Le Kawah Ijen, un volcan indonésien qui crache des flammes bleues. © Olivier Grunewald, tous droits réservés

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Inédit : les étranges flammes bleues du volcan Kawah Ijen, en Indonésie

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Chaque mois, Olivier Grunewald, photographe passionné par la nature depuis trente ans et plusieurs fois primé, nous invite à un voyage merveilleux. Aujourd'hui : un fascinant reportage en Indonésie, sur l'île de Java, où des mineurs, venus chercher le soufre sur le volcan Kawah Ijen, voient des flammes bleues qui n'avaient jamais été photographiées. Parisiens et visiteurs de la capitale, ne manquez pas son exposition « Origines », qui évoque le chaos de la jeune Terre jusqu'à l'apparition de la vie, gratuite et à l'air libre, installée sur les grilles du jardin du Luxembourg, jusqu'au 15 juillet prochain.

En 2008, Olivier Grunewald entend parler pour la première fois d'un phénomène étrange au cœur du volcan Kawah Ijen dans l'est de l'île de Java, en Indonésie, le volcan qui s'enflamme en bleu... Visibles seulement la nuit, ces flammes bleues s'échapperaient des fissures et du fond du cratère.

Les mineurs, qui depuis des années viennent collecter le souffre du volcan Kawah Ijen, descendraient également dans la nuit pour récolter le minerai précieux se formant au bord du lac d'acide qui occupe le cœur du volcan. Pendant des semaines, Olivier cherche des informations, des images : rien, pas un indice de ces rumeurs.

De nuit, le volcan Kawah Ijen paraît cracher de la lave bleue de façon continue. © Olivier Grunewald, tous droits réservés

Pourquoi ne pas aller voir sur place et vérifier que ce mystérieux phénomène se produit bien dans le volcan indonésien ? Il débarque un soir de juin 2009.

L'arrivée au bord de l'immense cratère commence de manière bien décevante : d'épaisses volutes de gaz masquent le paysage. Soudain, le vent se lève et dégage la scène. En d'immenses éclairs bleus, des rivières de flammes apparaissent entre les panaches de vapeur. L'excitation monte. Olivier entreprend la descente pour rejoindre le bord du lac d'acide. Des voix résonnent dans la nuit ; les mineurs sont bien là, et tout aussi surpris. Que viennent faire ces deux occidentaux lourdement chargés au milieu de la nuit ? Le guide explique et Olivier commence ses prises de vues dans un état de transe, avec la sensation d'assister à un moment unique.

Au centre du cratère, le lac le plus acide au monde s'est peu à peu formé. Les gaz volcaniques se dissolvent dans l'eau de pluie, et lui procurent un pH de 0,2 ! © Olivier Grunewald, tous droits réservés

Là où en plein jour n'apparaissent que du gaz ou du soufre liquide, la nuit révèle des flammes bleu électrique d'une très forte intensité. Cette incandescence tout à fait inhabituelle pour un volcan est due à la combustion des gaz sulfuriques au contact de l'air à des températures dépassant 220 °C. Sur le sommet de la solfatare, 20 mètres au-dessus du lac, la température des gaz monte jusqu'à 600 °C. Les flammes atteignent là près de 5 mètres de hauteur.

Le fluide bleu que l'on observe dans la vidéo provient de la combustion du soufre liquide, et plus particulièrement de celle du disulfure. © Olivier Grunewald, tous droits réservés

Des tuyaux ont été installés sur la solfatare pour forcer la condensation des gaz qui se liquéfient en un liquide rougeâtre. Ce dernier cristallise en plaques d'un jaune très pur. En venant travailler de nuit, les mineurs profitent de la fraîcheur pour effectuer deux remontées de minerai et doubler ainsi leur salaire.

Olivier et Régis Étienne, président de la Société de volcanologie de Genève, reviendront à plusieurs reprises et passeront près de trente nuits face à cette scène irréelle. Mais la beauté du spectacle a un prix car les gaz extrêmement concentrés mettent à rude épreuve les hommes et le matériel. Ils réaliseront un documentaire, Kawah Ijen, le mystère des flammes bleues, diffusé à la télévision. Les photographies d'Olivier feront le tour du monde ; c'est la première fois que les mystérieuses flammes bleues étaient révélées par l'image.

Un tel ballet de bleu, dégoulinant du cratère du volcan, est époustouflant. © Olivier Grunewald, tous droits réservés

Les flammes indiquaient les portes de l'enfer durant l'Antiquité

Le Kawah Ijen est un volcan très visité, et touristique. Son lac d'acide vert, le plus grand du monde, ainsi que la vision de ces mineurs récoltant le soufre d'une grande pureté et le remontant dans des paniers d'un poids avoisinant souvent les 80 kilos ont été médiatisés depuis longtemps. Le phénomène des flammes bleues n'était connu que par une poignée de passionnés de volcanologie.

Décrites dans l'Antiquité dans les îles Éoliennes par Pline l'Ancien comme marquant les portes de l'enfer, les flammes bleues ne s'observent aujourd'hui qu'en Indonésie, dans l'antre du Kawah Ijen.

Si le soufre du Kawah Ijen sert la cosmétique et l'armement, 60 % servent à blanchir le sucre.

Près de 300 mineurs sont inscrits sur les registres. Ils alternent la collecte du soufre et les travaux agricoles. Le poids transporté détermine la paie de la journée.

Le minerai cristallisé est extrait du cratère, depuis quelques décennies, par les locaux. © Olivier Grunewald, tous droits réservés

Acheté au mineur, un kilogramme lui fait gagner 780 roupies, soit environ 5 centimes d'euros ! Une charge de 80 kilos représente une paie de 4 euros, soit le double du salaire journalier d'un agriculteur. Alors, malgré les conditions de travail particulièrement difficiles qui affectent leur santé, les mineurs sont fiers de leur métier et de leur savoir-faire. Le volcan leur permet de payer des études à leurs enfants. Pour les Indonésiens, ils sont « les hommes forts de Java » !

Par Bernadette Gilbertas

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En savoir plus sur Olivier Grunewald

Depuis maintenant trente ans, il sillonne les espaces les plus sauvages de la planète. Il est l’un des rares photographes à s’être spécialisé dans les volcans en éruption. Il immortalise avec une patience infinie les aurores boréales, guette ces lumières magiques qui magnifient les paysages et capte les scènes fugaces de la vie animale, autant de phénomènes naturels qui exercent toujours sur lui une véritable fascination.

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