L'homme de Néandertal aurait vécu en Europe et en Asie de -120.000 à -30.000 ans avant notre ère. Sa taille moyenne devait être comprise entre 1,55 et 1,65 mètre. Il fabriquait des outils et maîtrisait le feux. On voit ici un crâne faisant partie des trois squelettes fossiles partiels appartenant à l'espèce Homo neanderthalensis découverts dans la grotte de Spy dans la province de Namur, en Belgique. Les deux premiers squelettes, mis au jour en 1886, constituèrent la deuxième découverte officielle de fossiles néandertaliens après celle de la vallée de Néander, en Allemagne. L'Homme de Spy, comme on l’appelle parfois, avait un régime carné et végétarien. © Patrick Semal, Institut des Sciences naturelles de Belgique.

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Le régime paléolithique de Néandertal confirmé : de la viande de mammouth fraîche

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Les paléoantropologues cherchent à mieux comprendre les Néandertaliens. Et préciser leur alimentation est l'un des moyens qu'ils utilisent à cette fin. Une fine étude des isotopes de restes de collagène dans les fossiles de Néandertaliens confirme les soupçons émis depuis quelques temps. Les Néandertaliens se nourrissaient bien majoritairement de la viande des grands mammifères qu'ils côtoyaient.

La disparition des Néandertaliens reste une énigme qui laisse toujours perplexe. Alors que, non seulement, il pouvait s'hybrider avec l'Homme moderne, il était capable de comportements aussi sophistiqués que ceux que l'on croyait uniquement propres à Homo sapiens. Et puisqu'il ne semble pas avoir eu de désavantage évolutif net, comment expliquer qu'il ait perdu la course de la survie et de l'évolution et ce, d'autant plus qu'il n'y a pas trace d'une extermination des Néandertaliens organisée par sapiens ?

Il existe certainement des différences fondamentales pour expliquer ce qui est arrivé mais on les cherche encore. C'est pourquoi les paléoanthropologues sont à la recherche de la moindre information supplémentaire. Or, récemment, plusieurs troublantes indications les ont amenés à reconsidérer le régime alimentaire généralement attribué aux Néandertaliens. Il y avait déjà quelques pistes avec ces vestiges trouvés dans les grottes et les outils utilisés ainsi que, bien entendu, les fossiles des animaux témoignant d'une faune qui leur était contemporaine. Ces éléments constituaient autant de bonnes raisons de penser qu'ils devaient au moins se nourrir de viande de mammouths et de rennes.

Toutefois, en ce début de XXIe siècle, la science permet d'en apprendre bien plus aujourd'hui que ce qu'elle ne le permettait aux préhistoriens il y a un siècle ; leur vision des Néandertaliens était rudimentaire et fausse sur bien des points. Les techniques d'amplifications d'ADN ont permis d'établir que sapiens et Néandertaliens s'étaient métissés à partir de restes de matériel génétique présent dans les os retrouvés des Néandertaliens ; de la même façon, il est possible d'utiliser des techniques de dosages de certains isotopes pour faire parler ces restes fossilisés en ce qui concerne l'alimentation des Néandertaliens.

De précédentes études s'étaient concentrées sur la composition du collagène, une protéine commune chez les animaux, dans les os de Néandertaliens. Elles avaient abouti à la conclusion que leur diète était essentiellement carnée mais avec une petite composante végétarienne, ce qui n'était pas sans rappeler, bien sûr, celle d'Homo sapiens. Mais récemment, des études portant sur les isotopes de l'azote ont semé le trouble.

L’Homme de Néandertal a vécu entre 250.000 et 28.000 ans avant notre ère. Omnivore, il a développé de nombreux outils pour la capture et le dépeçage du gibier. L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) part sur les traces de cet ancêtre au cours d’un documentaire intitulé « Les experts du passé » qui retrace ses captivantes pratiques de chasse. © Docland Yard, Gedeon Programmes, Universciences, Inrap

Pas de poisson au régime des Néandertaliens

Les chercheurs avaient mesuré des taux particulièrement élevé d'un certain isotope, laissant la place à plusieurs interprétation ; en particulier que les Néandertaliens mangeaient des poissons, de la viande putride ou même que leur sevrage était tardif par rapport à celui de l'Homme moderne. En fait, recoupé avec d'autres indications, on pouvait même faire intervenir du canibalisme.

Mais, aujourd'hui, une équipe internationale de chercheurs -- dont est membre Jean-Jacques Hublin, professeur et directeur de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionnaire -- publie un article dans PNAS et revient sur ce débat en utilisant les données isotopiques de l'azote du collagène d'une façon nouvelle.

Les échantillons de collagène proviennent des os de deux sujets néandertaliens retrouvés, en France, respectivement dans la grotte du Renne, à Arcy-sur -Cure et celle des Cottés. Derrière cette nouvelle méthode utilisée, l'idée s'appuie sur le fait que l'on peut différencier les régimes alimentaires au niveau des différences en isotope d'azote pour les différents acides aminés formant la protéine qu'est le collagène.

