Présente lors du dernier Salon du Bourget (juin 2011), Roscosmos exposait fièrement sa future famille de lanceurs Angara, ici à l'image, et son projet RUS-M aujourd'hui abandonné. © Remy Decourt

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La Russie veut aller sur Mars et n'abandonne pas Soyouz

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Vladimir Popovkine, chef de Roscosmos nommé au printemps dernier, veut donner un nouveau souffle au programme spatial russe. Il faut viser Mars... mais aussi abandonner l'idée de donner un successeur à la fusée Soyouz et se contenter de moderniser encore une fois ce lanceur cinquantenaire.

La série d’échecs débutée en décembre 2010 aura été fatale à Anatoli Perminov, le chef de Roscosmos. Débarqué par Vladimir Poutine, il a été remplacé par Vladimir Popovkine qui dirigeait jusqu'à présent les forces spatiales russes. Ce militaire de formation vient de dévoiler les nouvelles priorités de Roscosmos : renforcer les services spatiaux (communication, météorologie, observation de la Terre, Glonass) et donner un nouveau souffle à l'exploration.

Les grands perdants sont les programmes d'accès à l'espace, considérés comme suffisamment matures pour qu'il ne soit plus nécessaire d'y investir beaucoup d'agent. Malgré le retrait de la navette, faisant de la Russie la seule nation capable d'envoyer des astronautes à bord de l'ISS et de les redescendre sur Terre et l'ambition d'envoyer des humains sur la Lune à l'horizon 2050, Vladimir Popovkine abandonne le lanceur RUS-M.

Ce système de lancement avec sa capsule habitée de six personnes devait remplacer l'actuel système Soyouz. Retards et délais irréalistes (un premier lancement était prévu en 2015 et un vol habité en 2018 depuis le cosmodrome de Vostotchny) auront eu raison de ce lanceur. Pour Popovkine, la gamme existante de lanceurs (Soyouz-2 et Proton), ainsi que la famille Angara en développement, sont suffisants pour répondre aux besoins russes. Plutôt que de développer un lanceur nouveau, Roscosmos modernisera une énième fois Soyouz avec de nouveaux moteurs pour le premier étage. Remarquons que la participation russe dans l'ISS n'est pas en remise en cause.

La Russie vise Mars

Concernant l'exploration, la Russie veut retrouver son lustre d'antan. Avec le lancement de la mission de retour d’échantillons Phobos-Grunt (5 novembre), la Russie souhaite donner un nouveau souffle à son programme d'exploration en berne depuis plusieurs décennies. L'invitation de l'Esa à la rejoindre, au côté de la Nasa, pour sauver ExoMars 2016, va lui permettre de négocier sa participation dans la mission de retour d'échantillons martiens que l'Esa et la Nasa projettent de mener ensemble et qui débutera avec ExoMars 2018.

Enfin, et comme le rapporte l'agence de presse russe Ria Novosti, Vladimir Popovkine a pour objectif de faire passer de 3 à 10-12 % la part de la Russie dans le commerce spatial. Pour y parvenir, le chef de Roscosmos veut renforcer les programmes opérationnels d'observation de la Terre et la constellation Glonass (le GPS russe).

Il va également poursuivre la réorganisation du secteur spatial, trop dispersé et dont le nombre important d'entreprises ne favorise pas les économies d'échelles. Pour mieux contrôler ce secteur, l'idée est de créer des duopoles, comme cela se fait aux États-Unis et en Europe avec Boeing et Lockheed Martin d'un côté et EADS ou Thales Alenia Space de l'autre, qui regroupent sous la même bannière plusieurs métiers. Malgré un savoir-faire technologique indéniable, la Russie souffre de l'éclatement de son secteur industriel, ce qui freine les innovations et complique les efforts pour s'imposer sur les marchés commerciaux extérieurs à la Russie.

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