ils ne quittent l'ISS, nous demandons aux astronautes de boire beaucoup et de manger beaucoup de sel.

Les astronautes sont vaccinés contre la Covid-19, doit-on continuer à les tester ?

A. G. : Ils sont en quarantaine mais nous avons prévu deux tests PCRtests PCR, pour être sûrs à 100 % qu'ils ne sont même pas porteurs (du coronaviruscoronavirus). Quand on est sans gravité, le système immunitairesystème immunitaire est moins performant. Les gens peuvent développer des infections qu'ils n'auraient jamais contractées en temps normal, simplement à cause des microbesmicrobes dont notre corps est naturellement porteur

 Le 23 avril 2021, l'astronaute de l'ESA, Thomas Pesquet, se détend à l'intérieur de la salle d'habillage de l'équipage, dans le bâtiment Neil Armstrong <em>Operations and Checkout</em> au Centre spatial Kennedy de la Nasa en Floride. © Nasa
 Le 23 avril 2021, l'astronaute de l'ESA, Thomas Pesquet, se détend à l'intérieur de la salle d'habillage de l'équipage, dans le bâtiment Neil Armstrong Operations and Checkout au Centre spatial Kennedy de la Nasa en Floride. © Nasa

L'équipage passe deux heures chaque jour sur des appareils de sport afin de rester en forme, restez-vous aussi en contact avec eux ?

A. G. : Nous avons un appel vidéo de routine de quinze minutes une fois par semaine. Au début de la mission, on cherche principalement des signes du mal de l'espace, quand on passe de 1 G à zéro G. Votre cerveaucerveau a un peu de mal à s'habituer, il y a un conflit sensoriel entre l'oreille interneoreille interne et ce que vos yeuxyeux perçoivent, et ça peut provoquer des nausées.

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Plus tard dans la mission, on s'attache à d'autres choses, notamment sur le plan psychologique ou sur les performances cognitives. Lorsque vous restez dans un environnement comme l'ISS, vous êtes vraiment dans un endroit très petit, il n'y a pas de nouveaux stimuli et ça a un impact psychologique. Ce n'est pas aussi facile de se concentrer ou de mémoriser des informations. 

Hormis une armoire à pharmacie bien remplie, de quel genre d'équipement médical dispose l'ISS ?

A. G. : Par exemple, nous pouvons analyser les hématocrites (globules rougesglobules rouges) et déduire à partir de ça si les astronautes sont assez hydratés, quels changements sont en train de survenir dans leur système sanguin. Voici deux ans, nous avons pu observer des signes de thrombose. Personne ne s'attendait à ça chez des individus en bonne santé, et ça a jeté une nouvelle lumièrelumière sur la façon dont le corps fonctionne sur notre Planète. Nous avons maintenant des équipements à ultrasonsultrasons, et si quelqu'un présente des symptômessymptômes tels que des douleursdouleurs ou un gonflement, un autre membre du groupe peut effectuer une échographieéchographie pour évaluer s'il s'agit d'un cas clinique de thrombose. Dans un cas où la vie ou le bien-être d'un astronaute était vraiment en danger, nous décidions de l'évacuer. Heureusement, depuis 21 ans que l'ISS est dans l'espace, ça n'est jamais arrivé. 

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