Les chercheurs ont montré que, dans les deux cas, il n'y avait en fait par trace d'une alimentation avec des poissons, conformément d'ailleurs au fait qu'aucune trace de restes de poissons d'eau douce ne se trouve dans ces deux grottes. Par conséquent, la mère néandertalienne du nourrisson, dont les os étaient dans la grotte du Renne (pour être précis, le collagène provenait d'une dent), avait un régime carné et dépourvu de poisson. C'est une information intéressante puisqu'à contrario, le poisson faisait bien partie du régime d'Homo sapiens.

Finalement, les chercheurs ont conclu que les Néandertaliens consommaient massivement de la viande fraîche provenant de mammifères de grande taille, en l'occurrence des mammouths, et principalement des rennes et de chevaux. Ce régime alimentaire, qui pouvait contenir des végétaux, était même très stable au fil du temps, y compris après l'arrivée de l'Homme moderne en Europe.

  • Des analyses récentes d'isotopes d'azote présents dans le collagène trouvé dans des restes de Néandertaliens laissaient penser qu'ils pouvaient se nourrir de grandes quantités de poissons ou de viande en décomposition.
  • De nouvelles et plus fines analyses confirment que le régime des Néandertaliens était majoritairement composé de viande fraîche provenant de grands mammifères comme les mammouths ou les rennes. Le poisson ne devait pas être au menu mais les végétaux n'étaient pas exclus.
Pour en savoir plus

Le régime paléolithique de Néandertal : mammouth aux petits légumes

Article de Laurent Sacco publié le 17/03/2016

Pourquoi l'Homme de Néandertal a-t-il disparu ? Faut-il en chercher la raison dans son régime alimentaire ? Encore faudrait-il le connaître avec précision. Grâce à la chimie isotopique on en sait désormais plus sur le régime paléolithique des néandertaliens. Au menu : 80 % de viande de mammouth et de rhinocéros, plus 20 % de végétaux.

Le « régime paléolithique » est très à la mode mais quelle est la réalité ? Que mangeaient les humains il y a des dizaines de milliers d'années ? La dentition des hommes préhistoriques ainsi que les restes de repas nous en donnent aujourd'hui une idée mais elle reste vague, faute de disposer d'une machine à remonter dans le temps. Il en existe tout de même une de ce genre, découverte au début du XXe siècle : la chimie isotopique. Cette technique fournit des informations étonnantes.

Il existe plusieurs isotopes d'éléments comme le carbone, l'azote, le soufre et l'oxygène. Selon la physiologie des animaux et leurs régimes alimentaires, leurs os et leur collagène contient des proportions particulières de ces isotopes, ou d'autres. Les isotopes de l'oxygène, par exemple, sont intervenus dans le débat sur le caractère homéotherme ou poïkilotherme des dinosaures et de certains reptiles marins qui étaient leurs contemporains. Ces mêmes isotopes ont également permis de déterminer le mode de vie des fameux spinosaures : il était semi-aquatique.

Plus récemment, la chimie isotopique a été utilisée pour connaître l'alimentation du roi britannique Richard III. Cette année, des membres du Centre de recherche sur l'évolution humaine et le paléoenvironnement à Tübingen l'ont appliquée à l'étude du régime alimentaire des néandertaliens, ce cousin d'Homo sapiens avec lequel, le fait est aujourd'hui avéré, il y a eu des hybridations.

Une comparaison entre les différentes proies dont se nourrissaient les prédateurs contemporains des néandertaliens il y a 40.000 ans environ. © Bocherens

Néandertal, un gros mangeur de viande de mammouth et de rhinocéros

Plus généralement, les chercheurs se sont penchés sur le collagène retrouvé dans des os provenant de deux sites en Belgique et qui appartenaient à des Hommes de Néandertal et à des mammouths, des bisons, des ours et des lions des cavernes mais aussi à des chevaux et des rhinocéros laineux. Tout ce petit monde vivait il y a de 45.000 à 40.000 ans. Le collagène est une protéine abondante chez les animaux, où elle est présente dans les cartilages, les tendons, la peau et les os.

Il est apparu que les prédateurs de l'époque se nourrissaient essentiellement de proies plus petites qu'eux et occupant des niches écologiques spécifiques Mais il n'en était pas de même pour les néandertaliens. Leur régime paléolithique était composé à environ 80 % de viande de mammouth et de rhinocéros laineux. Pendant le Pléistocène, ces animaux habitaient essentiellement les steppes froides qui couvraient une grande partie de l'Eurasie, depuis le centre de l'Espagne et le Sud de l'Angleterre jusqu'en Mongolie et dans le Sud de la Sibérie.

De plus, environ 20 % de la diète des néandertaliens étaient constituée de végétaux. Ces conclusions sont peu différentes de celles des études du régime alimentaire des Hommes modernes. Puisque Néandertal mangeait la même chose, il semble donc que sa disparition il y a 30.000 ans ne soit pas attribuable à son alimentation.

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