Le retour sur Terre de l'astronaute européen Alexander Gerst, après un séjour de six mois à bord de la Station spatiale internationale, sera suivi d'un long parcours médical pour lui permettre de retrouver son état de santé de pré-vol. Les explications de Brigitte Godard, médecin au Medes et ancien médecin ESA de Thomas Pesquet pour la mission Proxima et l'Expédition 50/51.


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    Alexander Gerst, astronaute de l'ESA et actuel commandant de la Station spatiale internationale (ISS), vient de rentrer sur Terre à bord d'une capsule SoyouzSoyouz ce jeudi 20 décembre 2018, à 6 h 02 (heure de Paris) accompagné par l'astronaute de la Nasa, Serena Auñón-Chancellor et le cosmonaute de RoskosmosRoskosmos, Sergueï Prokopiev.

    En quittant la Station spatiale internationale, après un séjour de six mois en apesanteurapesanteurAlexander Gerst va devoir se réacclimater à la gravitégravité terrestre. Pour cela, il va suivre un programme intensif de recherche et d'exercices de remise en forme qui « débutera dès sa sortie de la capsule Soyouz », nous explique Brigitte Godard, médecin au Medes et ancien médecin ESA de Thomas Pesquet pour la mission ProximaProxima et l'Expédition 50/51.

    En effet, lorsque les astronautes sortent de la capsule, ils sont visiblement toujours en bonne santé, mais ce n'est pas toujours le cas. Les astronautes souffrent de plusieurs maux dont « le mal de terre, la déshydratationdéshydratation mais aussi de beaucoup de fatigue liée au séjour en orbiteorbite et au retour sur Terre ». Vous remarquerez que les astronautes lorsqu'ils sont extraits de la capsule ne « sont jamais mis debout immédiatement mais tout d'abord assis sur des chaises ». À ce moment-là, il y a un risque important d'intolérance orthostatique, soit de « diminution de la pression artériellepression artérielle, qui peut conduire à des pertes de connaissance ». Cette hypotension orthostatique s'explique par le fait que le système cardio-vasculaire n'est plus adapté à pomper comme avant. « Le cœur, qui est un muscle, a lui aussi bénéficié de l'absence de gravité en vol et il a aussi besoin de se réadapter à la gravité terrestre ! »

    Thomas Pesquet, quelques minutes après son débarquement de la capsule Soyouz qui l'a ramené sur Terre. Il est en position assise pour éviter tout risque de perte de connaissance. © ESA, S. Corvaja
    Thomas Pesquet, quelques minutes après son débarquement de la capsule Soyouz qui l'a ramené sur Terre. Il est en position assise pour éviter tout risque de perte de connaissance. © ESA, S. Corvaja

    Une fois un premier bilan médical extrêmement bref, puis les traditionnelles séances de photos et les courts échanges téléphoniques avec la famille et différents responsables, les astronautes sont ensuite « emmenés dans une tente où ils subissent un premier examen médical de façon à contrôler leurs différents paramètres vitaux : poulspouls, tension artérielle, état musculo-squelettique pour s'assurer que le choc de l'atterrissage n'a pas été trop violent ». De façon à se réhydrater pour tenir compte de l'environnement terrestre, quelques jours avant leur atterrissage sur Terre, les astronautes reçoivent par voie buccale un supplément de sel et d'eau, dont la quantité délivrée dépend du poids de l'astronaute. Si cette hyperhydratation artificielle n'a pas suffi, un traitement complémentaire sera réalisé sous cette tente.

    Ensuite, Alexander Gerst rejoindra le Centre des astronautes européens (EAC), à Cologne, en Allemagne. Là, il subira de nombreux examens, de sang et d'urine, dont « l'objectif sera de comparer les données médicales et physiologiques recueillies avant, pendant, et après son vol dans l'espace ». Ensuite, divers examens médicaux et scientifiques seront réalisés : examen osseux, cardiologique, audiométrique, opthalmologique, bilans sanguins divers pour s'assurer que sa « réacclimatation à la gravité terrestre se passe bien ».

    Le saviez-vous ?

    L’astronaute allemand est le premier astronaute de la classe 2009 de l’ESA, à laquelle appartient Thomas Pesquet, à avoir effectué deux missions dans l’espace. Après un premier séjour à bord de l’ISS de mai à novembre 2014, il vient de terminer sa deuxième mission de longue durée (sept mois) à bord du complexe orbital de juin à décembre 2018. Lors de sa deuxième mission, il a pris le commandement de l’ISS.

    Au cours des jours qui suivront, dont la duréedurée dépend de l'état de santé d'Alexander, il sera contraint à un « intense programme de rééducation pour réhabituer son corps à la gravité terrestre ». Sauf impératifs, il restera cantonné à l'EAC, à Cologne, où des exercices quotidiens d'activité physique l'attendent dont l'intensité et la variété dépendront de sa propre récupération. Au départ, les exercices sont plus doux, axés sur la proprioceptionproprioception, et comportent aussi des massages ; ensuite, il aura un entraînement plus conséquent avec augmentation progressive de la charge et intensité des exercices pour stimuler le muscle. Il faut aussi savoir que les exercices physiquesphysiques sont évidemment très surveillés. Les muscles et le squelette osseux ne sont « plus habitués à supporter le poids du corps, ce qui peut occasionner des douleursdouleurs ».

    En règle générale, les astronautes redeviennent autonomes environ trois semaines après leur retour sur Terre, mais il faut compter de « six mois à un an pour que la récupération soit comparable à leur état pré-vol ».